✍ Les points à retenir
- La loi Lagarde du 1er juillet 2010 permet de choisir une assurance emprunteur externe pour un prêt immobilier, avant la signature de l'offre.
- La banque ne peut refuser un contrat aux garanties équivalentes, ni modifier son taux, ni facturer l'examen de la demande.
- L'équivalence des garanties s'apprécie critère par critère, selon la liste que la banque inscrit dans sa fiche standardisée d'information.
- La loi Lagarde ne vise que la souscription : depuis la loi Lemoine, le contrat peut être remplacé à tout moment après la signature.
- Au-delà de l'assurance, la loi a réformé le crédit à la consommation : solvabilité, crédit revolving, information précontractuelle et publicité.
Que prévoit la loi Lagarde pour l'assurance emprunteur ?
La loi Lagarde, loi n° 2010-737 du 1er juillet 2010 portant réforme du crédit à la consommation, a ouvert à l'emprunteur le droit de choisir son assurance emprunteur pour un prêt immobilier. Depuis son entrée en application, le 1er septembre 2010 pour ce volet, il peut présenter à la banque un contrat souscrit auprès d'un autre assureur, à condition qu'il offre des garanties équivalentes à celles qu'elle exige. Ce droit s'exerce avant la signature de l'offre de prêt.
Concrètement, un emprunteur qui a obtenu un accord de principe peut présenter, avant l'émission de l'offre, un contrat individuel qui reprend chacune des garanties exigées. La banque doit l'examiner et, s'il est équivalent, émettre l'offre avec ce contrat, au même taux.
Avant cette réforme, l'emprunteur adhérait presque toujours au contrat groupe de sa banque. La loi Lagarde a mis fin à cette exclusivité sans imposer de nouveau contrat : elle laisse le choix, sous le contrôle de l'équivalence des garanties, entre le contrat de la banque et un contrat externe d'assurance de prêt immobilier.
Ce texte ne se limite pas à l'assurance : la réforme porte aussi sur le crédit à la consommation, le crédit revolving et la prévention du surendettement, présentés en synthèse plus bas.
Le droit créé en 2010 a pris un nom : la délégation d'assurance emprunteur, qui désigne le choix d'un contrat externe au moment de la souscription du prêt.
Qu'est-ce que la loi Lagarde a changé à la souscription ?
Les trois obligations imposées aux banques
- Accepter un contrat externe équivalent : la banque ne peut pas refuser un contrat qui présente un niveau de garanties équivalent à celui qu'elle exige.
- Ne pas modifier le taux du crédit : le taux proposé ne peut pas être revu parce que l'emprunteur choisit un contrat externe.
- Informer l'emprunteur : la banque doit lui remettre une information sur l'assurance exigée, devenue depuis une fiche standardisée qui liste ses critères.
Une procédure de refus strictement encadrée
Depuis la loi Lagarde et les textes qui l'ont complétée, la banque dispose de 10 jours ouvrés pour accepter ou refuser un contrat externe. Un refus doit être motivé par écrit et indiquer les garanties manquantes. L'examen de la demande ne peut pas donner lieu à des frais, et le taux d'intérêt ne peut pas être modifié en fonction de l'assurance choisie.
En pratique, mieux vaut présenter le contrat externe dès la demande de prêt, avec la fiche de la banque en main. Une acceptation tardive peut retarder l'émission de l'offre et, avec elle, le calendrier de l'achat : compromis de vente, condition suspensive d'obtention du prêt, date de signature chez le notaire.
Ce que la loi Lagarde ne permet pas
- Changer de contrat après la signature : la loi ne vise que la souscription. Le changement en cours de prêt est venu ensuite, d'abord pendant la première année (2014), puis à chaque date anniversaire, puis à tout moment.
- Présenter un contrat moins protecteur : la banque peut refuser un contrat dont les garanties sont inférieures à ses critères.
- Échapper à l'assurance : la loi organise le choix du contrat, pas sa suppression ; l'assurance reste une condition du prêt fixée par la banque.
Aujourd'hui, la loi Lemoine permet de remplacer le contrat à tout moment, pour tous les contrats d'assurance de prêt immobilier : la limite propre à la loi Lagarde n'empêche donc plus de changer d'assureur après la signature.
L'équivalence des garanties : comment la banque l'apprécie-t-elle ?
Le principe d'équivalence des garanties
Le contrat externe doit offrir un niveau de garanties au moins équivalent à celui du contrat que la banque exige : décès, perte totale et irréversible d'autonomie, et, selon le projet, invalidité et incapacité de travail. L'équivalence ne porte pas sur le prix, mais sur le contenu des garanties.
