La Banque de France alerte sur l'endettement des Français

Mickaël Touré • 25 Juin 2019 • 17:06

Selon le rapport d'évaluation des risques du système financier français publié, ce lundi, par la Banque de France, plusieurs dangers menacent l'économie. Parmi eux, l'endettement des Français est préoccupant puisqu'il a atteint un niveau élevé.

La Banque de France alerte sur l'endettement des FrançaisLa Banque de France a publié son rapport semestriel d'évaluation des systèmes financiers français

Dans son rapport semestriel, publié lundi, la Banque de France pointe différents risques pour le système financier français. Des risques plus ou moins élevés pour l'économie. Par exemple, elle alerte sur les risques liés au marché, arguant notamment que la confiance des investisseurs pourrait être altérée par plusieurs incertitudes ou tensions géopolitiques venant des États-Unis, de l'Europe ou des pays émergents.

Plus surprenant, la Banque de France indique également que les taux bas actuellement appliqués dans la zone euro, bien que bénéfique pour l'économie, pourraient également représenter un risque en alimentant le pessimisme sur la profitabilité des banques. De même, les risques liés aux changements structurels sont également dénoncés. La digitalisation est, par exemple, citée par l'institution, en raison des problématiques qu'elle crée au niveau de la cybersécurité.


Pour autant, la principale préoccupation de la Banque de France, c'est bien l'endettement des Français. De tous les risques énoncés, l'endettement est clairement identifié comme étant le danger le plus élevé pour l'économie. Explications.

L'endettement des entreprises et des ménages ne cesse de croître

À travers son rapport, l'institution met particulièrement en garde vis-à-vis des risques liés à l'endettement des Français. En effet, les taux d'endettement des entreprises et des ménages français continuent de croître à un rythme soutenu.

 Ainsi, le rapport explique que « La dynamique de l'endettement des entreprises augmente le risque de défaut et/ou les difficultés de refinancement en cas de choc macroéconomique [...] La capacité à mobiliser les ressources publiques pour amortir de futurs chocs économiques ou financiers devient également plus limitée avec l'accumulation des déficits depuis la crise. ».  

En clair, si une nouvelle crise éclate demain, il sera particulièrement difficile pour l'État de renflouer les caisses. Une perspective pour le moins inquiétante. Lorsque l'on s'attarde sur le détail, on remarque que tous les secteurs sont touchés par un endettement très élevé.

La France, mauvais élève européen

Par exemple, le rapport révèle que l'endettement du secteur privé atteint 3.112 milliards d'euros, soit 132.3 % du PIB fin 2018. Ce chiffre consacre une hausse de 45 points de PIB depuis 2000. Le problème, c'est qu'au niveau mondial, la tendance serait plutôt à la baisse depuis la crise.

La Banque de France explique ainsi que « l'endettement a baissé depuis la crise de 2009 dans la plupart des pays avec -29 points de PIB au Royaume-Uni, -15 aux États-Unis, et -10 en zone euro entre fin 2009 et fin 2018. Au contraire, il a augmenté de 20 points de PIB sur la même période en France. Par conséquent, l'endettement privé français est désormais le plus élevé parmi les grands pays de la zone euro, et 13 points de PIB au-dessus de la moyenne de la zone. Il reste toutefois inférieur aux niveaux d'endettement des US et UK ».

Pour la « BdF», la hausse de l'endettement du secteur privé s'expliquerait par le dynamisme des crédits aux ménages (crédit à l'habitat) et aux entreprises depuis 2017. Cette augmentation s'inscrit dans un contexte général de taux bas persistants.

L'endettement des ménages représente, lui, 1.403 milliards d'euros, soit 59.8% du PIB fin 2018. Là aussi, les chiffres sont inquiétants : « Le ratio en France dépasse à présent celui de la zone euro (57,6%), de l'Espagne (59,6%) et de l'Allemagne (52,7%). Le ratio actuel en France a augmenté de 8 points de PIB depuis la sortie de la crise (51,8% au T4 2009) alors que chez tous nos grands voisins il a baissé (-7 points de PIB en moyenne dans la zone euro). » précise l'étude.

Des taux bas qui pénalisent l'économie ?

La part de l'immobilier dans l'endettement des ménages Français ne cesse de croître. Elle a progressé et atteint 81% début 2019, soit 1.013 milliards d'euros. Les Français ont pu profiter de la baisse des taux pour contracter des prêts immobiliers. Problème, les taux restent aujourd'hui très faibles et une nouvelle baisse pourrait bien devenir un réel enjeu pour les banques.

De plus, bien que cette baisse des taux se traduise par des conditions d'octroi plus clémente, (notamment sur la durée du prêt) cela pourrait bien se révéler assez néfaste à terme.

 

 Alors que le revenu des ménages progresse plutôt à un rythme de l'ordre de 2%-2,5%, l'encours de crédit immobilier, augmente-lui à un rythme de 6% environ depuis début 2017. C'est là où le bât blesse. Cela se traduit un ratio de la dette de plus en plus important sur le revenu des ménages.

La Banque de France invite ainsi à la vigilance : « La hausse ininterrompue de l'endettement des ménages couplée au relâchement des conditions d'octroi invitent à rester vigilant. Certes, la sinistralité reste faible et les effets richesse sont relativement marginaux en France (la consommation serait peu sensible à la hausse ou à la baisse de la valeur du patrimoine), en revanche la poursuite de la hausse du ratio dette/revenu et l'augmentation du service de la dette finiraient par peser sur la consommation des ménages et donc sur l'économie. »

Il ne reste plus qu'a espérer que la crise tant redoutée ne se produise pas dans un avenir proche.

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