Les anciens dispositifs de défiscalisation : Robien, Scellier, Borloo

✍ Les points à retenir
- Loi Robien (2003-2009) : Le pionnier de l'amortissement : Ce dispositif permettait d'amortir jusqu'à 50 % ou 65 % (en version "Classique" ou "Recentré") du prix du bien sur 9 à 15 ans. Contrairement aux lois actuelles, il n'y avait pas de plafond de ressources pour les locataires, ce qui en faisait un outil de défiscalisation très souple pour les gros revenus.
- Loi Borloo Neuf (2006-2009) : Une dimension plus sociale : Variante de la loi Robien, elle offrait un amortissement plus élevé (jusqu'à 65 % sur 15 ans) et un abattement forfaitaire de 30 % sur les revenus fonciers. En contrepartie, les plafonds de loyers étaient plus bas et les locataires devaient respecter des plafonds de ressources.
- Loi Scellier (2009-2012) : Le passage à la réduction d'impôt : Elle a remplacé le système d'amortissement par une réduction d'impôt directe calculée sur le prix d'achat (jusqu'à 25 % puis 13 % selon les années). C'est l'ancêtre direct de la loi Pinel, introduisant le concept de zonage géographique strict pour cibler les zones tendues.
- La gestion de la "sortie" du dispositif en 2026 : Pour beaucoup d'investisseurs, les engagements de location arrivent à leur terme. Trois options s'offrent à vous : revendre le bien (souvent avec une plus-value latente), le conserver en location nue classique, ou le basculer sous le statut LMNP (meublé) pour effacer les futurs impôts grâce à un nouvel amortissement.
- Attention à la remise en cause des avantages : Si vous vendez avant la fin de l'engagement de location initial (souvent 9 ans, prolongeable), l'administration fiscale peut exiger le remboursement de la totalité des avantages perçus. Vérifiez toujours la date précise de fin d'engagement auprès de votre administration fiscale avant toute décision.
L'histoire de la défiscalisation immobilière : comprendre les anciens dispositifs Robien, Scellier et Borloo
Le concept de défiscalisation immobilière en France n'est pas récent ; il s'est construit au fil des décennies pour répondre à des besoins croissants en logements locatifs. À partir des années 2000, l'État a multiplié les incitations fiscales pour orienter l'épargne des particuliers vers la construction neuve. Comprendre l'histoire de ces dispositifs, c'est analyser comment les politiques publiques ont évolué d'une logique d'amortissement comptable vers une logique de réduction d'impôt directe. Ces anciens mécanismes, bien que n'étant plus ouverts à de nouvelles souscriptions, continuent de régir le patrimoine de milliers de contribuables français. Ils ont posé les jalons des exigences actuelles en matière de zonage géographique et de plafonnement des loyers, structurant durablement le marché de la pierre-papier et de l'investissement locatif privé.
L'émergence d'une stratégie d'incitation fiscale massive
L'histoire de la défiscalisation moderne a véritablement pris son essor avec la volonté de pallier la pénurie de logements dans les zones urbaines denses. Avant l'arrivée des dispositifs Robien ou Scellier, l'investissement immobilier était perçu comme un placement patrimonial classique, souvent lourd et peu liquide. En introduisant des avantages fiscaux substantiels, le législateur a transformé l'immobilier en un véritable produit financier. Cette période a marqué le passage d'une aide publique directe (construction de logements sociaux) à une aide indirecte via l'optimisation fiscale des ménages. L'objectif était clair : dynamiser le secteur du bâtiment tout en offrant aux contribuables un levier pour réduire leur imposition sur le revenu. Cette mutation a permis la sortie de terre de quartiers entiers, modifiant durablement le paysage urbain des métropoles régionales.
