"Redevenir acteur de son argent" avec l'épargne solidaire

Anissa Hammadi • 03 Juin 2015 • 11:56

L'épargne solidaire, tirée par l'épargne salariale, séduit de plus en plus de Français. Son encours a progressé de 13,6 % en 2014. Quel est le concept ? Comment ça marche ?

"Redevenir acteur de son argent" avec l'épargne solidaireLa directrice de Finansol, Sophie des Mazery

En quelques mots, qu'est-ce que l'épargne solidaire ?

Sophie des Mazery, directrice de Finansol : Elle permet de financer des entreprises qui exercent une activité à forte utilité sociale ou environnementale. Ceci grâce à l'épargne des particuliers qui investissent dans des produits d'épargne solidaire.

Est-ce un don ou un investissement ?

S.d.M : Nous ne sommes pas dans le domaine du don mais de l'investissement. Les épargnants apportent des fonds propres à des entreprises solidaires, qui agissent sur des problématiques très variées : le logement très social, l'insertion, l'écologie...

Seul le système de partage des intérêts s'apparente au don, puisque les épargnants reversent une partie de la rémunération perçue. Mais pour le reste, il s'agit bien d'investissement solidaire.

Quelle est la rémunération d'un produit d'épargne solidaire par rapport à un produit d'épargne classique ?

S.d.M : Cela dépend du produit ! Livrets d'épargne, actions, SICAV... Les façons d'épargner solidaire sont très diverses et plus ou moins rentables.

La rémunération peut varier de 0 à 10 %. Les livrets d'épargne de partage (Maif, Crédit Coopératif, etc.) sont presque au même taux que le livret A, avec 0,25 % de plus : une fois que vous donnez une partie de votre intérêt, la rémunération est donc à peu près identique à celle du livret A classique.

En revanche, le taux d'intérêt grimpe avec les OPC solidaires (organisme de placement collectif, ndlr), tels que les SICAV, ou les FCP (fonds commun de placement, ndlr) solidaires. Le Crédit Agricole, la Caisse d'Épargne ou encore AG2R La Mondiale, par exemple, proposent ce type de produits. 

Mais l'épargnant n'investit pas pour faire fortune, il s'agit simplement de faire fructifier son argent autant que faire se peut.

L'encours de l'épargne solidaire a augmenté en 2014 mais cette hausse était toutefois plus faible qu'en 2013. Comment l'expliquez-vous ?

S.d.M : Tout comme les livrets d'épargne classique, le taux d'intérêt des livrets d'épargne de partage est historiquement bas. Résultat, il y a forcément moins à partager, et donc moins d'incitation à investir sur ce type de produit. L'environnement financier actuel est assez défavorable pour l'épargne. Vu le contexte, l'épargne solidaire tire bien son épingle du jeu.

Quel produit d'épargne conseillez-vous selon tel ou tel type de profil et de budget ?

S.d.M : Nous proposons un questionnaire sur le site de Finansol pour répondre à ces interrogations. Selon son profil et son budget, le questionnaire permet de s'orienter vers le produit qui vous correspond le mieux. Par exemple, si vous cherchez un placement très liquide, il est préférable de choisir un livret d'épargne de partage. Si vous cherchez un peu plus de « risque » et que vous avez un profil d'actionnaire, il vaudrait mieux se tourner vers un OPC (organisme de placement collectif, ndlr) solidaire.

Entre l'épargne salariale, la souscription au capital de l'entreprise ou l'épargne bancaire, quel est le versement le plus avantageux fiscalement ? Et quel est le plus risqué ?

S.d.M : En théorie, être actionnaire dans des PME représente l'investissement le plus risqué, mais aucune entreprise solidaire n'a mis la clé sous la porte. Cet investissement est encouragé par les pouvoirs publics. Et d'un point de vue fiscal, c'est le système le plus intéressant.

Peut-on choisir l'association vers laquelle ira notre épargne ?

S.d.M : Cela dépend des banques et des assureurs, c'est très variable d'un établissement financier à un autre. Certains proposent une cinquantaine d'associations, d'autres deux. Dans ce dernier cas, les fonds peuvent être dispatchés sans donner le choix à l'épargnant.

Toutes les banques classiques proposent-elles des livrets d'épargne solidaires ?

S.d.M : Toutes les banques le font, mais d'une manière différente selon chacune. L'épargne bancaire a le taux de croissance le plus important. Ainsi, la politique de création de produits menée par les établissements bancaires et leurs promotions sont assez dynamiques.

Combien de produits d'épargne labellisés Finansol ?

S.d.M : Nous comptions 122 produits d'épargne labellisés au 31 décembre 2012. Aujourd'hui, il en existe 136.

Et combien d'associations ?

S.d.M : En tout, un peu moins d'une centaine.

Concrètement, comment l'épargnant est-il informé de l'utilisation de son épargne ?

S.d.M : Chaque année, tous les produits d'épargne renouvellent leur candidature au label Finansol. Pour l'obtenir, il faut remplir plusieurs conditions dont celle de la transparence. Les produits d'épargne doivent mettre en oeuvre certaines pratiques, de telle sorte que l'épargnant sache exactement ce qui est fait de son argent, le but étant justement de redevenir acteur de son argent.

L'épargnant peut vérifier à tout moment l'utilisation de son épargne sur le site internet de la banque : voir la liste des entreprises financées grâce à son produit d'épargne, avoir des prévisions sur telle ou telle entreprise financée, etc.  

Quelle démarche faut-il entreprendre si l'on souhaite arrêter l'épargne solidaire ?

S.d.M : Cela fonctionne comme un produit d'épargne classique ! Vous pouvez clôturer le livret et transférer l'argent. Même chose pour les fonds de placement (OPC solidaire ou SICAV, Société d'Investissement à Capital Variable, ndlr). Seule contrainte : en cas d'investissement dans le capital de l'entreprise, il faut conserver ses actions au moins 5 ans.

>> Lire aussi : Donner un sens à son épargne avec la finance solidaire.

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