Chaque banque choisit ses critères dans une liste arrêtée par le Comité consultatif du secteur financier, et les indique dans la fiche standardisée d'information remise à l'emprunteur. Ce document sert de cahier des charges : un contrat qui respecte chacun des critères listés ne peut pas être refusé.
| Type de critère | Ce que la banque vérifie | Exemple de point de contrôle |
|---|---|---|
| Garanties exigées | Présence de chaque garantie demandée | Décès, perte d'autonomie, invalidité, incapacité selon le projet |
| Quotité | Part du prêt couverte sur chaque emprunteur | Couverture totale d'au moins 100 % par prêt |
| Définition des sinistres | Conditions de déclenchement des garanties | Barème d'invalidité, définition de l'incapacité |
| Franchise et durée d'indemnisation | Délai avant prise en charge et durée maximale | Franchise de l'incapacité de travail au plus égale à celle demandée |
| Exclusions | Risques écartés par le contrat | Couverture des affections du dos et psychiques si elle est exigée |
| Âge de fin de garantie | Couverture jusqu'à la fin du prêt | Garanties actives jusqu'à la dernière échéance |
Lorsqu'un critère n'est pas respecté, le refus de la banque doit le désigner précisément. L'emprunteur peut alors demander à l'assureur externe d'ajuster le contrat sur ce point, par exemple en réduisant une franchise ou en ajoutant une garantie, puis déposer une nouvelle demande. Un écart sur un seul critère ne remet pas en cause le reste du contrat.
L'équivalence s'apprécie critère par critère, et non globalement : un contrat plus protecteur sur un point ne compense pas une garantie absente sur un autre.
Pour cet examen, la banque reçoit les conditions générales et le certificat d'adhésion ou la proposition du contrat externe. Une simple attestation ne suffit pas : c'est le texte complet du contrat qui permet de vérifier chaque critère.
Contrat groupe ou délégation : que rend possible la loi Lagarde ?
Avant la loi Lagarde, le contrat groupe de la banque s'imposait presque toujours ; le tableau compare ce qu'il propose avec un contrat externe choisi grâce à la délégation.
| Critère | Contrat groupe (banque) | Contrat externe (loi Lagarde) |
|---|---|---|
| Type de contrat | Collectif et mutualisé | Individuel et personnalisé |
| Calcul des cotisations | Souvent sur le capital initial (fixe) | Souvent sur le capital restant dû (dégressif) |
| Tarification | Uniforme, taux moyen lissé | Ajustée selon l'âge, la santé et la profession |
| Intérêt du changement | Référence | Plus marqué pour les profils jeunes, non-fumeurs et peu exposés |
| Acceptation | Automatique | Soumise à l'équivalence des garanties |
La fin de la tarification unique forcée
Les contrats externes calculent souvent la cotisation sur le capital restant dû : elle baisse au fil du remboursement. Les profils peu exposés (jeunes, non-fumeurs, professions sédentaires) y trouvent un tarif qui reflète leur risque réel plutôt qu'une moyenne mutualisée. Les écarts entre contrats se mesurent avec le taux annuel effectif d'assurance, qui figure dans l'offre de prêt.
Une personnalisation accrue des couvertures
Un cadre qui souhaite une franchise plus courte, un indépendant qui a besoin d'un barème d'invalidité professionnel ou un sportif qui pratique une activité à risque trouvent dans un contrat externe des options que le contrat groupe ne propose pas toujours. La fiche remise par la banque sert alors de cahier des charges : le contrat retenu doit couvrir au moins tous ses critères.
La délégation compte aussi pour les emprunteurs qui présentent un antécédent de santé : elle leur permet de s'adresser à un assureur qui étudie leur dossier selon ses propres conditions de souscription, plutôt que selon la grille du contrat groupe.
Lorsque l'assurance est exigée pour obtenir le prêt, son coût entre dans le taux annuel effectif global de l'offre. Changer de contrat avant la signature modifie donc aussi le coût total affiché du crédit, sans toucher au taux nominal.
Le contrat groupe et les contrats individuels se comparent au taux annuel effectif, à garanties équivalentes ; le comparateur d'assurance de prêt permet de les mettre côte à côte avant la signature.
Lagarde, Hamon, Bourquin, Lemoine : quelle loi s'applique à votre situation ?
Le droit ouvert par la loi Lagarde a été élargi par étapes. Le tableau résume ce que chaque texte a permis et à quel moment :
| Texte | Date d'application | Moment où l'on peut changer | Ce qu'il a créé |
|---|---|---|---|
| Loi Lagarde | 2010 | À la souscription du prêt | Choix d'un contrat externe aux garanties équivalentes |
| Loi Hamon | Contrats signés à partir du 26 juillet 2014 | Pendant les 12 premiers mois | Substitution sans frais la première année |
| Amendement Bourquin | Contrats en cours à partir de 2018 | À chaque date anniversaire | Résiliation annuelle pendant toute la durée du prêt |
| Loi Lemoine | Nouveaux contrats à partir du 1er juin 2022, contrats en cours à partir du 1er septembre 2022 | À tout moment | Changement à tout moment pour tous les contrats |
Avant la signature du prêt, c'est le principe posé en 2010 qui s'applique : choisir librement son contrat, à garanties équivalentes. Après la signature, le contrat peut aujourd'hui être remplacé à tout moment. La loi Lagarde reste ainsi le point de départ des lois de l'assurance de prêt, qui ont ouvert pas à pas le marché aux contrats externes.
