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L'achat en indivision : tout savoir avant d'acheter à plusieurs

Arsalain EL KESSIR
L'achat en indivision : tout savoir avant d'acheter à plusieurs

✍ Les points à retenir

  • L'achat en indivision permet à plusieurs personnes d'acquérir ensemble un bien immobilier, chaque associé détenant une quote-part proportionnelle à son investissement.
  • La gestion d'un bien en indivision nécessite des décisions collectives pour les travaux, la location ou la revente, ce qui peut compliquer la prise de décision si les associés ne sont pas d'accord.
  • La fiscalité d'un achat en indivision dépend des revenus et des impôts de chaque co-acquéreur, il est donc important de planifier cette dimension avant l'achat.
  • Rédiger une convention d'indivision est fortement recommandé pour définir les droits et obligations de chacun, prévenir les conflits et encadrer la sortie éventuelle de l'un des associés.
  • Avant de se lancer, il est conseillé de consulter un notaire ou un expert immobilier pour sécuriser juridiquement l'achat et éviter les pièges de l'indivision.

Qu'est-ce que l'achat en indivision ?

Principe et fonctionnement

L'achat en indivision permet à plusieurs personnes d'acquérir ensemble un bien immobilier sans division physique du bien. Chaque co-acquéreur (indivisaire) détient une quote-part proportionnelle à sa contribution financière, mais reste propriétaire de l'ensemble indivisible : aucun indivisaire n'est propriétaire d'une pièce ou d'une partie spécifique du bien. Si l'un a financé 70 % et l'autre 30 %, leurs parts respectives sont de 70 % et 30 %. Cette structure est utilisée par des couples non mariés, des membres d'une famille, des amis ou des partenaires d'investissement.

Ce que l'indivision implique juridiquement

L'indivision est le régime de propriété par défaut lorsque plusieurs personnes achètent ensemble. Elle ne nécessite pas de création de société (contrairement à la SCI), ce qui la rend simple et peu coûteuse à mettre en place. En contrepartie, toutes les décisions importantes doivent être prises collectivement, et chaque indivisaire peut demander à tout moment la sortie de l'indivision (principe légal : "nul ne peut être contraint de rester en indivision"). Cette réalité impose d'anticiper les scénarios de sortie dès l'achat.

Avantages et limites de l'achat en indivision

Les avantages

  • Partage des coûts : prix d'achat, frais de notaire et apport répartis entre les co-acquéreurs. L'accès à la propriété devient possible avec des ressources individuelles limitées.
  • Accès à un bien plus grand ou mieux situé : la capacité d'emprunt combinée permet d'acheter un bien inaccessible individuellement.
  • Simplicité de mise en place : pas de formalité de création de société, pas de statuts, coûts administratifs réduits.
  • Fiscalité proportionnelle : chaque indivisaire déclare sa quote-part de revenus (si location) et de charges déductibles.
  • Répartition flexible : les parts sont ajustées à la contribution réelle de chacun (pas obligatoirement 50/50).

Les limites et risques

  • Conflits entre indivisaires : les décisions importantes (vente, travaux majeurs) requièrent l'unanimité. Des divergences peuvent bloquer la gestion du bien.
  • Sortie difficile : un indivisaire ne peut vendre sa part sans l'accord des autres. Le droit de préemption des co-indivisaires s'applique. En cas de désaccord, la vente forcée devant le tribunal est possible mais longue et coûteuse.
  • Solidarité des dettes : si un indivisaire ne paie pas sa part des charges ou du crédit, les autres doivent assumer.
  • Risque en cas de décès ou séparation : la part du défunt passe à ses héritiers, qui peuvent ne pas partager les objectifs des autres indivisaires. En cas de divorce ou séparation, le partage peut devenir conflictuel.
  • Crédit plus complexe : les banques évaluent chaque co-emprunteur individuellement. L'absence de lien juridique entre indivisaires (amis, concubins) peut compliquer l'obtention du financement.

