L'assurance spatiale, un marché en zone de turbulences (courtier)

La rédaction avec AFP • 05 Décembre 2018 • 06:02

Le lancement prévu de "constellations" de satellites en orbites basses pourrait secouer le marché de l'assurance spatiale, fragilisé ces dernières années par une baisse des tarifs et des machines assurables, explique à l'AFP Thierry Mangot, directeur des activités spatiales au sein du courtier américain AON.

L'assurance spatiale, un marché en zone de turbulences (courtier). . .

QUESTION: Comment est né le marché de l'assurance spatiale et comment s'est-il comporté jusqu'à présent?

RÉPONSE: Le marché de l'assurance spatiale est assez récent par rapport aux autres branches de l'assurance. Le début de cette activité date du milieu des années 70. C'est devenu une activité standard à partir des années 90.

Ce marché a connu deux cycles. Le dernier point haut, c'est-à-dire lorsqu'il y avait des tarifs très élevés, remonte au début des années 2000, après une série de pertes de plusieurs milliards de dollars qui avaient un peu secoué le marché. Les tarifs, très bas à l'époque, étaient alors brutalement remontés.

Depuis, le marché s'est très nettement amélioré car il y a eu très peu de pertes jusqu'à ces derniers mois. La capacité disponible à augmenté. Elle est aujourd'hui de l'ordre d'un milliard de dollars par événement. Mais cette capacité excédentaire a fait chuter les tarifs. Cette baisse a été très importante et s'est traduite par une érosion du chiffre d'affaires des assureurs spatiaux. L'an dernier c'était encore à peu près convenable, aux alentours de 640 millions de dollars de primes, cette année en 2018 c'est plutôt 430 millions.

Il y a aussi eu une réduction du nombre de satellites géostationnaires lancés par an et donc de la masse assurable. Les grands opérateurs sont dans une période où ils se posent la question de savoir s'il faut continuer à investir dans des gros satellites géostationnaires ou dans des constellations. Ils n'ont pas encore répondu à cette question, ce qui a freiné le nombre de commandes à l'industrie. Ces deux effets ont conduit à cette baisse de volumes de primes.

Q : Quelle est la situation du marché aujourd'hui ?

R : C'est un marché un petit peu difficile pour les assureurs en ce moment, (...) Il n'y a pas eu beaucoup de sinistres autour des 10 ou 15 dernières années, parce qu'il y a eu très peu d'introduction de nouveaux lanceurs ou de nouvelles plates-formes. Désormais on entre à nouveau dans une phase d'introduction de nouveaux produits, ce qui en général conduit à plus de sinistres qu'avec des produits éprouvés.

C'est un marché très fluctuant car il y a très peu d'événements. Le nombre de lancements assurés par an est de l'ordre de 25. Donc évidemment une seule perte a un impact très significatif sur le ratio de perte.

Toutefois, actuellement, le risque de collision est faible. C'est particulièrement vrai en ce qui concerne l'orbite géostationnaire étant donné qu'il y a beaucoup de place, il n'y a pas énormément de satellites et ils tournent tous à la même vitesse.

En orbite basse, c'est un autre problème. Aujourd'hui il y a eu quelques collisions, mais très peu. Mais il y a un risque d'effet boule de neige car si deux satellites se rentrent dedans il vont créer des dizaines voire des centaines de débris qui pourraient eux-mêmes aller percuter des satellites en orbite basse (...)

Q : Le lancement de futures constellations peut-il être de nature à faire remonter les prix?

R : Pour l'instant, rien n'est sûr. Les opérateurs vont lancer des centaines, voire des milliers de satellites. Il n'est toutefois pas évident qu'ils assurent le bon fonctionnement en orbite des satellites car il sera peut-être plus intéressant pour eux de construire plus de satellites, en nombre suffisant pour faire face aux échecs, plutôt que d'assurer l'intégralité de la constellation. Donc, on risque d'avoir beaucoup de ces constellations qui seront uniquement assurées pour la phase de lancement, mais pour la phase au-delà de la séparation avec le lanceur, le besoin d'assurance est moins évident. Il n'est donc pas évident que l'effet soit nécessairement positif pour le marché de l'assurance.

bt/ef/LyS

 

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