Loi Elan : réforme du logement et du secteur immobilier

✍ Les points à retenir
- Accélération de la construction de logements : La loi ELAN vise à libérer le foncier et à simplifier les procédures d'urbanisme pour construire plus, mieux et moins cher, notamment en encadrant les recours abusifs contre les permis de construire.
- Évolution du secteur HLM : La réforme impose une restructuration des organismes de logement social par le regroupement des bailleurs gérant moins de 12 000 logements, afin d'optimiser leur gestion financière et leur capacité d'investissement.
- Création du bail mobilité : Ce nouveau contrat de location courte durée (1 à 10 mois) est destiné aux personnes en formation, études, stage ou mission temporaire, offrant une flexibilité accrue sans dépôt de garantie pour le locataire.
- Encadrement des loyers et locations touristiques : La loi permet aux métropoles d'expérimenter à nouveau l'encadrement des loyers et renforce les sanctions contre les plateformes de location saisonnière ne respectant pas les plafonds de durée légale.
- Digitalisation et copropriété : Le texte favorise la transformation numérique de l'immobilier, notamment par la dématérialisation des assemblées générales de copropriété et la mise en place du carnet numérique d'entretien du logement.
Qu'est-ce que la loi ELAN et quels sont ses objectifs majeurs ?
La loi Elan, acronyme pour l'Évolution du Logement, de l'Aménagement et du Numérique, constitue l'un des piliers législatifs les plus profonds du secteur immobilier français de ces dernières décennies. Portée par la volonté de répondre aux crises successives du logement, cette loi cadre a été promulguée avec l'ambition de transformer radicalement la manière dont on construit, on gère et on habite le territoire. Elle ne se contente pas de modifier des articles de codes existants, mais propose une vision globale pour adapter le droit immobilier aux réalités du XXIe siècle, notamment en intégrant les enjeux de la transition numérique et de la flexibilité sociale.
Faciliter la construction de nouveaux logements
L'un des premiers leviers de la loi Elan est de s'attaquer au manque structurel d'offre dans les zones dites "tendues", où la demande surpasse largement l'offre disponible. Pour y parvenir, le législateur a mis en place des mesures visant à "libérer" la construction. Cela passe par une réduction drastique des délais de recours contre les permis de construire, souvent utilisés de manière abusive pour bloquer des projets immobiliers. En simplifiant les normes techniques et en encourageant la transformation de bâtis existants, la loi cherche à réduire les coûts de production. L'objectif final est de permettre aux promoteurs et aux bailleurs de construire plus, plus vite et surtout moins cher, afin de stabiliser les prix du marché et de favoriser l'accès à la propriété et à la location.
Protéger les plus fragiles et améliorer le cadre de vie
Au-delà de l'aspect productiviste, la loi Elan porte une ambition sociale forte. Elle renforce considérablement l'arsenal juridique contre les marchands de sommeil et l'habitat indigne, en durcissant les sanctions pénales et administratives. Parallèlement, elle réforme le secteur du logement social pour le rendre plus efficace et plus agile, notamment à travers le regroupement des organismes HLM. La loi vise également à mieux accompagner les mutations de la société, comme la mobilité professionnelle, en créant de nouveaux outils juridiques plus souples. Elle cherche à garantir que chaque citoyen puisse disposer d'un logement décent, adapté à son parcours de vie, tout en préservant la mixité sociale au sein des quartiers urbains et périurbains.
Accompagner la transition numérique du secteur immobilier
Le troisième axe majeur de la loi Elan est l'intégration du numérique comme moteur de modernisation. Le secteur de l'immobilier, souvent perçu comme traditionnel, est poussé vers une dématérialisation accrue. Cela concerne aussi bien la gestion des copropriétés, avec la possibilité de tenir des assemblées générales à distance, que la numérisation des baux de location ou des actes de vente. La loi encourage le développement de la "Proptech" pour rendre les services immobiliers plus transparents et accessibles. En favorisant l'innovation technologique, le texte législatif entend simplifier les relations entre propriétaires, locataires et professionnels, tout en optimisant la gestion énergétique et technique des bâtiments grâce aux nouveaux outils connectés.
