Mifid II: faire payer l'analyse financière, la question qui fâche

La rédaction avec AFP • 12 Janvier 2018 • 17:33

Plus de transparence, mais moins de recherche? Alors que la directive européenne Mifid II vient d'entrer en vigueur, la grogne est de mise chez certains acteurs financiers, qui craignent un amoindrissement de l'analyse, désormais clairement tarifée.

Mifid II: faire payer l'analyse financière, la question qui fâche. . .

C'est l'un des principaux changements de cette vaste réforme, née dans les braises de la crise de 2008 et officiellement entrée en vigueur le 3 janvier. Parmi les nouvelles obligations mises en place afin de créer un environnement plus juste pour le client, la facturation spécifique de la recherche a tout particulièrement créé des remous.

Car jusqu'ici, les gestionnaires d'actifs incluaient le coût de celle-ci dans les commissions qu'ils chargeaient au client.

Concrètement, le tarif facturé comprenait alors les "commissions de transaction payées à des courtiers, frais qui étaient à leur discrétion, entre 0,10% et 0,20%", explique à l'AFP Régis Bégué, associé-gérant de Lazard Frères Gestion. Ces commissions couvraient le coût de la transaction comme celui des services offerts par le courtier.

Mais avec Mifid II, les sociétés de gestion sont désormais obligées de fixer un prix, qu'elles peuvent soit intégrer dans leurs frais de gestion, soit facturer directement au client. A l'origine de cette exigence: une transparence accrue pour l'investisseur qui sait donc exactement ce qu'il paie.

"Une idée vaut quelque chose qui n'est pas proportionnel au prix de l'action: il s'agissait de corriger cela", estime pour sa part Maxime Mathon, responsable de la communication chez le fournisseur de recherche AlphaValue.

"Nous voulons en Europe des marchés plus efficaces et pour qu'ils soient plus efficaces, nous voulons qu'ils soient plus transparents", autrement dit que "plus d'informations soient rendues publiques", explique à l'AFP Robert Ophèle, président de l'Autorité des marchés financiers (AMF). "Pour le superviseur, plus c'est transparent, plus nous sommes à même de détecter des anomalies", complète-t-il.

Mais pour ses détracteurs, la nouvelle directive crée une véritable usine à gaz. Lazard Frères Gestion a d'ailleurs annoncé renoncer à ses mandats pour les clients institutionnels en raison de la nouvelle réglementation.

De fait, la plupart des sociétés de gestion ont choisi de prendre à leur charge les frais de recherche, considérant qu'il était difficile de fixer un prix en amont. Un choix leur évitant par ailleurs de devoir justifier de ces coûts en détail.

- Consolidation -

"Dès qu'un service est facturé, il faut pouvoir en mesurer le coût, ce qui est complexe à mettre en oeuvre pour les intermédiaires", admet M. Ophèle.

Depuis plusieurs mois, nombre de gestionnaires d'actifs dépeignent ainsi une salve d'effets indésirables, au premier rang desquels le risque d'un recul de la recherche indépendante.

Les investisseurs "ne voudront pas payer pour un nombre trop élevé de recherches, d'autant que certaines, notamment sur des valeurs moyennes, sont plus difficiles à amortir parce qu'il y a moins de clients", relève M. Ophèle.

Il faut donc s'attendre, pour M. Bégué, à "une déflation massive des services" fournis par les courtiers, seules les grosses sociétés pouvant tirer leur épingle du jeu dans ce nouvel environnement, qui pourrait provoquer une concentration des acteurs financiers.

Ainsi, Natixis et Oddo BHF ont fait savoir début décembre qu'ils envisageaient un partenariat pour créer un leader européen sur les marchés actions.

"Un de nos gros regrets est que la notion de proportionnalité n'ait pas été retenue. Que l'on soit une très petite société de gestion entrepreneuriale ou une grosse société de gestion, les textes sont les mêmes", déplore Eric Pagniez, délégué général adjoint de l'Association française de la gestion financière (AFG).

L'AFG craint aussi une réduction de l'offre, avec moins de produits financiers proposés à l'investisseur, en raison des exigences accrues de la réglementation.

Face au risque de concentration, certains mettent toutefois en avant des effets bénéfiques.

"La recherche sur les petites et moyennes capitalisations va retrouver un marché capable de payer pour elle", juge ainsi Maxime Mathon, d'AlphaValue, estimant que le système antérieur nuisait aux petites capitalisations, moins rentables à suivre pour les courtiers. "Avec un prix fixe, un marché va se recréer", poursuit-il.

L'AMF promet en tout cas d'être "vigilante". Pour Robert Ophèle, il faut surveiller cet "équilibre entre la quantité et la qualité", car "le marché ne peut pas être performant avec des valeurs sur lesquelles il n'y a plus ou presque plus de recherche indépendante".

lem-jra/eb

 

 

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