L'épargne des Français redirigée vers les entreprises ?

Jacques-Olivier Busi • 05 Juillet 2016 • 14:53

Le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron a lancé mardi le premier contrat d'assurance vie "capital-investissement", destiné à financer les entreprises. Le gouvernement retente de réorienter l'épargne des Français vers les entreprises.

L'épargne des Français redirigée vers les entreprises ?L'épargne financière des Français représente aujourd'hui 4.700 milliards d'euros.

Et si les économies des ménages étaient utilisées pour financer les entreprises. L'idée n'est pas nouvelle mais a été remise sur la table, mardi, par le ministre de l'Economie Emmanuel Macron. L'épargne financière des Français représente aujourd'hui 4.700 milliards d'euros, mais surtout investie dans des placements sécurisés (livrets, fonds euros de l'assurance-vie..). Seulement 20% de cette épargne est investi en actions ou fonds investissant dans des entreprises.

L'objectif du ministre est de rendre cette épargne plus productive. Le lancement du premier contrat d'assurance vie "capital-investissement" rentre ainsi dans ce cadre. Néanmoins, cette mesure concerne avant tout les plus gros patrimoines. "Environ 10% des contrats représentent 90% de l'encours en assurance vie. Nous leur donnons désormais la possibilité d'investir dans des fonds de capital-investissement, comme le permettent déjà les contrats luxembourgeois", explique-t-on au cabinet du ministre de l'économie. "Avec ce nouveau produit, l'assurance vie contribuera davantage au financement en fonds propres des entreprises".

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Le passif controversé de cette mesure

Cette tentative d'orienter une partie des 1.600 milliards d'euros de l'assurance vie vers les sociétés n'est pas un coup d'essai. En novembre 2013, Pierre Moscovici, ministre de l'Economie à l'époque, avait annoncé la création de deux nouveaux contrats, censés permettre d'orienter jusqu'à 80 milliards d'euros en cinq ans vers le financement de l'économie. Une tentative n'ayant pas rencontré le succès escompté.

Un des deux baptisé "eurocroissance" proposait aux épargnants de bénéficier d'une garantie du capital seulement au terme du contrat et non à tout moment (comme le fonds en euros). En échange, l'assureur promet un rendement supérieur, avec des placements plus risqués (comme dans des entreprises cotées en Bourse par exemple) et donc plus rémunérateurs.

Problème : la théorie s'est confrontée à la pratique avec des taux bas empêchant les compagnies de diversifier suffisamment leurs investissements. Elles ne pouvaient donc pas faire espérer des gains élevés aux épargnants. "Les assureurs qui proposent ces fonds ont du mal à les commercialiser en raison de leur attrait limité", confirme Cyrille Chartier-Kastler, président de Fact & Figures. Fin 2015, l'encours des "eurocroissance" atteignait seulement 1,7 milliard d'euros, loin des 10 milliards d'euros espérés.

Pas de prises de risque pour les épargnants français

Le gouvernement avait aussi lancé le PEA-PME en mars 2014. Il voulait offrir aux épargnants les mêmes avantages fiscaux que le plan d'épargne en actions (PEA) à la condition d'investir dans les petites et moyennes entreprises (PME). Une nouvelle fois, le bilan est contrasté puisque 50.000 PEA-PME étaient ouvertes fin 2015, pour 540 millions d'euros d'encours.

L'explication de ce faible résultat est la peur face des risques chez les Français. "Les épargnants privilégient la sécurité et la liquidité au détriment du rendement. Ils sont rassurés à l'idée de pouvoir piocher dans leur épargne en cas de coups dur et ne veulent pas prendre de risque", explique Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'Epargne.

Apeurés par les différentes variations de la Bourse, seulement 7,6% des Français ont déclaré détenir des actions début 2016, contre 16% en 2008, selon une enquête TNS Sofres. De même, les dépôts à vue (ou comptes courants) ont atteint un niveau record en avril (357 milliards d'euros), signe que les tricolores préfèrent laisser leur épargne sur leurs comptes courants, ce qui les rassure contre les inquiétudes sur l'avenir.

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