VIDEO. Habitat participatif : construire le logement de ses rêves avec ses futurs voisins

Anissa Hammadi 17 Novembre 2014 17:06

Paris a accueilli pour la première fois les collectivités françaises engagées dans le développement de l'habitat participatif, les 13, 14 et 15 novembre derniers. Une démarche encore peu connue, qui séduit de plus en plus de futurs acquéreurs.

VIDEO. Habitat participatif : construire le logement de ses rêves avec ses futurs voisinsLe projet unission d'habitat participatif à Montreuiil

Des poules en cage près du portail, un ballon de foot usé et des planches de bois parsèment un terrain boueux. Ce n'est pas une ferme, mais un futur jardin de 200 m² partagé entre voisins, en plein coeur de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Le planning de la semaine est scotché sur la porte de la salle commune : Guy, François et les autres volontaires effectueront à tour de röle des petits travaux dans le jardin ou l'atelier de bricolage.

Les sept familles ont déjà emménagé, même si le chantier est loin d'être terminé. Des planches de bois font toujours office d'allée à l'entrée de chaque logement. Chez Ingrid, l'une des propriétaires, de multiples finitions restent à faire. Qu'importe, le résultat est déjà là : un beau triplex de 110 m² aux lignes modernes et épurées, pourvu d'une terrasse privative. Particularité, Ingrid dispose aussi d'un jardin, d'un atelier de bricolage, d'une grande salle et d'un bureau. Des espaces partagés par tous les copropriétaires.

Un habitat convivial et qualitatif

Tous ces éléments sont l'aboutissement d'un projet d'habitat participatif. Le principe est de concevoir, construire et autogérer son logement avec ses futurs voisins. Ce type de copropriété doit respecter certains critères : la mixité sociale, l'échange par le biais d'espaces communs partagés et enfin, l'utilisation de matériaux écologiques.

L'habitat participatif se veut convivial et qualitatif. Il répond aux besoins des habitants puisque ce sont eux qui conçoivent leur résidence sur-mesure, dans la limite de leur budget. Par exemple, imaginer une salle de jeux pour tous les enfants de la résidence, comme c'est le cas à Montreuil.

« Vivre autrement »

« L'idée est d'être ouvert au quartier. De vivre autrement, en harmonie avec les voisins », raconte Ingrid. Un mode de vie « à la hollandaise », comme elle le définit elle-même, où personne ne se cache des voisins. Elle ajoute : « Le but, c'est d'être en autogestion, de ne pas avoir de syndic. Pas seulement pour des raisons économiques mais par envie de tout gérer nous-mêmes ».

D'autres initiatives en France ont vu le jour avec ce même désir de « projet de vie commun ». Par exemple, des écolos à Strasbourg ou encore des personnes en situation de handicap à Lannion se sont réunis pour créer des logements répondant à leurs besoins.

Des prix au m² inférieurs à ceux du marché

Pour Ingrid et son mari François, tous deux architectes, le projet « Unisson » commence en septembre 2010. « Nous avons eu l'idée avec un couple qui faisait garder ses enfants chez la même nourrice que nous. L'assistante maternelle est aussi entrée dans le projet, elle occupe le logement social. Puis nous avons connu les autres familles par cooptation [désignation d'un nouveau membre d'une assemblée par les membres qui en font déjà partie, NDLR] », explique-t-elle.

Une fois le terrain identifié, les familles l'achètent en SCIA, société civile immobilière d'attribution. Ingrid et François mettent la main à la pâte en tant qu'architectes. En sautant la case « promoteur », la SCIA paie le mètre carré au prix coûtant. Au final, les logements sociaux reviennent à 3 300 €/m², les autres à 4 100 €/m², espaces communs inclus. Soit un prix bien inférieur à celui du marché du neuf, un peu plus de 4 500 €/m² à Montreuil.

De 45 à 125 m², en plain-pied, duplex ou triplex, chaque logement ressemble à son propriétaire. Ils sont tous certifiés BBC (bâtiment basse consommation).

« Ce n'est pas un fleuve tranquille »

Evidemment, la SCIA a connu des difficultés. « Ce n'est pas un fleuve tranquille, c'est une aventure », souligne François. « Mais nous avons tenu le cap, la navigation nous a même rapprochés », ajoute-t-il.

Ingrid se souvient : « La taille des espaces communs s'est réduite au fur et à mesure de l'opération », dit-elle, pointant du doigt la différence de budget entre les familles, les concessions à faire.
Une seule famille a abandonné en cours de route. Le collectif est resté stable, contrairement à la plupart des projets d'habitat groupé où moins de la moitié des familles d'origine reste jusqu'au bout.

« On court à la catastrophe »

Malgré les obstacles, plusieurs collectivités françaises croient dur comme fer à l'habitat participatif. Des représentants de Lille, Bordeaux, Grenoble et Strasbourg se sont réunis à Paris les 13, 14 et 15 novembre dernier afin de le promouvoir. Ces communes font partie du Réseau National des Collectivités pour l'Habitat participatif (RNCHP), créé il y a un an afin de favoriser cette « troisième voie pour le logement » selon Alain Jund, président du RNCHP et adjoint au maire de Strasbourg.

« On fabrique un parc de logement qui ne répond pas aux modes de vie d'aujourd'hui, on court à la catastrophe », s'alarme Jean-Michel Daquin, président de l'Ordre des architectes d'Ile-de-France. « On continue à faire des 3 pièces de 57 m² où une famille avec trois enfants ne peut pas vivre décemment. Avec Internet, le logement devient un lieu d'activités pour les enfants : il doit être plus spacieux. L'habitat participatif colle davantage à la réalité des besoins », poursuit-il.

Des appels à projets en cours

En France, environ 200 projets sont en cours, chacun comportant entre 4 et 30 logements. À Paris, trois appels à projets ont été lancés cette année. Ils concernent deux parcelles dans le 20e arrondissement et une dans le 19e. Une trentaine de dossiers ont été envoyés, soit 135 ménages impliqués.

L'opération suscite un « gros engouement », commente Ian Brossat, l'adjoint au maire de Paris en charge du logement. Le jury se réunira le 9 décembre prochain pour sélectionner 12 projets dans un premier temps, puis trois finaux. La livraison est prévue pour le 1er semestre 2017.

Pour Jean-Michel Daquin, l'habitat participatif est un moyen encore « loin de résoudre tous les problèmes de logement ». Mais il espère bien qu'il permettra, à sa petite échelle, « d'atteindre l'objectif des 70.000 logements supplémentaires par an » en Ile-de-France.

Pour aller plus loin...

« Propriétaire de manière différente »

Dans un habitat participatif, ce sont les habitants ainsi que les bailleurs privés et sociaux qui empruntent pour financer le projet. Chaque famille emprunte de son cöté selon son budget, dans la banque de son choix, comme pour une acquisition classique. Pour rassurer les banques, la loi Alur a donné pour la première fois une définition légale à l'habitat participatif, à travers trois décrets d'application.

Concernant la revente, si une famille souhaite partir, elle ne vendra pas son « bien » mais ses « parts sociales » car elle s'est constituée avec les autres membres du projet en SCIA, société civile immobilière d'attribution. Cette forme particulière de SCI permet la division par fractions et leur attribution aux associés en propriété ou en jouissance.

Dans le cas du projet Unisson à Montreuil, les familles sont dans une logique de jouissance. « On est proprio de manière différente », résume Ingrid.


 

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