Lutte contre la fraude bancaire : le secteur financier face à l'inaction des plateformes numériques

Malgré les efforts constants des institutions financières, les escroqueries numériques continuent de progresser, portées par les réseaux sociaux et les techniques de manipulation. En ce début d'année 2026, la Fédération bancaire française hausse le ton et exige une implication immédiate des géants du web et des opérateurs télécoms pour protéger les épargnants.
Un bilan préoccupant malgré le renforcement de la sécurité bancaire
Le dernier rapport de l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiements révèle une réalité complexe : au premier semestre 2025, le montant des préjudices liés à la fraude a grimpé à 618 millions d'euros. Cette progression de 7 % sur un an s'inscrit dans un volume de transactions globales massif dépassant les 18 000 milliards d'euros. Si les banques parviennent à faire reculer les malversations sur les chèques et les cartes grâce à des investissements massifs, elles font désormais face à une explosion des escroqueries par virement et par manipulation psychologique.
Face à ce constat, le président de la Fédération bancaire française (FBF) a lancé, le 26 janvier 2026, un appel solennel aux instances nationales et européennes. L'objectif est clair : forcer les réseaux sociaux, les hébergeurs de courriels et les plateformes numériques à sortir de leur passivité opérationnelle. Le secteur bancaire ne peut plus être le seul rempart contre des structures qui, parfois, tirent profit de la visibilité des fraudeurs.
| Indicateur de fraude (S1 2025) | Donnée chiffrée | Évolution vs 2024 |
|---|---|---|
| Montant global de la fraude | 618 millions € | + 7 % |
| Flux de paiement totaux | 18 087 milliards € | + 5 % |
| Publicités frauduleuses quotidiennes (Meta) | ~ 15 milliards | Massive |
La responsabilité pointée des géants de la Tech et des télécoms
Le secteur bancaire pointe du doigt une asymétrie de moyens flagrante. Selon des données internes relayées par l'agence Reuters, près de 10 % des revenus annuels de Meta en 2024, soit environ 16 milliards de dollars, proviendraient de contenus publicitaires frauduleux. Outre-Manche, le régulateur britannique confirme que la majorité des arnaques transitent par les services du groupe (Facebook, Instagram, WhatsApp).
La lutte contre le "spoofing" - cette usurpation d'identité téléphonique visant à se faire passer pour un conseiller - est un autre chantier prioritaire. Bien que la loi de 2021 impose aux opérateurs de bloquer les appels non authentifiés depuis octobre 2024, la profession demande une extension stricte de ces mesures à l'ensemble des SMS et appels au niveau européen. Sans une collaboration technique des acteurs de la téléphonie, les dispositifs bancaires restent contournables par la simple manipulation de l'humain.
De nouveaux boucliers technologiques déployés dès mai 2026
Pour contrer les réseaux de "mules" (comptes utilisés pour faire transiter l'argent volé), un outil inédit de partage d'informations entrera en vigueur début mai 2026. Soutenu par la Banque de France et la loi du 6 novembre 2025, ce dispositif permettra de neutraliser immédiatement un compte identifié comme frauduleux, empêchant ainsi toute récidive immédiate du malfaiteur.
Parallèlement, les banques continuent d'affiner leurs parcours clients. Depuis fin 2025, le service "Verification of Payee" (VoP) permet de s'assurer que l'identité du destinataire correspond bien aux coordonnées bancaires saisies. Ce contrôle systématique, couplé à l'authentification forte et à des interfaces plus explicites, vise à redonner le pouvoir de décision au consommateur face à l'urgence feinte par les escrocs.
La vigilance citoyenne reste le dernier rempart indispensable
Le secteur bancaire consacre des investissements colossaux, se comptant en centaines de millions d'euros, pour développer des systèmes d'intelligence artificielle capables de détecter les comportements atypiques. Cependant, l'éducation financière demeure primordiale. La campagne nationale « Ne donnez jamais ces données », relancée pour 2026, martèle un message simple : aucune banque ne demandera jamais à son client ses codes secrets ou la validation d'une opération par téléphone sous prétexte d'un test ou d'une urgence.
En conclusion, la FBF souligne que la sécurité des transactions n'est plus seulement un défi informatique interne aux banques, mais un enjeu de régulation des espaces numériques. Tant que les plateformes internet ne seront pas tenues pour responsables des publicités mensongères qu'elles diffusent, la protection des citoyens restera incomplète.