Crise du logement : les expulsions locatives atteignent des sommets inédits en 2025

Le bilan annuel de la Chambre nationale des commissaires de justice révèle une situation sociale sous haute tension avec un pic inédit de procédures d'éviction. Entre durcissement législatif et précarité persistante, le marché locatif français traverse une crise sans précédent.
Un durcissement des procédures judiciaires face aux impayés
L'année 2025 marque un tournant sombre pour l'accès au logement en France. Selon les statistiques automatisées issues du répertoire des commissaires de justice, pas moins de 30 500 foyers ont été contraints d'abandonner leur résidence suite à un verdict de tribunal. Ce volume représente une envolée spectaculaire de 27 % par rapport à l'exercice précédent. Si les commandements de payer - première étape légale du litige - n'augmentent que de 2,4 % avec 175 000 actes délivrés, c'est bien l'exécution finale qui s'est accélérée.
Cette sévérité accrue est largement attribuée à l'application rigoureuse de la loi Kasbarian-Bergé de 2023. Les associations de défense des mal-logés, à l'instar de la Fondation Abbé Pierre, alertent sur une perte de flexibilité des magistrats. Les délais de grâce et la prise en compte de situations vulnérables (personnes âgées, malades ou familles avec jeunes enfants) semblent s'effacer devant une volonté de protéger plus fermement le droit de propriété.
| Indicateur (Année 2025) | Volume / Chiffre | Évolution sur un an |
|---|---|---|
| Ménages expulsés | 30 500 | + 27 % |
| Commandements de payer | 175 000 | + 2,4 % |
| Départs « à la cloche de bois » | 6 000 constats | + 11,7 % |
L'arsenal législatif transforme la réalité du terrain locatif
L'arsenal juridique s'est considérablement étoffé ces derniers mois. Outre les décrets d'application de la loi "anti-squat", la mise en oeuvre de la "loi narcotrafic" d'avril 2025 donne de nouveaux pouvoirs aux préfets. Ces derniers peuvent désormais solliciter un juge pour évincer tout occupant dont le comportement génère des nuisances graves à l'ordre public. En parallèle, les propriétaires bénéficient de procédures de recouvrement fluidifiées et de meilleures garanties d'indemnisation en cas de carence de l'État.
Le temps reste toutefois un facteur clé : s'il faut au minimum 8 mois pour mener une procédure à son terme, la réalité des tribunaux porte ce délai moyen à près de deux ans. Cette latence pousse certains occupants vers des solutions extrêmes, comme les départs dits "à la cloche de bois". En 2025, environ 6 000 logements ont été retrouvés vides sans aucun préavis, un chiffre en progression de plus de 11 %. Pour tenter d'endiguer ce climat de tension, les officiers de justice préconisent désormais une déjudiciarisation partielle des conflits pour accélérer le traitement des dettes locatives et de copropriété.