Sursis pour les passoires énergétiques : le plan du gouvernement pour sauver le parc locatif

Face à une pénurie de logements sans précédent, l'exécutif envisage d'assouplir le calendrier d'interdiction de louer pour les habitations les plus énergivores. Cette stratégie de "pragmatisme" vise à maintenir des milliers de biens sur le marché, tout en imposant une promesse de rénovation à moyen terme.
Un calendrier de travaux étendu pour éviter la pénurie de biens
Le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, souhaite éviter une contraction brutale de l'offre immobilière. Actuellement, environ 1,1 million de résidences affichant un DPE médiocre (F ou G) risquent de sortir du circuit locatif. Pour contrer ce phénomène, une nouvelle directive permettrait aux bailleurs de continuer à louer leurs biens, à la seule condition de s'engager officiellement à réaliser une mise aux normes thermique. Cette flexibilité temporelle est fixée selon la nature du logement.
L'objectif affiché est ambitieux : préserver ou réinjecter 700 000 habitations sur le marché d'ici 2028. Si des élus de différents bords, dont Emmanuel Grégoire à Paris, reconnaissent l'urgence de mesures transitoires face à la gravité de la crise, le dispositif soulève de nombreuses interrogations sur son application concrète.
| Type de logement | Délai de rénovation accordé |
|---|---|
| Maison individuelle | 3 ans |
| Appartement en copropriété | 5 ans |
Une surveillance accrue promise pour contrer l'immobilisme
Cette annonce suscite une vive opposition de la part des représentants des locataires. Des collectifs comme Rénovons ou la CLCV dénoncent un risque de "procrastination" législative, craignant que ces engagements ne restent que des promesses sans lendemain. Sans un encadrement strict, ils redoutent que les bailleurs n'ayant entamé aucune démarche ne soient indûment favorisés au détriment du confort et de la santé des occupants.
Pour rassurer, le ministère du Logement prévoit de confier le suivi de ces chantiers à l'Ademe. Des sanctions financières sont d'ores et déjà évoquées pour les propriétaires qui ne respecteraient pas les échéances fixées. L'enjeu est de taille, puisque selon l'Observatoire du gouvernement, la moitié des logements énergivores appartiennent aux 20 % des foyers les plus aisés, suggérant une capacité de financement qui doit être mobilisée.
Les obstacles persistants de la rénovation en habitat collectif
Malgré cette main tendue, les investisseurs immobiliers pointent du doigt des freins structurels que le simple allongement des délais ne suffit pas à résoudre. Le coût des chantiers et les blocages récurrents au sein des assemblées générales de copropriétaires restent des réalités concrètes. Un bailleur peut avoir la volonté de rénover mais se retrouver "dépendants des votes de la copropriété" pour des travaux lourds touchant à l'enveloppe du bâtiment (toiture, isolation par l'extérieur).
De plus, l'adéquation entre les ambitions et les moyens financiers interroge. Jacques Baudrier, à la mairie de Paris, souligne que les budgets actuels de MaPrimeRénov' ne couvrent qu'une infime partie du million de logements à traiter d'ici début 2028. En l'absence de mesures d'accompagnement plus robustes, certains acteurs craignent que ce délai supplémentaire ne fasse que repousser le problème sans traiter les causes profondes du blocage du secteur du bâtiment.