Simplification des normes et accélération des procédures de construction
Dans un contexte de pénurie de logements, la loi Elan a introduit des mécanismes de simplification sans précédent pour lever les freins administratifs et techniques qui ralentissent les projets immobiliers. Cette volonté de simplification s'adresse directement aux constructeurs et aux collectivités locales pour dynamiser le tissu urbain.
La lutte contre les recours abusifs
Les recours contre les permis de construire ont longtemps été un frein majeur à la production de logements en France. La loi Elan a instauré des mesures pour limiter ces blocages. Désormais, les délais de jugement sont encadrés pour éviter que des projets ne soient gelés pendant des années. De plus, la loi restreint l'intérêt à agir des associations ou des particuliers qui déposeraient des recours dans le seul but d'obtenir une compensation financière. Cette sécurisation juridique permet aux porteurs de projets d'avoir une meilleure visibilité sur leur calendrier de réalisation et de limiter les frais financiers liés aux retards de chantier.
L'assouplissement des normes architecturales et environnementales
Pour réduire les coûts de construction, la loi Elan permet des dérogations à certaines normes, notamment dans le cadre de la transformation de bureaux en logements ou dans les zones littorales sous certaines conditions strictes. L'idée n'est pas de réduire la qualité du bâti, mais d'offrir plus de souplesse aux architectes pour adapter les projets aux contraintes du terrain. Par exemple, la loi facilite l'expérimentation de nouvelles techniques constructives, favorisant l'usage de matériaux biosourcés ou de méthodes de préfabrication. Cette approche pragmatique vise à concilier les exigences de confort moderne avec les impératifs de densité urbaine.
La dématérialisation des permis de construire
Toujours dans cette optique d'accélération, la loi Elan a généralisé la possibilité de déposer et d'instruire les demandes d'autorisation d'urbanisme par voie électronique. Cette numérisation des procédures administratives réduit les échanges de courriers papier et permet un suivi en temps réel de l'avancement des dossiers. Pour les mairies, c'est un gain d'efficacité notable dans le traitement des flux. Pour les citoyens et les professionnels, c'est la promesse d'une administration plus réactive et plus proche des besoins du terrain, supprimant les barrières physiques et temporelles classiques de l'urbanisme.
La réforme de la copropriété : vers une gestion plus numérisée et simplifiée
La gestion des immeubles collectifs n'a pas été oubliée par la loi Elan. Le texte propose une refonte des règles de la copropriété pour les adapter aux usages numériques et aux besoins de réactivité des copropriétaires modernes.
L'introduction du vote par correspondance et de la visioconférence
Avant la loi Elan, la présence physique ou la représentation par pouvoir était la règle stricte des assemblées générales. La loi a brisé ce carcan en autorisant le vote par correspondance ainsi que la participation aux débats par visioconférence. Cette mesure vise à lutter contre l'absentéisme chronique dans les copropriétés, qui bloque souvent la prise de décisions importantes, notamment les travaux de rénovation énergétique. En facilitant la participation à distance, la loi redonne du pouvoir d'agir aux copropriétaires et modernise la vie démocratique de l'immeuble.
La dématérialisation des documents et l'accès à l'extranet
La loi impose désormais aux syndics de mettre à disposition des copropriétaires un espace en ligne sécurisé (extranet) regroupant l'ensemble des documents relatifs à la gestion de l'immeuble : carnet d'entretien, contrats d'assurance, factures, procès-verbaux des assemblées. Cette transparence accrue permet une meilleure surveillance de la gestion du syndic et facilite la transmission d'informations lors de la vente d'un lot. La loi Elan transforme ainsi la relation entre le mandataire et les copropriétaires, passant d'un modèle opaque à un modèle de collaboration numérique directe.
