Les coupes dans le budget défense provoquent des remous au Parlement

La rédaction avec AFP • 09 Novembre 2018 • 12:20

"Reniement", "trahison", "coup de rabot": la décision de Bercy de faire assumer au ministère des Armées l'intégralité du coût des opérations extérieures en 2018, le privant de centaines de millions d'euros de crédits, est vivement critiquée par les oppositions parlementaires.

Les coupes dans le budget défense provoquent des remous au Parlement. . .

Selon le projet de loi de finances rectificative (PLFR) présenté mercredi, le ministère des Armées devra payer seul l'ensemble des opérations extérieures et missions intérieures (Opex et Sentinelle) cette année, estimées à 1,37 milliard d'euros.

Or le ministère avait à l'origine provisionné 750 millions d'euros pour financer cette dépense en 2018, le reste de la facture ("surcoûts Opex") étant jusqu'ici partagé entre l'ensemble des ministères au nom de la contribution nationale à l'effort de défense, comme le prévoit la loi de programmation militaire 2014-2019.

Au bout du compte, les Armées devront financer les opérations à hauteur de 404 millions d'euros supplémentaires cette année. A cet effet, quelque 319 millions d'euros seront pris sur le budget d'équipement des forces.

La commission défense du Sénat "dénonce vivement ce reniement des engagements" qui "adresse un très mauvais signal", écrit-elle vendredi dans un communiqué, en dénonçant un "coup de rabot" qui va "retarder l'indispensable modernisation des armées".

L'exécutif s'est engagé à augmenter chaque année le budget des armées, dès 2018, pour y consacrer 2% du PIB d'ici à 2025.

"Je pense à nos armées: la déception doit être grande, au seuil de l'entrée dans la nouvelle LPM (loi de programmation militaire 2019-2025), qui a généré tant d'espoirs et qui se trouve d'emblée fragilisée" déplore Christian Cambon, président LR de la commission.

"Décidément le président a une curieuse façon de rendre hommage aux armées", renchérit le sénateur LR Dominique de Legge, rapporteur du budget des armées, en rappelant que Bercy avait retiré 850 millions de crédits à la veille du 14 juillet 2017 -- provoquant la démission du chef d'état-major, Pierre de Villiers --, avant cette nouvelle coupe "lors de +l'itinérance mémorielle+ du centenaire de la Grande Guerre".

À l'Assemblée nationale, les critiques fusent également, à gauche comme à droite.

"Les engagements d'Emmanuel Macron ne valent rien", s'insurge le député LFI Bastien Lachaud. "Il est temps que le gouvernement cesse de faire des armées une variable d'ajustement budgétaire", souligne ce membre de la commission Défense de l'Assemblée.

Dénonçant un "coup de poignard aux armées", le député LR François Cornut-Gentille, rapporteur spécial des crédits défense, a déposé un amendement au PLFR exigeant le rétablissement du financement interministériel des surcoûts Opex.

Le PLFR sera examiné lundi soir en séance publique à l'Assemblée. Ce sera au tour du Sénat une semaine après.

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