Urbanisme et vie locale : la ville de Fontainebleau s'oppose aux dérives du coliving

Entre colocation haut de gamme et hôtellerie de services, le coliving s'installe dans les centres urbains mais suscite une levée de boucliers institutionnelle. À Fontainebleau, les élus viennent de voter à l'unanimité pour réclamer une régulation nationale face à un modèle jugé parfois opaque et source de tensions locales.
Un vide législatif pointé du doigt par les élus de Seine-et-Marne
Le développement rapide de l'habitat partagé avec services, plus connu sous le nom de coliving, se heurte aujourd'hui à une fronde municipale à Fontainebleau. Lors du conseil municipal de décembre dernier, le maire Julien Gondard a fait adopter un voeu symbolique mais ferme. L'objectif est clair : interpeller le Parlement et le Gouvernement pour sortir ce mode d'habitation de son incertitude juridique. Actuellement, ces structures accueillent parfois des dizaines de résidents sans être soumises aux réglementations strictes qui régissent les établissements recevant du public (ERP), comme les hôtels ou les gîtes.
Cette absence de statut spécifique inquiète particulièrement l'édile sur le volet de la sécurité incendie. En cas de sinistre dans l'une de ces grandes propriétés transformées, la responsabilité de la collectivité et du maire pourrait être engagée. Pour la municipalité, il ne s'agit pas d'interdire systématiquement l'offre, mais d'imposer un cadre normatif équitable par rapport aux professionnels de l'hébergement traditionnel, garantissant ainsi la protection des occupants.
| Caractéristiques du Coliving | Problématiques soulevées |
|---|---|
| Espaces privés (chambre/SDB) et communs | Absence de normes de sécurité ERP |
| Services inclus (Sport, Coworking) | Flou entre bail d'habitation et prestation hôtelière |
| Gestion par des investisseurs spécialisés | Contournement potentiel de l'encadrement des loyers |
Des tensions sociales et environnementales au coeur des quartiers
Au-delà de l'aspect purement légal, le coliving est accusé de dégrader la tranquillité publique dans certains secteurs résidentiels de Fontainebleau. Une dizaine d'établissements est particulièrement ciblée pour des nuisances sonores répétées, nécessitant parfois l'arbitrage de la police municipale. Bien que des arrêtés d'interdiction de rassemblement aient été tentés par la ville, la justice les a parfois jugés disproportionnés, illustrant la difficulté pour les maires d'agir sans outils législatifs adaptés.
La gestion des déchets constitue un autre point de friction majeur. La multiplication des occupants dans des immeubles initialement prévus pour des familles entraîne un surplus d'ordures ménagères souvent déposées de manière anarchique aux abords des bacs de collecte. Ces désagréments quotidiens renforcent le sentiment d'une exploitation commerciale du logement qui se fait au détriment de l'équilibre des quartiers et de la qualité de vie des riverains historiques.
La lutte contre la spéculation et l'exclusion des locataires modestes
Fontainebleau n'est pas un cas isolé dans cette bataille contre l'industrialisation de la colocation. Dans la capitale, le sénateur Ian Brossat s'est également montré très virulent, qualifiant le phénomène de "fléau" lucratif. La critique porte ici sur une dimension plus sociale : en transformant des appartements classiques en chambres de coliving vendues à prix d'or, les investisseurs réduiraient l'offre de logements accessibles pour les foyers les plus modestes. Ce modèle permettrait, selon ses détracteurs, de masquer des loyers très élevés derrière des "forfaits de services", échappant ainsi aux règles de plafonnement en vigueur dans les zones tendues.
L'unanimité du vote bellifontain envoie un signal fort au législateur. La municipalité affirme sa volonté d'utiliser tous les leviers réglementaires dès qu'ils seront disponibles pour freiner cette expansion. En attendant une réponse de l'État, la ville reste en état de veille active, espérant que ce voeu devienne le point de départ d'une réforme nationale capable de rééquilibrer le marché locatif entre rentabilité financière et intérêt général.