Mort de Michel Lucas, patron respecté et redouté du milieu bancaire

La rédaction avec AFP • 04 Décembre 2018 • 13:15

Un "requin blanc" pour certains, un "affectif clairvoyant" pour d'autres, Michel Lucas, décédé lundi à 79 ans, s'était forgé en 40 ans de carrière au Crédit Mutuel une réputation de banquier aussi redouté que respecté.

Mort de Michel Lucas, patron respecté et redouté du milieu bancaire. . .

"C'est avec beaucoup de tristesse que nous vous informons du décès de Michel Lucas ce lundi", a annoncé mardi le Crédit Mutuel, qui compte parmi les cinq plus importantes banques françaises.

Michel Lucas, à la chevelure aussi blanche que le noir de jais de ses sourcils, avait notamment dirigé le CM11, entité basée à Strasbourg regroupant 11 des 18 fédérations régionales du Crédit Mutuel, avant de prendre de 2014 à 2016 la tête de la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM), l'organe central du groupe mutualiste.

Il avait été l'artisan à la fin des années 1990 du rachat du réseau CIC par la fédération de l'Est qu'il dirigeait, ainsi que du rapprochement progressif d'une dizaine de fédérations pour former - sous la houlette des caisses de l'Est qu'il dirigeait - le groupe CM11, la plus importante entité du Crédit Mutuel.

Ironie du sort, celui qui fuyait comme la peste le contact avec les journalistes avait aussi dirigé pendant un peu plus de deux ans le groupe de presse régionale Ebra (Le Progrès, Le Dauphiné Libéré, l'Est Républicain, Les Dernières Nouvelles d'Alsace, etc.).

- Contradictions -

"Avec lui disparaît le grand architecte du Crédit Mutuel, celui qui, le premier, a mis la technologie au service de l'humain et conduit une stratégie ambitieuse de diversification et de croissance, dont le point d'orgue restera l'acquisition du CIC", a salué la Confédération.

Fort en gueule et doté d'une corpulence imposante, "il avait à la fois un caractère très fort et très affectif, très pénible et très sympa. Parfois injuste et en même temps très clairvoyant. C'est dans cette contradiction qu'il vivait", explique à l'AFP un dirigeant bancaire.

"Il n'engueulait que les gens qu'il aimait bien", résume cette source.

Né le 4 mai 1939 dans le Morbihan, Michel Lucas avait fait des études d'ingénieur au sein de l'Institut industriel du Nord et était membre diplômé de l'Institut des actuaires français. Un parcours atypique parmi les dirigeants bancaires souvent issus de l'ENA.

Employé par une société de services informatiques, il avait été repéré au début des années 70 par le patron du Crédit Mutuel d'Alsace de l'époque, qui lui avait proposé de le rejoindre.

Entré en 1971 dans le groupe mutualiste, il s'était d'abord vu confier la gestion de l'outil informatique, un poste clé qui lui avait permis de saisir avant l'heure l'enjeu du numérique pour le secteur bancaire. Il n'avait ensuite plus quitté la banque, dont il avait gravi rapidement les échelons.

- "Requin blanc" -

Gros fumeur de cigares, Michel Lucas avait joué un rôle moteur dans la mise en oeuvre d'un système informatique unique à toute la structure décentralisée des caisses de Crédit Mutuel qu'il dirigeait et d'une "caisse interfédérale", puissante bras financier commun aux fédérations.

Il avait aussi contribué à faire émerger le modèle de bancassurance, consistant à vendre des produits d'assurance au sein des agences bancaires, imité ensuite par ses concurrents.

Surnommé le "requin blanc" en raison de sa chevelure blanche comme de son aptitude à croquer ses proies au moment où ses concurrents s'y attendent le moins, M. Lucas était intraitable en affaires et peu doué pour les mondanités, s'attirant parfois le surnom de "Dralucas".

"Sous des dehors bourrus, il faisait preuve d'une grande sensibilité et d'une originalité étonnante", a estimé mardi Nicolas Théry, son successeur à la tête de la Confédération.

Son pouvoir grandissant et son style volontiers autoritaire ont toutefois nourri la division interne. Le conflit qui oppose le Crédit Mutuel à Arkéa, l'entitée installée près de Brest qui regroupe les trois fédérations de l'Ouest et qui tente de divorcer du reste du groupe, trouve une partie de ses racines dans plusieurs coups de force du dirigeant.

Souvent qualifé de "bête politique", il pouvait afficher des postures brutales, jouant de son entregent pour faire déprogrammer de Canal+ fin 2015 un documentaire pointant de possibles manoeuvres d'évasion fiscale au sein d'une filiale de l'époque du Crédit Mutuel.

bt/ef/nth

 

 

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