Simplification pour les petites copropriétés
Consciente que les règles de gestion d'une tour de cent logements ne peuvent être les mêmes que pour un immeuble de trois lots, la loi Elan a instauré des mesures de simplification spécifiques pour les petites copropriétés. Ces dernières peuvent désormais adopter des modes de gestion plus souples, avec des règles de majorité allégées pour certaines décisions ou la possibilité de ne pas constituer de conseil syndical. Cette adaptation pragmatique du droit permet d'éviter des lourdeurs administratives inutiles et de réduire les frais de gestion pour les propriétaires de petits ensembles immobiliers.
Le bail mobilité : un nouveau contrat de location pour les locataires temporaires
Réponse directe aux besoins de flexibilité des jeunes actifs et des étudiants, le bail mobilité est l'une des innovations majeures de la loi Elan en matière de droit locatif.
Un contrat flexible pour des situations spécifiques
Le bail mobilité s'adresse exclusivement aux personnes en situation de mobilité : étudiants, apprentis, stagiaires, salariés en mission temporaire ou en formation professionnelle. Sa durée est comprise entre un et dix mois, sans possibilité de renouvellement ou de reconduction. Ce contrat "clé en main" permet de répondre à un besoin ponctuel de logement sans les contraintes d'un bail d'habitation classique de trois ans. C'est un outil essentiel pour favoriser la mobilité géographique et l'accès à l'emploi dans les zones où le marché immobilier est saturé.
L'absence de dépôt de garantie
Pour faciliter l'accès à ce type de location, la loi Elan interdit au propriétaire de demander un dépôt de garantie au locataire. En contrepartie, les locataires bénéficient de la garantie Visale d'Action Logement, qui couvre les éventuels impayés de loyers et les dégradations locatives. Cette mesure lève une barrière financière importante pour les jeunes ou les précaires qui n'ont pas toujours les fonds nécessaires pour avancer un ou deux mois de loyer en début de bail. Le propriétaire, quant à lui, bénéficie d'une sécurité de paiement renforcée par un organisme tiers.
Un régime de charges simplifié
Dans le cadre du bail mobilité, les charges locatives ne sont pas régularisées chaque année sur frais réels. Elles sont obligatoirement forfaitaires. Cela simplifie la gestion pour le propriétaire et offre une visibilité totale au locataire sur son budget mensuel. Le montant du forfait doit toutefois rester cohérent avec la réalité des charges de l'immeuble. Cette approche forfaitaire évite les litiges en fin de bail, qui sont fréquents dans les locations de courte durée, et permet une sortie des lieux plus fluide et rapide pour les deux parties.
Encadrement des loyers : le retour du dispositif dans les zones tendues
Après l'annulation de mesures précédentes par la justice, la loi Elan a réintroduit le cadre expérimental de l'encadrement des loyers pour réguler les prix dans les grandes métropoles.
Le mécanisme des loyers de référence
Le dispositif repose sur la fixation, par arrêté préfectoral, d'un loyer de référence, d'un loyer de référence majoré (généralement +20 %) et d'un loyer de référence minoré. Le loyer demandé par le propriétaire ne peut excéder le plafond majoré. Ce calcul prend en compte le quartier, le nombre de pièces, l'époque de construction et le type de location (vide ou meublée). La loi Elan permet ainsi de freiner les hausses de loyers injustifiées qui déconnectent les prix de l'immobilier du pouvoir d'achat réel des habitants.
Le complément de loyer et ses limites
La loi autorise toutefois un "complément de loyer" pour les logements présentant des caractéristiques exceptionnelles de confort ou de localisation (vue imprenable, grande terrasse, équipements de luxe). Cependant, la loi Elan encadre plus strictement cette notion pour éviter les abus. Un propriétaire ne peut pas justifier un dépassement de plafond par des équipements de base ou un bon état général. Le locataire a la possibilité de contester ce complément devant une commission de conciliation, ce qui rééquilibre le rapport de force entre bailleurs et preneurs dans les marchés hyper-tendus.