L'évolution des mécanismes : de la déduction de l'assiette à la réduction d'impôt
Au début des années 2000, la défiscalisation reposait majoritairement sur le principe de l'amortissement. Le dispositif Robien, par exemple, permettait de déduire une partie du prix d'acquisition directement des revenus fonciers, ce qui abaissait l'assiette imposable du contribuable. Ce système favorisait particulièrement les tranches marginales d'imposition élevées. Face à une volonté d'équité fiscale, l'État a ensuite opéré un virage avec la loi Scellier, introduisant la réduction d'impôt. Contrairement à l'amortissement, la réduction s'impute directement sur le montant de l'impôt dû, rendant l'avantage fiscal identique quel que soit le niveau de revenus de l'investisseur. Cette transition historique explique pourquoi le marché a connu des phases d'euphorie différentes, chaque mécanisme attirant des profils d'épargnants spécifiques en fonction de leur situation fiscale personnelle.
Les enjeux du zonage et de la régulation du marché locatif
L'un des enseignements majeurs de l'histoire de la défiscalisation réside dans l'apparition et l'affinement du zonage. Initialement très souples, les dispositifs comme le Robien ont parfois conduit à des constructions dans des zones où la demande locative était insuffisante. Les gouvernements successifs ont donc dû ajuster le tir en créant des zones (A, Abis, B1, B2, C) pour mieux cibler les besoins réels. Ce cadre historique montre que la défiscalisation est devenue un outil de précision chirurgicale : il ne suffit plus de construire, il faut construire là où les Français en ont besoin. Cette régulation a également introduit la notion de plafonds de ressources pour les locataires, notamment avec le dispositif Borloo, afin de garantir que l'avantage fiscal consenti par l'État serve réellement la mixité sociale et l'accès au logement pour les revenus modestes et intermédiaires.
La loi Robien : le pionnier de l'amortissement accéléré pour le logement locatif
La loi Robien, entrée en vigueur en 2003, a marqué un tournant dans l'univers de la défiscalisation immobilière. Ce dispositif a succédé à la loi Besson en simplifiant considérablement les règles de l'amortissement. Pour les investisseurs de l'époque, le Robien offrait une opportunité rare : amortir jusqu'à 50 % ou 65 % du prix du logement sur une période allant de 9 à 15 ans. Ce mécanisme comptable permettait de créer un déficit foncier artificiel, venant gommer les autres revenus fonciers, voire réduire le revenu global imposable. Ce pionnier a ouvert la voie à une démocratisation de l'investissement locatif dans le neuf, attirant une nouvelle génération d'investisseurs soucieux de se constituer un patrimoine tout en optimisant leur pression fiscale.
Le fonctionnement technique de l'amortissement Robien
La puissance de la défiscalisation sous la loi Robien résidait dans son taux d'amortissement dégressif. Durant les cinq premières années, l'investisseur pouvait déduire 6 % du prix du bien de ses revenus fonciers, puis 4 % les quatre années suivantes. Pour ceux qui choisissaient de prolonger l'engagement au-delà de 9 ans, il était possible de déduire 2,5 % par an. Ce système était particulièrement redoutable pour les contribuables situés dans les tranches hautes de l'impôt sur le revenu (30 %, 41 % ou plus), car chaque euro déduit représentait une économie d'impôt proportionnelle à leur tranche marginale. En plus de cet amortissement, les propriétaires pouvaient déduire l'intégralité des intérêts d'emprunt et des charges de gestion, rendant l'opération blanche, voire fiscalement déficitaire pendant toute la durée de l'engagement.
Les conditions de mise en location et les obligations du propriétaire
Pour bénéficier de la défiscalisation Robien, le propriétaire devait s'engager à louer le bien nu à titre de résidence principale pour une durée minimale de 9 ans. Contrairement à d'autres dispositifs plus sociaux, le Robien "classique" n'imposait pas de plafonds de ressources pour les locataires, ce qui laissait une grande liberté dans le choix de l'occupant. En revanche, des plafonds de loyers étaient fixés par décret et réévalués chaque année, garantissant des niveaux de prix inférieurs au marché libre de l'époque. Cette contrainte était le prix à payer pour accéder à l'avantage fiscal. La loi Robien a ainsi favorisé la mise sur le marché d'une offre locative de qualité, intermédiaire, située entre le logement social pur et le secteur libre souvent trop onéreux pour les jeunes actifs.