« L'indivision est la solution la plus simple pour acheter à plusieurs, mais c'est aussi la plus fragile juridiquement. La convention d'indivision est l'outil indispensable pour sécuriser le projet : elle définit les règles de gestion, la répartition des charges, les conditions de sortie et les modalités de rachat des parts. Sans cette convention, chaque indivisaire peut demander la sortie à tout moment et forcer la vente du bien. Le coût de la rédaction par un notaire est négligeable par rapport aux conflits qu'elle évite. »

Arsalain EL KESSIR, Fondateur de BoursedesCrédits

Financer un achat en indivision

Obtenir un crédit immobilier à plusieurs

Chaque indivisaire doit être inclus dans la demande de crédit immobilier et fournir ses justificatifs (revenus, charges, relevés bancaires, avis d'imposition). La banque évalue la capacité de remboursement globale du groupe et le taux d'endettement de chaque co-emprunteur. Un apport d'au moins 10 % du prix est généralement requis, réparti entre indivisaires selon leurs parts. Point essentiel : chaque co-emprunteur est solidairement responsable de la totalité du prêt. Si un indivisaire ne paie plus, les autres doivent assumer l'intégralité des mensualités.

Garanties et assurance emprunteur

La banque exige une garantie (hypothèque ou caution) portant sur l'ensemble du bien. L'assurance emprunteur est obligatoire pour chaque co-emprunteur, couvrant décès, invalidité et incapacité. La quotité d'assurance (répartition de la couverture entre co-emprunteurs) doit être calibrée pour protéger chaque indivisaire en cas de défaillance de l'autre. Un bon dossier (revenus stables, taux d'endettement maîtrisé, apport suffisant) et des accords clairs entre indivisaires sur les modalités de remboursement facilitent l'obtention du crédit.

La convention d'indivision : sécuriser le projet

Contenu et rôle de la convention

Type de décisionRègle applicableExemples
Gestion courante Majorité des 2/3 des parts Réparations urgentes, entretien courant, assurances
Actes importants Unanimité (sauf convention contraire) Vente du bien, travaux majeurs, changement d'usage
Sortie d'un indivisaire Droit permanent (nul ne peut être contraint de rester) Vente de la part, rachat par les autres, partage judiciaire

La convention d'indivision, rédigée par un notaire, est le document fondamental qui sécurise le projet. Elle définit la répartition des parts, les règles de gestion quotidienne, la répartition des charges et loyers, les conditions de sortie (rachat de parts, vente), les modalités de prise de décision et la durée prévue de l'indivision. Elle peut désigner un gérant chargé de la gestion administrative. Sans convention, les règles légales par défaut s'appliquent (unanimité pour les décisions importantes, droit de sortie permanent).

Gestion des charges et des revenus

Les charges (taxe foncière, copropriété, entretien, assurance) et les revenus (loyers si location) sont répartis proportionnellement aux parts de chaque indivisaire. Cette répartition doit être formalisée dans la convention. En cas de non-paiement par un indivisaire, les autres doivent assumer pour éviter des pénalités ou des poursuites. La tenue d'une comptabilité claire, même simplifiée, est indispensable pour la transparence entre indivisaires.

Vente et rachat de parts en indivision

Vendre le bien entier

La vente du bien requiert l'accord unanime des indivisaires. Le produit est réparti selon les parts respectives. Si un indivisaire refuse, une autorisation judiciaire peut être demandée, mais la procédure est longue et coûteuse. Le notaire rédige l'acte de vente et garantit la répartition conforme des fonds. La plus-value éventuelle est imposée individuellement pour chaque indivisaire selon sa part, avec les abattements pour durée de détention applicables.

Racheter les parts d'un indivisaire

Un indivisaire peut racheter la part des autres pour devenir seul propriétaire. Les étapes : évaluation du bien (expertise ou accord amiable), négociation du prix de rachat, acte de cession notarié, financement (apport personnel ou crédit immobilier souscrit par le racheteur). Les co-indivisaires disposent d'un droit de préemption : avant de vendre sa part à un tiers, un indivisaire doit proposer aux autres de la racheter. Les frais de notaire et l'imposition de la plus-value des cédants doivent être intégrés dans le calcul.