Sanctions en cas de non-respect
Contrairement aux dispositifs antérieurs, la loi Elan a musclé les sanctions. Les propriétaires qui ne respectent pas les plafonds s'exposent à des amendes administratives pouvant atteindre 5 000 € pour une personne physique et 15 000 € pour une personne morale (société immobilière). De plus, le préfet peut exiger le remboursement des sommes trop-perçues au locataire. Cette dimension répressive est un signal fort envoyé aux investisseurs immobiliers pour qu'ils respectent les règles de décence économique du logement.
Location saisonnière et Airbnb : le renforcement des sanctions et des contrôles
Face à l'explosion des plateformes de location de courte durée, la loi Elan a durci les règles pour préserver le parc de logements permanents dans les centres-villes touristiques.
L'obligation du numéro d'enregistrement
La loi renforce l'obligation pour les loueurs de déclarer leur activité en mairie afin d'obtenir un numéro d'enregistrement, qui doit obligatoirement figurer sur l'annonce en ligne. Ce système permet aux municipalités de suivre l'évolution de l'offre touristique et de s'assurer que les propriétaires respectent la limite légale de 120 jours de location par an pour leur résidence principale. La loi Elan donne ainsi aux maires les moyens de réguler l'économie collaborative pour éviter la "muséification" des centres historiques.
La responsabilité des plateformes numériques
Une nouveauté majeure de la loi Elan est l'instauration d'une responsabilité partagée entre le loueur et la plateforme (type Airbnb ou Abritel). Les plateformes ont désormais l'obligation de bloquer les annonces qui n'affichent pas de numéro d'enregistrement ou qui dépassent la durée légale de location annuelle. En cas de manquement, les plateformes s'exposent à des amendes très lourdes (jusqu'à 50 000 € par annonce illégale). Cette mesure vise à responsabiliser les acteurs du numérique qui profitent de la croissance du secteur touristique.
Le droit d'information des communes
La loi autorise les communes à demander aux plateformes le décompte précis du nombre de nuitées pour chaque logement déclaré. Cette transparence totale permet des contrôles ciblés et efficaces. Les contrevenants s'exposent à des amendes civiles pouvant aller jusqu'à 10 000 €. En encadrant plus strictement la location saisonnière, la loi Elan cherche à remettre des logements sur le marché de la location longue durée pour les résidents permanents, tout en luttant contre la concurrence déloyale vis-à-vis de l'hôtellerie traditionnelle.
Évolution du logement social : regroupement des organismes et vente de HLM
Le secteur du logement social a connu une restructuration majeure sous l'impulsion de la loi Elan, avec pour mot d'ordre l'efficacité économique et la fluidité des parcours résidentiels.
Le regroupement des bailleurs sociaux
La loi a imposé aux organismes de logement social gérant moins de 12 000 logements de se regrouper au sein de structures plus importantes ou de fusionner. L'objectif est d'atteindre une taille critique permettant de réaliser des économies d'échelle dans la gestion, l'entretien et la construction. En mutualisant leurs moyens financiers et techniques, ces grands pôles immobiliers sociaux sont censés être plus résilients face aux baisses de subventions publiques et plus capables de porter des projets de rénovation d'envergure nationale.
Le développement de la vente de logements HLM
La loi Elan facilite la vente de logements sociaux à leurs occupants ou à des tiers, avec un objectif de 40 000 ventes par an. Cette mesure vise deux buts : permettre aux ménages modestes d'accéder à la propriété et générer des fonds propres pour les bailleurs sociaux afin qu'ils puissent construire de nouveaux immeubles plus modernes et performants. La loi crée également des structures spécifiques, les "sociétés de vente HLM", chargées de centraliser et d'accélérer ces transactions immobilières au profit de la construction neuve.