Impact sur le marché immobilier et dérives géographiques
Le succès fulgurant de la défiscalisation Robien a eu des conséquences contrastées sur le territoire français. D'un côté, elle a permis de soutenir l'activité du bâtiment et de répondre à une demande réelle dans les grandes agglomérations. De l'autre, l'absence de zonage initial très restrictif a encouragé des promoteurs à construire des résidences dans des villes moyennes où la demande était fragile. Certains investisseurs se sont ainsi retrouvés avec des biens difficiles à louer, mettant en lumière l'importance capitale de l'emplacement au-delà de l'avantage fiscal. Cette expérience historique a servi de leçon pour tous les dispositifs suivants, soulignant que la défiscalisation doit toujours être adossée à une réalité économique locale pour être pérenne et sécurisée pour le patrimoine de l'épargnant.
La loi Robien, remplacée par la loi Scellier : le passage de l'amortissement à la réduction d'impôt
Le passage de la loi Robien à la loi Scellier en 2009 a représenté une révolution conceptuelle dans la défiscalisation immobilière française. Face à la crise financière de 2008, l'État a souhaité simplifier et relancer l'investissement locatif. La loi Scellier a abandonné le système complexe de l'amortissement comptable au profit d'une réduction d'impôt directe, calculée sur le prix de revient du logement. Ce changement a rendu le dispositif beaucoup plus lisible pour le grand public : un taux de réduction fixe s'appliquait sur le montant investi, offrant un avantage immédiat et identique pour tous. Cette mutation a marqué la fin de l'ère de l'amortissement et le début d'une standardisation des produits de défiscalisation que l'on retrouve encore aujourd'hui.
La réduction d'impôt Scellier : un avantage simple et puissant
Avec le dispositif Scellier, la défiscalisation est devenue une opération de calcul simple. À son lancement, le taux de réduction atteignait 25 % du prix d'acquisition pour un engagement de 9 ans, dans la limite d'un investissement de 300 000 euros. Cela permettait de réduire son impôt jusqu'à 75 000 euros sur la période, soit 8 333 euros par an. Ce montant était déduit directement de la facture fiscale finale, et non plus de l'assiette des revenus. Ce système a permis à des ménages moins lourdement imposés d'accéder à l'immobilier locatif, car l'économie d'impôt n'était plus corrélée à la tranche marginale d'imposition (TMI). Le "Scellier" est ainsi devenu, en quelques mois, le produit phare de la gestion de patrimoine en France.
Le Scellier BBC : l'introduction de la performance énergétique
Une autre innovation majeure de ce dispositif de défiscalisation a été l'introduction de critères environnementaux. Le "Scellier BBC" (Bâtiment Basse Consommation) offrait un taux de réduction d'impôt supérieur aux logements ne respectant pas cette norme. Cette stratégie a forcé l'industrie de la construction à monter en gamme et à anticiper les futures réglementations thermiques. À partir de 2011 et 2012, seul le Scellier BBC permettait de bénéficier du taux plein de réduction, marquant l'alignement définitif de la fiscalité immobilière sur les objectifs de transition énergétique. Ce volet historique montre comment la défiscalisation est passée d'un outil purement quantitatif (construire du volume) à un outil qualitatif (construire durable).
L'encadrement progressif par le zonage géographique
Tirant les leçons des erreurs du passé, le législateur a imposé dès la loi Scellier un zonage géographique strict pour encadrer la défiscalisation. L'investissement n'était autorisé que dans les zones où la tension locative était avérée (Zones A, Abis et B1). La zone B2, moins tendue, nécessitait un agrément spécifique, et la zone C (le reste du territoire) a été exclue du dispositif. Cet encadrement visait à protéger l'épargnant contre le risque de vacance locative et à garantir que l'effort budgétaire de l'État serve les bassins d'emploi et de population. Ce zonage Scellier constitue la base structurelle de la défiscalisation moderne, prouvant que la réussite d'un investissement locatif dépend avant tout de la cohérence entre le dispositif fiscal et le marché immobilier local.
