Investissement locatif : les propriétaires boudent le nouveau statut Jeanbrun

Arsalain EL KESSIR

Écrit par Arsalain EL KESSIR

Investissement locatif : les propriétaires boudent le nouveau statut Jeanbrun

Destiné à prendre le relais du célèbre dispositif Pinel, le nouveau statut du bailleur privé, porté par Vincent Jeanbrun, traverse déjà une zone de turbulences. Alors que l'exécutif y voit un remède à la crise du logement, les premiers retours des épargnants témoignent d'un scepticisme profond quant à la viabilité économique de cette réforme.

Un accueil glacial de la part des bailleurs immobiliers

Le nouveau mécanisme de soutien à l'immobilier locatif peine à susciter l'enthousiasme. Selon un sondage réalisé par PAP auprès de 1 450 bailleurs, une écrasante majorité de 83 % des personnes interrogées affirme que le système "Jeanbrun" ne constitue pas un moteur suffisant pour déclencher un achat immobilier prochainement. Malgré les ambitions affichées par le ministère du Logement, la perception d'une rentabilité en déclin semble avoir pris le dessus sur les avantages fiscaux promis.

Plus de la moitié des réfractaires (52 %) justifie ce désintérêt par des rendements nets jugés trop faibles. Corinne Jolly, à la tête de PAP, souligne que l'accumulation de l'encadrement des loyers et la pression de la taxe foncière pousse les investisseurs à délaisser la pierre. En complément, la protection jugée excessive des locataires (30 %) et la complexité des normes énergétiques (18 %) finissent de doucher les espoirs de relance du marché.

Motifs de refus d'investirPourcentage
Rentabilité insuffisante du placement 52 %
Déséquilibre de protection locative 30 %
Lourdeur réglementaire et thermique 18 %

Le frein majeur des obligations de rénovation énergétique

Au coeur des critiques se trouve le coût exorbitant de la remise aux normes. Pour accéder au bénéfice fiscal dans l'ancien, le propriétaire doit engager des travaux de rénovation à hauteur de 30 % du montant de l'acquisition. Pour un logement au prix moyen national de 250 000 euros, l'enveloppe de chantier s'élève à 75 000 euros. Cette exigence est jugée déconnectée de la réalité économique par Sylvain Grataloup, président de l'UNPI, particulièrement dans les secteurs géographiques où les prix de vente sont déjà bas.

Face à ce constat de blocage, le Gouvernement laisse entrevoir une porte de sortie. Bien que le budget actuel soit verrouillé par l'usage du 49.3, des sources ministérielles citées par Le Figaro évoquent des négociations pour ramener ce seuil de travaux à 20 %. Cette modification substantielle pourrait être introduite lors de l'examen du futur projet de loi "Décentralisation", offrant un second souffle potentiel à un dispositif né sous une pluie de reproches.

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