Un bistrot pas comme les autres où on mange pour 2 euros

La rédaction avec AFP • 12 Décembre 2018 • 08:45

Dans le très chic VIe arrondissement de Lyon se trouve une table d'hôtes "solidaire" ouverte à tous. On y mange pour 2 euros, fromage et café compris. L'objectif: faire se rencontrer "deux mondes". Un défi.

Un bistrot pas comme les autres où on mange pour 2 eurosDes convives attablés à l'Escale solidaire, le 11 décembre 2018 à Lyon. AFP. ROMAIN LAFABREGUE.

Nassira annonce à la criée le menu: "salade mixte, poulet rôti accompagné de purée de patate douce, champignons et carottes à la crème, fromage et salade de fruits".

La cheffe du jour, Dominique Jacotet, est "très légumes, fruits, herbes fraiches et épices". Les amateurs de "chips-saucisson" repasseront: "ça la déprime".

De dehors, l'endroit ressemble un énième café cosy, mais ici tout a été chiné ou récupéré.

Servis au moins quatre fois par semaine, les repas sont confectionnés uniquement avec des produits de la banque alimentaire et "on ne met pas les pieds sous la table !", prévient Mélanie Dagneau, un des deux salariés du lieu.

Chaque convive - le restaurant peut en accueillir trente - doit aider en cuisine, débarrasser, passer un coup sur la table ou faire la plonge. Tous, sauf Paulette Boiraud.

Paulette n'a pas quitté son bonnet gris ni son étole brillante. "Quand je viens ici, je n'ai pas de courses à faire. Je me traîne maintenant. Et c'est plus agréable de manger avec du monde", confie cette frêle dame de 94 ans qui vit dans une résidence municipale à quelques pas.

"J'habite à côté du parc de la Tête d'Or. Pour moi ici, tout le monde habitait boulevard des Belges (un des plus huppés de Lyon, ndlr). Mais en fait, il y a des mamies bien habillées, parfumées qui sont propriétaires dans ce quartier et qui n'ont que 800 euros par mois. Ca m'a étonnée", explique Ana Copelli, élégante Argentine d'une cinquantaine d'années qui a aidé toute la matinée à la préparation du déjeuner.

- "La mixité ne se décrète pas" -

L'association Habitat et Humanisme a, comme à son habitude, mis les pieds dans le plat en ouvrant cette première "Escale solidaire" dans ce quartier où il n'y a, en apparence, pas ou très peu de mixité sociale.

Il y a pourtant Saïd, qui vit au coin de la rue dans un grenier aménagé et qui vient ici "pour rompre la solitude"; José qui squatte le canapé d'une connaissance ou cet homme qui vit dans sa voiture.

"Certes c'est huppé mais il y a aussi 9 à 10% de taux de pauvreté" et, "au moment où la société a plein de fractures, il est important que des personnes de différentes couches sociales se rencontrent", analyse Antoine Dulin, responsable du projet chez Habitat et Humanisme.

Cette association, spécialisée dans le logement très social, est à la pointe sur l'innovation sociale.

"Le repas est une méthode d'accroche et un créateur de lien", poursuit M. Dulin. Car l'Escale propose des ateliers d'insertion, coiffure, couture et fait venir des recruteurs. Ce n'est pas un accueil de jour pour SDF mais un lieu chaleureux où il est possible de reprendre confiance en soi.

Au départ, ce lieu était pensé pour être un relais pour les locataires d'Habitat et Humanisme qui, par souci de mixité, construit ou réhabilite des ensembles de logements de petite taille en plein coeur des villes.

Au final, le public de l'Escale va bien au-delà.

À Lyon, il existe déjà des initiatives de repas partagés comme Les Petites Cantines où le repas est à prix libre. Mais, selon Antoine Dulin, peu sont pensées comme des vrais relais du "vivre ensemble et du faire ensemble".

Néanmoins, reconnaît-il, "la mixité ne se décrète pas" et prend du temps. En ce mardi midi, il n'y a pas à table des travailleurs du coin. Il y a bien en revanche quelques habitants du quartier et notamment "les petites dames" du Club Chèvrefeuille, un club de cartes.

"Je pensais pas que tout le monde y avait le droit", glisse Colette Thivint. "Alors quand on a su, on est venu à huit". Depuis, ces quatre petites femmes pimpantes reviennent chaque semaine.

Et puis, selon Ana Copelli, il y a aussi quelques choses qui se joue en dehors. "Maintenant les gens qui viennent sont des têtes connues. Je les croise au marché, au supermarché". Et c'est ça aussi pour elle la mixité.

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