La loi Scellier, remplacée par la loi Duflot : vers un encadrement plus strict des loyers et des zones
En 2013, le paysage de la défiscalisation immobilière a de nouveau évolué avec l'arrivée de la loi Duflot, succédant au dispositif Scellier. Ce changement de nom s'est accompagné d'une volonté politique affirmée de réguler davantage le secteur. La loi Duflot a maintenu le principe de la réduction d'impôt (fixée à 18 % pour un engagement de 9 ans), mais a introduit des contraintes beaucoup plus fortes sur les loyers et les ressources des locataires. L'objectif était de réorienter la défiscalisation vers un modèle de logement "intermédiaire" encore plus social, afin de limiter la spéculation immobilière et de faciliter l'accès au logement pour les classes moyennes dans les zones les plus chères du territoire.
Un plafonnement des loyers plus rigoureux
Sous l'ère Duflot, la défiscalisation est devenue plus exigeante pour le propriétaire. Les plafonds de loyers ont été abaissés d'environ 20 % par rapport au dispositif Scellier précédent. Pour calculer le loyer maximum autorisé, un coefficient multiplicateur a été introduit, pénalisant les petites surfaces au profit des plus grandes, jugées plus utiles pour les familles. Ces loyers, nettement en dessous du prix du marché libre, ont fait de la loi Duflot un outil au service du pouvoir d'achat des locataires. Pour l'investisseur, cela signifiait une rentabilité locative brute plus faible, compensée par une réduction d'impôt substantielle et une quasi-certitude de trouver un locataire rapidement, compte tenu de l'attractivité du prix proposé.
L'exclusion définitive des zones non tendues
La loi Duflot a marqué la fin définitive de la défiscalisation dans les zones géographiques jugées peu dynamiques. Le zonage a été resserré sur les zones A, Abis et B1. La zone B2, auparavant accessible sous conditions, est devenue l'exception absolue soumise à des dérogations préfectorales extrêmement rares. Ce tournant historique a mis fin aux dérives de construction en zones rurales ou dans de petites villes sans bassin d'emploi. En concentrant l'effort fiscal sur les zones "tendues", le dispositif Duflot a sécurisé l'investissement des particuliers tout en s'assurant que chaque euro de réduction d'impôt serve à construire là où la pénurie de logements était la plus criante.
Le renforcement du plafond des niches fiscales
L'arrivée du dispositif Duflot a coïncidé avec le durcissement du plafonnement global des niches fiscales. En 2013, ce plafond a été abaissé à 10 000 euros par an et par foyer. Cette mesure a eu un impact direct sur la défiscalisation immobilière : un investisseur ne pouvait plus cumuler de façon illimitée les réductions d'impôt issues de plusieurs logements ou de différents dispositifs (FIP, FCPI, emploi à domicile). Cette contrainte a forcé les contribuables à être plus sélectifs dans leurs placements. La loi Duflot est ainsi devenue le symbole d'une défiscalisation encadrée, responsable et limitée, préfigurant le dispositif Pinel qui viendra la remplacer quelques années plus tard en offrant plus de souplesse sur la durée de l'engagement.
Le dispositif Borloo : un outil d'amortissement social au service de l'investissement solidaire
Le dispositif Borloo, créé en 2006, occupe une place à part dans l'histoire de la défiscalisation. Souvent appelé "Borloo populaire", il a été conçu comme une déclinaison sociale de la loi Robien. Son objectif était d'inciter les propriétaires privés à louer leurs biens à des ménages modestes en échange d'avantages fiscaux accrus. Le mécanisme reposait sur le même principe d'amortissement que le Robien, mais y ajoutait une déduction forfaitaire spécifique sur les revenus fonciers. C'était un pari audacieux : utiliser la défiscalisation pour créer un parc locatif privé à vocation quasi sociale, offrant ainsi une alternative crédible aux logements gérés par les organismes HLM.
