Collecte de l'épargne : le Livret A boudé par les ménages au profit de placements plus rentables

À contre-courant des tendances saisonnières, l'épargne réglementée a enregistré des retraits significatifs au cours du mois dernier. Ce désamour temporaire pour le Livret A s'explique par une rémunération en baisse et une concurrence accrue des autres produits financiers, le tout dans un climat économique sous tension.
Un mouvement de décollecte atypique pour le mois de février
Selon les données communiquées par la Caisse des dépôts ce mardi, les épargnants ont retiré 740 millions d'euros de plus qu'ils n'en ont versé sur leur Livret A en février 2026. Ce phénomène est d'autant plus remarquable qu'historiquement, le second mois de l'année est propice aux dépôts. Ce reflux, entamé depuis l'automne dernier, ne semble s'être interrompu qu'en décembre, les Français privilégiant désormais l'assurance-vie dont les rendements s'avèrent plus attractifs dans le contexte actuel.
Malgré ce retrait, l'encours global déposé sur ce support reste massif, s'élevant à 447 milliards d'euros. Cette érosion de la collecte coïncide avec la révision à la baisse du taux d'intérêt, passé de 1,7 % à 1,5 % au 1er février. Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) suit une trajectoire similaire avec une stabilité parfaite de son encours à 165,2 milliards d'euros, prouvant une certaine prudence des ménages face à ces livrets "classiques".
| Produit d'épargne | Flux de février 2026 | Taux en vigueur |
|---|---|---|
| Livret A | - 740 millions € | 1,5 % |
| LDDS | Stable | 1,5 % |
| LEP | + 180 millions € | 2,5 % |
Le retour de la valeur refuge face aux incertitudes géopolitiques
Seul le Livret d'épargne populaire (LEP) tire son épingle du jeu avec une collecte nette positive de 180 millions d'euros, portée par une rémunération supérieure (2,5 % contre 2,7 % précédemment). Toutefois, l'horizon pourrait s'éclaircir pour l'ensemble des livrets réglementés. La Banque centrale européenne a récemment manifesté son inquiétude face aux risques inflationnistes liés aux tensions énergétiques au Moyen-Orient. Si les prix à la consommation s'envolent, le mécanisme de calcul pourrait mécaniquement conduire à une nouvelle hausse des taux de rendement, incitant les ménages à délaisser la consommation au profit de l'épargne de précaution.
Au-delà de la simple gestion de patrimoine, ces fonds jouent un rôle crucial dans les grands projets nationaux. L'exécutif a confirmé que l'épargne centralisée par la Caisse des dépôts financera 60 % de la construction du futur parc nucléaire (six réacteurs EPR2), un investissement colossal évalué à 72,8 milliards d'euros. Les autorités se veulent rassurantes : cette mobilisation de capitaux vers l'énergie décarbonée ne se fera pas au détriment du logement social, garantissant ainsi le maintien du rôle historique et social de l'épargne des Français.