Indivision, SCI ou tontine : comparatif des alternatives

CritèreIndivisionSCITontine
Création Automatique (pas de formalité) Statuts, immatriculation, formalités Clause dans l'acte d'achat
Coût de mise en place Faible (convention recommandée) Moyen (rédaction statuts, immatriculation) Faible (clause notariale)
Prise de décision Unanimité pour actes importants Selon les statuts (souplesse) Non applicable (2 personnes)
Sortie Droit permanent, peut forcer la vente Cession de parts encadrée par statuts Impossible avant décès d'un tontinier
Transmission au décès Part transmise aux héritiers Parts transmises selon statuts/donation Pleine propriété au survivant
Formalisme Faible Élevé (AG, comptabilité, déclarations) Faible
Idéal pour Achats simples à 2-3, couples non mariés Gestion patrimoniale, transmission familiale Couples souhaitant protéger le survivant

L'indivision convient aux projets simples avec peu d'indivisaires et une convention bien rédigée. La SCI offre plus de souplesse de gestion et facilite la transmission, mais implique un formalisme plus lourd. La tontine protège le survivant en cas de décès (pleine propriété automatique) mais interdit toute sortie anticipée. Le choix dépend du nombre de co-acquéreurs, de leurs liens (couple, famille, amis), de l'horizon de détention et des objectifs patrimoniaux.

FAQ : achat en indivision

Peut-on vendre un bien en indivision sans l'accord de tous ?

En principe, non : l'unanimité est requise. En cas de refus d'un indivisaire, une autorisation judiciaire peut être demandée (article 815-5-1 du Code civil), mais la procédure est longue et coûteuse. La convention d'indivision peut prévoir des modalités de sortie plus souples pour anticiper ces situations.

La convention d'indivision est-elle obligatoire ?

Non, elle est facultative mais très fortement recommandée. Sans convention, les règles légales par défaut s'appliquent (unanimité, droit de sortie permanent, répartition proportionnelle). La convention permet d'adapter ces règles au projet et d'anticiper les conflits. Son coût (quelques centaines d'euros chez un notaire) est négligeable par rapport aux litiges qu'elle prévient.

Que se passe-t-il si un indivisaire ne paie plus sa part du crédit ?

Les autres indivisaires sont solidairement responsables de la totalité du prêt. La banque peut exiger le paiement de l'intégralité des mensualités aux co-emprunteurs solvables. L'indivisaire défaillant reste débiteur envers les autres, qui peuvent engager un recours pour récupérer les sommes avancées. C'est l'un des risques majeurs de l'indivision.

Comment sortir d'une indivision ?

Trois options : vendre sa part aux co-indivisaires (droit de préemption), vendre sa part à un tiers (avec accord des autres), ou demander le partage judiciaire devant le tribunal (vente forcée du bien et répartition du produit). La convention d'indivision peut prévoir des modalités de sortie négociées à l'avance.

L'indivision est-elle adaptée pour un investissement locatif ?

Possible mais la SCI est souvent préférable pour un investissement locatif : elle offre une gestion plus structurée, une transmission plus souple et des options fiscales (IR ou IS) que l'indivision ne permet pas. L'indivision convient mieux aux achats simples de résidence principale entre 2-3 personnes.

Les banques acceptent-elles de financer un achat en indivision ?

Oui, mais l'évaluation est plus rigoureuse : chaque co-emprunteur doit être solvable individuellement et tous sont solidairement responsables de la totalité du prêt. Les banques peuvent être plus réticentes si les co-acquéreurs n'ont pas de lien juridique entre eux (amis, concubins sans PACS).

Indivision ou SCI : comment choisir ?

L'indivision est plus simple et moins coûteuse à mettre en place, adaptée aux projets courts ou simples avec peu d'indivisaires. La SCI est préférable pour les projets patrimoniaux à long terme, la transmission familiale et l'investissement locatif. Le choix dépend du nombre de co-acquéreurs, de la durée envisagée, des objectifs fiscaux et de la tolérance au formalisme administratif.

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