L'amortissement et la déduction forfaitaire de 30 %
L'avantage majeur du Borloo populaire résidait dans sa capacité de défiscalisation exceptionnelle sur la durée. Comme pour le Robien, l'investisseur pouvait amortir son bien immobilier sur 9 ans (à hauteur de 6 % les 7 premières années et 4 % les deux suivantes). Mais le véritable "plus" était la possibilité de prolonger cet engagement par tranches de 3 ans jusqu'à 15 ans au total, permettant d'amortir jusqu'à 65 % de la valeur du bien. Surtout, le dispositif accordait une déduction forfaitaire de 30 % sur l'ensemble des revenus bruts dégagés par le logement. Cette double carotte fiscale (amortissement + déduction) permettait d'annuler quasiment toute imposition sur les loyers perçus, rendant le rendement net très attractif malgré des loyers bridés.
Des contreparties sociales strictes pour l'investisseur
En échange de cette défiscalisation généreuse, le dispositif Borloo imposait des contraintes rigoureuses. Les plafonds de loyers étaient fixés environ 30 % en dessous de ceux de la loi Robien classique. De plus, les revenus des locataires ne devaient pas dépasser certains seuils, définis selon la composition du foyer et la zone géographique. Le propriétaire s'engageait donc dans une démarche solidaire, acceptant de limiter ses revenus locatifs pour favoriser l'accès au logement. Cette dimension sociale a fait du Borloo un outil de mixité urbaine important, permettant à des familles modestes de loger dans des résidences neuves de standing aux côtés de locataires du secteur libre.
Un dispositif précurseur des enjeux de logement abordable
Le dispositif Borloo a prouvé que la défiscalisation pouvait être un levier efficace pour le logement social privé. Bien que plus complexe à gérer en raison des plafonds de ressources des locataires, il a séduit de nombreux investisseurs attachés à la dimension éthique de leur placement. Il a préfiguré les mécanismes de "Louer Abordable" (dispositif Cosse) que l'on connaît aujourd'hui. L'héritage du Borloo populaire est celui d'une fiscalité incitative qui ne se contente pas de soutenir le secteur du bâtiment, mais qui cherche activement à répondre aux problématiques de précarité et de pouvoir d'achat des citoyens les plus fragiles, tout en sécurisant l'épargne des propriétaires sur le long terme.
Borloo vs Robien : comment le "Borloo populaire" offrait une déduction spécifique de 30 %
Comparer le Borloo et le Robien revient à analyser deux visions de la défiscalisation immobilière au sein d'une même époque. Si les deux reposent sur l'amortissement du bien, ils ne s'adressent pas aux mêmes objectifs patrimoniaux. Le Robien visait la performance et la liberté de gestion, tandis que le Borloo privilégiait l'optimisation fiscale maximale en contrepartie d'un engagement social fort. Cette distinction est cruciale pour comprendre comment les portefeuilles immobiliers constitués dans les années 2000 ont été structurés et quelles sont les performances réelles observées aujourd'hui.
| Critère de comparaison | Loi Robien (Classique/Recentré) | Loi Borloo (Populaire) |
|---|---|---|
| Mécanisme principal | Amortissement du prix d'achat | Amortissement + Déduction forfaitaire |
| Déduction forfaitaire sur les loyers | Aucune | 30 % sur les revenus bruts |
| Plafonds de loyers | Modérés (secteur intermédiaire) | Bas (secteur social) |
| Plafonds de ressources locataires | Aucun | Obligatoires (revenus modestes) |
| Durée d'amortissement maximale | 9 à 15 ans | 9 à 15 ans |
La déduction de 30 % : l'atout fiscal majeur du Borloo
L'avantage distinctif du Borloo résidait dans sa déduction spécifique de 30 % sur les revenus fonciers. Imaginez un loyer brut de 1 000 euros : avec la défiscalisation Borloo, seuls 700 euros étaient considérés comme imposables avant même de déduire l'amortissement et les autres charges. Cette "carotte" supplémentaire venait compenser la faiblesse des loyers imposés par le plafond social. Pour un investisseur très lourdement imposé, cet abattement forfaitaire permettait d'atteindre une pression fiscale proche de zéro sur l'investissement, ce que le Robien ne permettait pas avec la même intensité. Cette différence de structure fiscale a conduit les épargnants à arbitrer entre un loyer plus élevé (Robien) ou une imposition plus faible (Borloo).
