Radiographie de l'épargne en France : des records de capitalisation historiques

Les ménages français sont à la tête d'un trésor financier colossal qui ne cesse de croître, dépassant désormais les 6 500 milliards d'euros. Si l'assurance vie confirme son statut de pilier central du patrimoine national, l'épargne réglementée et les comptes courants révèlent des comportements de gestion très contrastés en ce début d'année 2026.
Une accumulation de richesse sans précédent pour les foyers français
Le bas de laine des Français atteint des niveaux vertigineux. Selon les indicateurs de la Banque de France, les actifs financiers des ménages ont franchi la barre des 6 477,6 milliards d'euros à la fin du premier semestre dernier, une somme qui représenterait le double de la dette publique hexagonale. La Direction générale du Trésor a même avancé une estimation encore plus haute pour le deuxième trimestre 2025, situant le patrimoine global à près de 6 596 milliards d'euros.
Cette croissance, qui s'élève à plus de 50 % sur la dernière décennie, se répartit entre des supports variés, allant des actifs boursiers aux livrets sécurisés. Pour illustrer la puissance de cette épargne, elle équivaut à plus de trois fois la valeur boursière totale des sociétés composant le CAC40. Malgré un contexte économique fluctuant, les Français continuent de privilégier la constitution d'un patrimoine financier solide.
| Support d'épargne | Encours (en milliards €) | Nombre de détenteurs |
|---|---|---|
| Assurance vie | 2 106 | 20 millions |
| Comptes courants (Dépôts à vue) | 546 | Quasi-totalité de la population |
| Livret A | 438,9 | 57 millions |
| Argent liquide (Espèces) | 210 | - |
L'assurance vie : le socle inébranlable du patrimoine national
Indétrônable, l'assurance vie demeure le vecteur d'investissement privilégié. Fin novembre, les données de France Assureurs révélaient un encours total de 2 106 milliards d'euros. Avec environ 20 millions de souscripteurs, le capital moyen par épargnant dépasse les 100 000 euros, bien que cette somme soit souvent répartie sur plusieurs contrats pour optimiser la transmission ou la fiscalité.
Le succès de ce placement repose sur sa dualité. Les épargnants arbitrent entre les fonds euros, dont la garantie en capital est totale, et les unités de compte (UC), plus volatiles mais potentiellement plus rémunératrices. Pour l'année en cours, les perspectives sont encourageantes : le cabinet Facts & Figures anticipe un rendement moyen des fonds euros autour de 2,65 % (avant prélèvements), profitant d'une conjoncture de taux favorable aux assureurs.
Le désamour progressif pour le Livret A face à la chute des rendements
Bien que le Livret A soit statistiquement le produit le plus diffusé avec 57 millions de bénéficiaires, il pèse cinq fois moins que l'assurance vie dans la balance financière globale. Selon la Caisse des Dépôts, son encours se limite à 438,9 milliards d'euros. Le plafonnement à 22 950 euros limite mécaniquement sa croissance, le solde moyen par livret s'établissant à peine à 7 482 euros selon la Banque de France.
L'attrait pour ce produit s'essouffle suite à l'érosion rapide de sa rémunération. Après avoir culminé à 3 % en janvier 2025, son taux est tombé à 1,7 % l'été dernier, et une nouvelle révision à la baisse est redoutée pour le 1er février prochain. À l'inverse, d'autres solutions comme le Livret d'Épargne Populaire (LEP) maintiennent une certaine attractivité avec un taux de 2,7 %, bien que ce support reste réservé aux ménages respectant des plafonds de ressources spécifiques.
La persistance d'une épargne dormante et non rémunérée
Un fait marquant du patrimoine financier français réside dans l'importance des liquidités non placées. Malgré une légère diminution, les sommes stockées sur les comptes de dépôt (sans intérêts) s'élèvent à 546 milliards d'euros, dépassant ainsi le montant total placé sur les Livrets A. Cette "épargne de précaution" subit de plein fouet l'érosion monétaire, les banques ne rémunérant généralement pas ces dépôts à vue.
Plus étonnant encore, l'attachement aux espèces physiques ne se dément pas. Un calcul basé sur les statistiques monétaires indique que les Français détiendraient environ 210 milliards d'euros en billets et pièces, soit l'équivalent d'un "bas de laine" géant caché hors du système bancaire traditionnel. Entre sécurité absolue et manque d'optimisation, ces liquidités témoignent d'une prudence extrême face aux aléas économiques de 2026.