La réforme de l'attribution des logements sociaux
Pour rendre le système plus transparent et équitable, la loi généralise la "cotation" des demandes de logement social. Chaque dossier se voit attribuer des points selon des critères objectifs (situation familiale, revenus, handicap, éloignement du travail). De plus, l'examen périodique des situations locatives est renforcé pour s'assurer que les occupants bénéficient toujours d'un logement adapté à leurs besoins et à leurs ressources. La loi Elan favorise ainsi une rotation plus dynamique du parc social pour que les logements profitent prioritairement à ceux qui en ont le plus besoin.
La transformation de bureaux vides en logements : des dispositifs facilités
Pour répondre à la pénurie de foncier en zone urbaine, la loi Elan encourage la mutation des surfaces tertiaires obsolètes en espaces résidentiels.
Le bonus de constructibilité
La loi prévoit un bonus de constructibilité pouvant aller jusqu'à 30 % pour les projets de transformation de bureaux en logements. Cela signifie qu'un promoteur peut obtenir le droit de construire une surface plus importante que ce que prévoit le plan local d'urbanisme (PLU) classique s'il réhabilite un immeuble de bureaux. Cet incitatif financier rend les opérations de transformation économiquement viables, compensant les coûts souvent élevés liés aux contraintes techniques de ces chantiers spécifiques (plomberie, isolation phonique, agencement).
Simplification du changement d'usage
La loi Elan allège les procédures administratives liées au changement de destination des immeubles. Les règles de mitoyenneté et certaines normes architecturales peuvent être adaptées pour faciliter la création de fenêtres ou d'accès extérieurs nécessaires à l'habitat. Cette souplesse permet de redonner vie à des quartiers d'affaires qui se vident le soir, favorisant une mixité fonctionnelle bénéfique à la sécurité et à l'animation des centres urbains. C'est une réponse écologique qui évite l'étalement urbain en réutilisant l'existant.
L'exonération temporaire de taxes
Afin de stimuler ces chantiers, des dispositifs d'exonération de taxe d'aménagement peuvent être mis en place par les collectivités locales pour les opérations de recyclage urbain. La loi facilite également l'intervention d'opérateurs spécialisés dans la réhabilitation lourde. En transformant les mètres carrés tertiaires vides en appartements familiaux ou en résidences étudiantes, la loi Elan participe activement à la requalification durable du patrimoine immobilier français, tout en créant une offre résidentielle là où elle fait le plus défaut.
Lutte contre l'habitat indigne et les marchands de sommeil
Le volet répressif de la loi Elan est particulièrement sévère envers ceux qui exploitent la misère humaine à travers des logements insalubres ou dangereux.
Le durcissement des sanctions pénales
La loi assimile désormais les marchands de sommeil à des trafiquants, permettant des poursuites judiciaires plus musclées. Les peines de prison et les amendes ont été augmentées, et la confiscation systématique des biens immobiliers ayant servi à commettre l'infraction est facilitée. La loi Elan vise à rendre l'activité de marchand de sommeil économiquement suicidaire en frappant directement au portefeuille des délinquants immobiliers, tout en leur interdisant d'acquérir de nouveaux lots pendant de longues périodes.
Le permis de louer et le permis de diviser
La loi donne aux communes le pouvoir de mettre en place un "permis de louer" dans certains secteurs géographiques dégradés. Le propriétaire doit obtenir une autorisation préalable de la mairie avant de mettre un bien immobilier en location, après vérification de sa décence. De même, le "permis de diviser" empêche le découpage sauvage d'appartements en micro-logements indignes. Ces outils administratifs permettent une surveillance préventive et une intervention rapide des services d'hygiène et de sécurité, protégeant ainsi les locataires les plus vulnérables.