Le choix stratégique entre rendement brut et rendement net
Choisir entre Robien et Borloo était une question de calcul entre le rendement brut (le loyer perçu) et le rendement net d'impôt. Le Robien offrait un meilleur rendement brut grâce à des loyers plus proches du marché et une plus grande facilité pour trouver un locataire (pas de conditions de ressources). Cependant, le Borloo, malgré son rendement brut plus faible, pouvait afficher un rendement net supérieur pour les contribuables situés dans la tranche à 41 % ou 45 %. La défiscalisation Borloo agissait comme un bouclier fiscal sur les revenus locatifs, transformant un actif socialement responsable en un placement financier de haute précision pour les patrimoines importants.
La pérennité de l'investissement après la période fiscale
Aujourd'hui, avec le recul, on constate que la sortie de ces deux dispositifs de défiscalisation diffère également. Les biens sous loi Robien, souvent situés dans des résidences de standing avec des loyers intermédiaires, ont conservé une valeur patrimoniale solide. Les biens sous loi Borloo, bien que de qualité identique car souvent situés dans les mêmes programmes immobiliers, ont parfois souffert d'une image plus "sociale" à la revente, bien que cela soit rarement justifié par l'état du bâti. Cette comparaison historique rappelle aux investisseurs actuels que la structure de l'avantage fiscal (déduction vs réduction) influence non seulement le flux de trésorerie annuel, mais aussi la psychologie du marché lors du débouclage de l'opération.
Héritage de ces dispositifs : comment gérer la sortie de ces investissements aujourd'hui ?
La plupart des investissements réalisés sous les lois Robien, Scellier et Borloo arrivent aujourd'hui à leur terme. La fin de la période de défiscalisation pose des questions cruciales pour les propriétaires : faut-il vendre, continuer à louer dans le secteur libre ou réinvestir dans un nouveau dispositif ? Gérer la sortie d'un ancien mécanisme nécessite une analyse fine de la valorisation du bien, de l'imposition résiduelle et des opportunités du marché actuel. C'est une phase charnière où les erreurs peuvent coûter cher en termes de fiscalité sur la plus-value ou de perte de rendement locatif.
L'arrêt de l'amortissement et l'augmentation de la pression fiscale
Le principal défi après la fin d'un dispositif comme le Robien ou le Borloo est la remontée brutale de l'imposition. Une fois l'amortissement terminé, la base imposable des revenus fonciers augmente mécaniquement, puisque la déduction qui gommait les loyers disparaît. Sans nouvelle stratégie de défiscalisation, l'investisseur voit son rendement net s'effondrer sous le poids de l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux (17,2 %). Pour beaucoup, c'est le signal qu'il est temps d'arbitrer le patrimoine. Certains optent pour un passage en location meublée (LMNP) afin de bénéficier du régime de l'amortissement propre à ce statut et continuer ainsi à percevoir des revenus peu fiscalisés.
La question de la revente et de l'impôt sur la plus-value
Si le propriétaire décide de vendre son bien à la fin de son engagement de défiscalisation, il doit faire face à la fiscalité sur la plus-value immobilière. La plus-value brute est égale à la différence entre le prix de vente et le prix d'achat. Après 9, 12 ou 15 ans de détention, des abattements pour durée de détention s'appliquent, mais l'exonération totale n'intervient qu'après 22 ans pour l'impôt et 30 ans pour les prélèvements sociaux. Il est donc souvent judicieux de calculer précisément le montant de l'impôt à payer avant de céder le bien. Parfois, conserver le logement quelques années de plus peut s'avérer plus rentable grâce à l'érosion progressive de la taxation sur la plus-value.