« La loi Lagarde a posé le principe qui structure encore tout le marché : la banque ne peut pas imposer son contrat si un autre offre des garanties équivalentes. Ce qui fait la différence, c'est le moment : avant la signature, l'emprunteur a toutes les cartes en main pour comparer, sans attendre de changer de contrat ensuite. »
Arsalain EL KESSIR – Fondateur de BoursedesCrédits
Qu'a changé la loi Lagarde en dehors de l'assurance ?
La loi du 1er juillet 2010 est d'abord une réforme du crédit à la consommation. Elle a renforcé la vérification de la solvabilité de l'emprunteur avant tout crédit, avec la consultation du fichier des incidents de remboursement, et accéléré les procédures de surendettement.
Elle a encadré le crédit revolving : un remboursement minimum qui permet de solder le crédit dans un délai limité, l'obligation de proposer une alternative amortissable au-delà d'un certain montant d'achat, et la clôture des contrats restés inactifs.
Elle a standardisé l'information avant la signature, avec une fiche d'information précontractuelle identique chez tous les prêteurs, et encadré la publicité, qui doit notamment porter la mention « Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager. »
Elle a enfin clarifié le régime du regroupement de crédits : à partir de 60 % de crédits immobiliers dans le montant regroupé, ce sont les règles du crédit immobilier qui s'appliquent. Ces mesures relèvent de la réglementation du crédit à la consommation, qui en détaille l'état actuel.
FAQ : loi Lagarde et assurance emprunteur
La loi Lagarde s'applique-t-elle à tous les crédits ?
Non, pas de la même façon. C'est une réforme du crédit à la consommation ; son volet sur le choix de l'assurance vise les prêts immobiliers des particuliers. Pour un crédit à la consommation, l'assurance est souvent facultative et la délégation n'y est pas organisée de la même manière.
Une banque peut-elle augmenter mon taux si je refuse son assurance ?
Non. Le taux du crédit ne peut pas être modifié parce que l'emprunteur présente un contrat externe aux garanties équivalentes.
Qu'est-ce que l'équivalence des garanties ?
C'est la comparaison entre les garanties du contrat externe et les critères exigés par la banque, listés dans sa fiche standardisée : garanties couvertes, définitions, franchises, exclusions. Le contrat externe doit atteindre au moins le niveau demandé sur chaque critère.
La banque peut-elle facturer l'examen d'une délégation ?
Non. L'examen de la demande ne peut pas donner lieu à des frais. La banque peut facturer des frais de dossier pour le crédit lui-même, mais pas pour l'analyse du contrat d'assurance externe.
Que faire si ma banque refuse ma délégation ?
Le refus doit être motivé par écrit et indiquer les garanties manquantes. Il est possible d'adapter le contrat et de déposer une nouvelle demande. En cas de désaccord persistant, le médiateur de la banque peut être saisi, et une pratique contraire peut être signalée à l'ACPR, qui contrôle les établissements.
Peut-on invoquer la loi Lagarde si l'assurance groupe est déjà signée ?
Non, la loi Lagarde vise la souscription. Le contrat déjà signé peut en revanche être remplacé à tout moment depuis 2022, à garanties équivalentes, sans attendre de date particulière.
Quels délais de rétractation et de réflexion s'appliquent à un crédit ?
Pour un crédit à la consommation, l'emprunteur dispose d'un délai de rétractation de 14 jours après la signature. Pour un crédit immobilier, il bénéficie d'un délai de réflexion de 10 jours avant d'accepter l'offre, prévu par un texte plus ancien que la loi Lagarde.
À lire aussi
- Taux immobilier : comprendre et suivre l'évolution des taux
- Les frais annexes d'un prêt immobilier
- Loi Malraux : défiscalisation et rénovation immobilière
- Loi ALUR : encadrement du marché immobilier et du logement
- Loi Boutin : définition de la surface habitable et obligations légales
- Loi Carrez : mesurer la surface privative des biens en copropriété
- Loi Denormandie : défiscalisation pour l'immobilier ancien rénové
- Loi Elan : réforme du logement et du secteur immobilier
- Loi Macron : mesures pour faciliter le crédit immobilier et la consommation
- Loi Monuments historiques : défiscalisation et protection du patrimoine
- Loi Murcef : transparence et sécurité dans les crédits immobiliers
- Loi Neiertz : lutte contre le surendettement et aides aux emprunteurs
- Loi Scrivener : protection des emprunteurs dans les contrats de crédit
- Loi SRU : solidarité et renouvellement urbain