L'accélération des procédures d'insalubrité
Avant la loi, les procédures d'arrêté de péril ou d'insalubrité étaient souvent longues et complexes. La loi Elan a simplifié ces mécanismes pour permettre une intervention d'urgence des pouvoirs publics. En cas de carence du propriétaire, la mairie ou l'État peuvent réaliser d'office les travaux nécessaires à la sécurité des occupants et facturer les frais au bailleur indélicat, avec des intérêts de retard. La loi garantit également le relogement des victimes aux frais du propriétaire fautif, assurant ainsi une protection sociale immédiate.
Accessibilité des logements : l'évolution de la norme 100 % handicapés vers le logement évolutif
La loi Elan a modifié l'approche de l'accessibilité dans la construction neuve pour introduire la notion de logement "évolutif", plus adaptée à la réalité du marché et aux besoins des résidents.
| Critère | Ancienne Norme (avant Elan) | Nouvelle Norme Loi ELAN |
|---|---|---|
| Quota de logements accessibles | 100 % des logements au rez-de-chaussée ou desservis par ascenseur. | 20 % de logements accessibles dès la construction. |
| Concept de base | Accessibilité totale immédiate pour tous les lots. | Logement "évolutif" : adaptable facilement par des travaux simples. |
| Aménagement intérieur | Cuisine et sanitaires aux normes handicapés d'office. | Espaces de vie adaptables (cloisons démontables, salle d'eau modulable). |
Le concept du logement évolutif
L'idée centrale de la loi Elan est qu'un logement n'a pas besoin d'être configuré comme un hôpital dès le premier jour si son occupant est valide, mais qu'il doit pouvoir le devenir sans gros travaux si le besoin s'en fait sentir (vieillissement, accident). Un logement évolutif dispose de volumes permettant la circulation d'un fauteuil roulant et de cloisons non porteuses faciles à déplacer pour agrandir une salle d'eau. Cette approche permet de gagner de l'espace de vie utile pour le locataire au quotidien, tout en garantissant la pérennité du bien sur le long terme.
Le maintien de l'accessibilité des parties communes
Il est important de souligner que la baisse du quota de logements accessibles n'affecte pas les parties communes des immeubles. La loi Elan maintient l'obligation de rendre accessibles 100 % des circulations extérieures, des halls d'entrée et des ascenseurs. Tout visiteur en situation de handicap doit pouvoir se rendre chez n'importe quel habitant de l'immeuble. La distinction se fait uniquement à l'intérieur de la cellule privative, où la modularité prend le pas sur l'uniformité forcée, offrant ainsi une plus grande diversité architecturale intérieure.
Une réponse aux coûts de construction
En passant du 100 % au 20 % de logements accessibles dès la livraison, la loi visait également à réduire les coûts de construction globale. Les aménagements spécifiques aux normes handicapées (grandes salles de bains, larges couloirs) consomment en moyenne 5 à 10 % de surface habitable supplémentaire. En optimisant ces surfaces, les promoteurs peuvent proposer des prix de vente ou des loyers plus attractifs. La loi Elan a donc cherché un équilibre pragmatique entre l'exigence éthique d'inclusion des personnes handicapées et la nécessité économique de produire des logements abordables pour tous.
Numérisation de l'immobilier : le développement de la Proptech et de la dématérialisation
La loi Elan a agi comme un accélérateur pour la transformation digitale du secteur immobilier français, ouvrant la voie à une nouvelle ère de services connectés.
La généralisation du bail numérique
Le texte législatif a posé les bases de la dématérialisation du contrat de location. Le bail numérique permet un gain de temps considérable, une réduction de la consommation de papier et une sécurisation des données. Grâce à la signature électronique, propriétaires et locataires peuvent contracter à distance avec une valeur juridique identique au papier. La loi Elan favorise ainsi la fluidité des transactions locatives, un enjeu crucial dans une société de plus en plus mobile où les futurs résidents ne peuvent pas toujours se déplacer pour de simples signatures administratives.
