Surendettement : "Il y a de terribles lacunes pédagogiques en France"

Marie Nahmias • 23 Février 2017 • 14:11

Si les chiffres sont encourageants, nombreux sont encore les ménages à tomber dans la spirale du surendettement. Reconnu d'utilité publique, le réseau associatif Cresus multiplie les actions dans l'Hexagone pour prévenir le risque d'exclusion financière.

Surendettement : "Il y a de terribles lacunes pédagogiques en France"Pour prévenir le surendettement, l'association Cresus a lancé un jeu et une application à destination des plus jeunes.

Jean-Louis Kiehl, président de Cresus, revient sur les moyens à mettre en oeuvre pour mieux informer les citoyens et réduire davantage le nombre de dossiers de surendettement traités chaque année.

BoursedesCrédits : Comment évolue le surendettement en France ?
 
Jean-Louis Kiehl : Il faut distinguer d'une part le surendettement et d'autre part le mal-endettement, dont on ne peut pas réellement mesurer l'ampleur. Nous constatons au niveau du surendettement des ménages une meilleure fluidité, de l'ordre de 10%. Les dossiers traités par la Banque de France sont passés de 230.000 à 210.000, en un an. Un chiffre en baisse, mais encore très élevé.
 
Les différentes lois ont réduit l'accès et la demande de crédits en France, mais nous ne sommes pas encore sortis de crise. Les classes moyennes doivent particulièrement attirer l'attention des pouvoirs publics, car leurs charges sont importantes. C'est également le cas des primo-accédants, qui se retrouvent eux aussi en situation de fragilité.
 
Où se situe la France par rapport aux autres pays ?
 
Nous nous situons dans la fourchette haute des pays européens. Nos voisins allemands, par exemple, ont traité 100.000 dossiers de surendettement en un an, contre 210.000 en France. Par ailleurs, le montant moyen d'un dossier s'établit outre-Rhin à 18.000 euros, alors qu'il atteint 34.000 euros dans l'Hexagone. Si les Allemands ont un meilleur accès au crédit que nous, ils ne sombrent pas dans la spirale du surendettement.
 
Quels sont les moyens de prévenir le surendettement ?

La France est nulle en matière de prévention. Des efforts sont observés depuis quelque temps, mais la marge de progression est encore immense. Des établissements bancaires ont notamment signé une charte il y a deux ans pour l'inclusion bancaire et la prévention du surendettement. Si le dispositif est intéressant et porte l'attention des banques sur les clients fragiles, il reste malgré tout insuffisant.

Chez Cresus, nous sommes pour la mise en place d'un fichier national des crédits, permettant aux établissements financiers d'avoir accès à tous les crédits à la consommation accordés aux particuliers. Les emprunteurs devraient toutefois donner leur autorisation avant la consultation du fichier pour éviter que le dispositif ne serve à faire de la prospection. Les Allemands ont déjà adopté ce procédé.
 
Existe-t-il un manque de pédagogie sur le sujet ?

L'éducation financière, c'est comme le code de la route. Il faut que chaque citoyen apprenne et retienne le jargon des banquiers pour ensuite être en mesure de contrôler son budget. Nous nous sommes rendu compte qu'il y avait de terribles lacunes pédagogiques en France en matière de finances personnelles. Beaucoup de personnes ne savent pas calculer un taux d'intérêt sur 100 euros, c'est incroyable ! Vous me direz, l'Etat n'y arrive pas non plus.

Quels sont les moyens mis en oeuvre par Cresus pour pallier à ce déficit pédagogique ?

Nous avons élaboré un programme baptisé "Dilemme", qui comprend un jeu de plateau et une application. Le dispositif est accessible à partir de 6 ans et permet, par exemple, aux jeunes d'apprendre à gérer leur budget pour l'organisation de leur anniversaire.

Nous formons aussi des employés d'établissements bancaires, chargés de prévenir les jeunes contre le surendettement dans les lieux scolaires. L'an passé, 800 ambassadeurs ont formé 400.000 jeunes. Notre objectif pour 2018 : près d'un million de jeunes formés.

Et ces actions sont efficaces. Nous avons fait réaliser une évaluation d'impact de ces formations et il s'avère que 25% des jeunes sont allés voir leur banquier dans les deux mois qui ont suivi le passage des formateurs.
 

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