Réinvestir pour maintenir un niveau de défiscalisation constant
Pour de nombreux épargnants, la fin d'un ancien dispositif est l'occasion de repartir sur un nouveau cycle de défiscalisation (comme le Pinel ou le Denormandie). L'idée est d'utiliser le capital récupéré de la vente pour financer un nouveau projet immobilier avec un nouvel avantage fiscal. Cette stratégie de "roulement" permet de maintenir une pression fiscale basse sur le long terme. Cependant, en 2026, les conditions de marché et les taux de crédit ont évolué par rapport aux années 2000. Il est donc primordial d'étudier les nouveaux dispositifs avec un regard neuf, en tenant compte des plafonds de loyers actuels et des exigences de performance énergétique, pour s'assurer que le nouvel investissement sera aussi performant que l'héritage des anciens dispositifs.
FAQ - Les anciens dispositifs de défiscalisation : Robien, Scellier, Borloo
Peut-on encore bénéficier de la loi Robien aujourd'hui ?
Non, il n'est plus possible d'initier un nouvel investissement sous le dispositif Robien. Cependant, les propriétaires ayant investi au milieu des années 2000 et ayant opté pour les prorogations peuvent encore être en phase d'amortissement. Pour les autres, la défiscalisation est terminée, mais le bien reste dans leur patrimoine.
Quelle est la durée minimale d'engagement pour un investissement Scellier ?
La durée minimale d'engagement de location pour le dispositif Scellier était de 9 ans. Il était toutefois possible de prolonger cet engagement par tranches de 3 ans, jusqu'à 12 ou 15 ans au total, afin d'augmenter le montant global de la réduction d'impôt perçue.
Qu'arrive-t-il si je vends mon bien Borloo avant la fin de l'engagement ?
Vendre un bien sous dispositif de défiscalisation avant le terme de l'engagement de location (généralement 9 ans) entraîne la remise en cause de l'avantage fiscal. Le fisc peut exiger le remboursement de l'intégralité des économies d'impôt réalisées depuis le début, sauf cas de force majeure (décès, invalidité, perte d'emploi).
Le dispositif Borloo permettait-il de louer à ses enfants ?
Contrairement à certains dispositifs plus récents comme le Pinel, la loi Borloo populaire interdisait strictement la location aux membres du foyer fiscal, ainsi qu'aux ascendants (parents) et descendants (enfants) de l'investisseur, afin de garantir la vocation sociale du fonds.
Quelle est la différence majeure entre le Scellier et le Duflot ?
La différence principale réside dans le niveau de régulation. La loi Duflot a abaissé les plafonds de loyers et durci les conditions de ressources des locataires par rapport au Scellier. De plus, le taux de défiscalisation a été modifié et le zonage géographique a été considérablement resserré.
Comment savoir si mon bien est encore sous un régime de défiscalisation ?
Pour vérifier le statut fiscal de votre investissement, vous devez consulter votre engagement de location initial (souvent annexé à la déclaration de revenus) et vos tableaux d'amortissement ou de réduction d'impôt. La date de prise d'effet du bail est le point de départ légal de votre période de défiscalisation.
Puis-je transformer un ancien Robien en location meublée (LMNP) ?
Oui, une fois l'engagement de location nu et la période de défiscalisation terminés, vous avez tout à fait le droit de meubler le logement et de basculer vers le régime LMNP. Cela peut être une excellente stratégie pour amortir à nouveau le bien et réduire votre imposition sur les futurs loyers.
À lire aussi
- Tout savoir sur la loi Pinel pour investir dans le neuf
- Loi Denormandie : un dispositif pour investir dans l'ancien
- La loi Scellier : un ancien dispositif de défiscalisation immobilière
- Comment ne pas payer d'impôts sur ses revenus locatifs ?
- Imposition des revenus locatifs : comment bien choisir son régime fiscal
- Le régime micro-foncier : comment le calculer et le déclarer ?
- Comment calculer le taux d'imposition sur les revenus locatifs ?
- IFI : comment calculer et optimiser votre impôt sur la fortune immobilière ?
- SCI et fiscalité : comment choisir le régime le plus avantageux ?
- Défiscaliser grâce à l'immobilier : les solutions existantes
- LMP : un statut fiscal pour les investisseurs expérimentés
- Loi Pinel Outre-mer : un dispositif fiscal très avantageux
- Peut-on encore déduire les intérêts d'emprunt immobilier de ses impôts ?