L'essor de la Proptech et des services connectés
Le terme "Proptech" (Property Technology) désigne l'ensemble des start-ups qui innovent dans l'immobilier. En simplifiant les normes et en encourageant le numérique, la loi Elan a créé un terrain fertile pour ces entreprises. On voit se multiplier les plateformes de gestion locative automatisée, les services de visite virtuelle en 3D, ou encore les outils de pilotage énergétique intelligent du bâtiment (Smart Building). Ces innovations permettent une gestion plus fine du patrimoine immobilier, une réduction des charges pour les occupants et une meilleure valorisation des biens pour les investisseurs.
La transparence des données immobilières
Enfin, la loi a favorisé l'ouverture des données publiques liées à l'immobilier (Open Data). L'accès aux informations sur les transactions passées, les prix du marché ou les caractéristiques techniques des quartiers permet aux particuliers de prendre des décisions plus éclairées. Cette transparence, portée par le numérique, réduit les asymétries d'information entre professionnels et consommateurs. La loi Elan positionne ainsi le secteur de l'immobilier comme un acteur majeur de la transition numérique, où la donnée devient un outil au service du confort, de la rentabilité et de la mixité sociale.
FAQ - Loi ELAN : réforme du logement et du secteur immobilier
Qu'est-ce que le bail mobilité créé par la loi ELAN ?
Le bail mobilité est un contrat de location de courte durée (1 à 10 mois) destiné aux personnes en mobilité professionnelle ou étudiante. Il est plus flexible qu'un bail classique : il n'y a pas de dépôt de garantie, et les charges sont forfaitaires. Il ne peut être ni renouvelé ni reconduit une fois son terme atteint.
L'encadrement des loyers est-il obligatoire partout en France ?
Non, l'encadrement des loyers prévu par la loi ELAN est un dispositif expérimental qui s'applique uniquement dans les zones tendues où les municipalités en font la demande et où un arrêté préfectoral est pris. Il concerne principalement les grandes métropoles comme Paris, Lille, Lyon ou Bordeaux.
Quelles sont les sanctions pour les marchands de sommeil sous la loi ELAN ?
La loi ELAN a considérablement durci les peines : les marchands de sommeil risquent jusqu'à 10 ans de prison et 300 000 euros d'amende. Leurs biens immobiliers peuvent être confisqués, et ils peuvent être interdits d'achat de nouveaux biens immobiliers à des fins locatives pour une durée de 10 ans.
Qu'est-ce qu'un logement "évolutif" selon la nouvelle norme d'accessibilité ?
Un logement évolutif est un logement qui, dès sa construction, permet à une personne en situation de handicap de visiter toutes les pièces, mais dont l'aménagement intérieur (comme la salle de bains ou la cuisine) peut être adapté ultérieurement par des travaux simples et peu coûteux pour y vivre de façon permanente.
Quels sont les pouvoirs des maires sur les locations type Airbnb avec la loi ELAN ?
Les maires peuvent imposer un numéro d'enregistrement obligatoire pour chaque annonce. Ils peuvent également exiger des plateformes de location qu'elles leur transmettent le décompte des nuitées de chaque logement pour vérifier que la limite légale de 120 jours par an pour une résidence principale est respectée.
La loi ELAN permet-elle de voter aux assemblées de copropriété par internet ?
Oui, c'est l'une des grandes avancées. La loi ELAN autorise les copropriétaires à voter par correspondance ou à participer aux assemblées générales par visioconférence, sous réserve que les moyens techniques permettent une identification fiable et une participation en temps réel.
Pourquoi la loi ELAN encourage-t-elle la vente de logements HLM ?
L'objectif est double : favoriser l'accession à la propriété des ménages à revenus modestes et permettre aux organismes HLM de dégager de nouvelles capacités de financement pour construire de nouveaux logements sociaux plus performants et réhabiliter le parc existant.
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