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Peut-on encore déduire les intérêts d'emprunt immobilier de ses impôts ?

Arsalain EL KESSIR
Peut-on encore déduire les intérêts d'emprunt immobilier de ses impôts ?

✍ Les points à retenir

  • Dans le calcul du déficit foncier, les intérêts s'imputent en priorité sur les revenus fonciers et leur excédent n'est reportable que sur les futurs revenus fonciers, contrairement aux charges de travaux imputables sur le revenu global jusqu'à 10 700 euros.
  • Pour les organismes de caution, seule la partie frais est déductible, la part versée au fonds de garantie restituable en fin de prêt ne pouvant pas être déduite des revenus locatifs.
  • Les intérêts d'un prêt relais sont déductibles uniquement si le prêt finance un bien destiné à la location, la destination locative ou professionnelle du bien étant la règle d'or de la déductibilité.
  • Un prêt familial peut ouvrir droit à déduction à condition d'avoir été formalisé par un acte écrit enregistré et que les intérêts correspondent aux taux du marché, le prêteur devant déclarer ces intérêts en revenus de capitaux mobiliers.
  • En cas de rachat de crédit, les frais liés au rachat (IRA, nouveaux frais de dossier) sont déductibles l'année du rachat en plus des intérêts du nouveau prêt, à condition que la destination locative du bien soit maintenue.

Quels biens sont concernés par la déduction des intérêts d'emprunt ?

Location nue et location meublée

En 2026, déduire les intérêts d'emprunt de ses impôts ne concerne pas tous les biens : la déductibilité pour la résidence principale a disparu au profit de dispositifs orientés vers l'investissement locatif et l'activité économique.

Le contribuable doit vérifier que le bien immobilier acquis entre dans les bonnes catégories. Les biens en location nue sont les plus concernés : au régime réel, les intérêts se déduisent des revenus fonciers, et leur excédent peut créer un déficit reportable.

« Les intérêts d'emprunt sont l'arme fiscale la plus sous-estimée de l'investisseur. Prépondérants en début de crédit, ils réduisent mécaniquement le revenu imposable. Mais tout se joue sur un choix : le régime réel, sans lequel cette déduction est tout simplement impossible. »

Arsalain EL KESSIR – Fondateur de BoursedesCrédits

Les biens loués en meublé relèvent des BIC mais déduisent aussi les frais financiers. Que vous soyez loueur en meublé non professionnel ou loueur professionnel (LMP), les intérêts sont déductibles au régime réel :

  • Intérêts d'emprunt d'acquisition : déductibles intégralement.
  • Intérêts de prêts travaux : également déductibles.
  • Cumul avec l'amortissement : permet souvent un résultat imposable nul.

L'immobilier indirect et les parts de SCPI

La déduction ne se limite pas à la pierre physique. Les investisseurs en SCPI peuvent déduire les intérêts du crédit contracté pour acquérir leurs parts : pour les SCPI de rendement et fiscales, ils diminuent les revenus distribués avant imposition. En SCI à l'IR, les associés intègrent cette déduction au prorata de leurs parts.

Quel régime fiscal est compatible avec la déduction ?

Le régime réel, condition sine qua non

Pour déduire l'intégralité des intérêts payés, le bailleur doit être au régime réel. En revenus fonciers (location nue), il est obligatoire au-delà de 15 000 € de revenus bruts et accessible sur option en dessous.

La déduction se fait au centime près : les intérêts, prépondérants en début de crédit, réduisent l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux sur les mensualités versées.

L'exclusion sous le micro-foncier

Le micro-foncier applique un abattement forfaitaire de 30 % censé couvrir toutes les charges (intérêts, taxe foncière, assurances, travaux) et interdit de déduire les intérêts isolément.

Si vos charges réelles dépassent 30 % des loyers, rester au micro revient à payer l'impôt sur un bénéfice fictif. Dans un contexte de taux d'intérêt volatils en 2026, comparez l'abattement avec la somme réelle de vos frais financiers avant d'opter.

Le régime réel BIC pour les meublés

La location meublée possède son propre régime réel au sein des BIC. Contrairement au micro-BIC (abattement de 50 %), il déduit les intérêts pour leur montant exact et autorise l'amortissement du prix d'achat.

Le cumul intérêts plus amortissement rend le résultat imposable souvent nul, permettant de percevoir des revenus sans impôt pendant plusieurs années : c'est un pilier de l'investissement locatif optimisé.

Comment déduire ses intérêts : formulaires 2044 et 2031

La mise en oeuvre exige de la rigueur : selon la nature de la location, documents et cases diffèrent, comme le résume le tableau ci-dessous.

Type de locationFormulaireCase intérêtsRégime
Location nue 2044 Ligne 250 Revenus fonciers (réel)
Meublé (LMNP) 2031 / 2033 Charges financières BIC (réel)
SCPI 2044 Ligne 114 / 250 Revenus fonciers

La déclaration 2044 et la liasse 2031

Sur la 2044 (foncier), la ligne 250 est réservée aux intérêts : reportez uniquement les intérêts, pas la mensualité totale, en vous basant sur l'attestation annuelle du prêteur, le résultat foncier étant ensuite reporté sur la 2042.

Les loueurs en meublé au réel remplissent le formulaire 2031 avec les annexes 2033, où les intérêts figurent en charges financières, déclaration souvent télétransmise via un expert-comptable.

Le cas des emprunts de travaux

Les intérêts d'emprunts contractés pour des travaux de réparation, d'entretien ou d'amélioration sont également déductibles et suivent les mêmes règles que le prêt d'acquisition. Il faut les isoler sur les factures et tableaux d'amortissement, puis les reporter sur le formulaire 2044 ou 2031 selon le type de location, avec un traitement fiscal identique au prêt principal.

La déduction des frais assimilés aux intérêts

Assurance emprunteur et frais bancaires

La notion d'intérêts est plus large qu'il n'y paraît : elle englobe les frais accessoires au financement. L'assurance décès-invalidité, obligatoire sur la quasi-totalité des prêts immobiliers locatifs, est totalement déductible sur la même ligne que les intérêts, levier d'optimisation non négligeable sur 20 ans.

Les frais de dossier bancaire et les commissions de courtage sont déductibles en une fois l'année de leur paiement, faisant baisser ponctuellement mais significativement l'impôt.

Les frais de garantie : hypothèque ou caution

Les frais d'hypothèque (droits d'enregistrement, émoluments du notaire) ou la commission versée à un organisme de caution sont déductibles. Attention : pour les organismes de caution, seule la partie frais est déductible, la part versée au fonds de garantie restituable en fin de prêt ne pouvant pas être déduite.

Les autres frais déductibles d'un investissement locatif

Taxe foncière et travaux

La taxe foncière est déductible au titre des revenus fonciers et des BIC ; seule la taxe d'enlèvement des ordures ménagères doit être exclue si elle est récupérée auprès du locataire.

Tous les travaux de maintien ou d'amélioration (chaudière, peintures, plomberie) sont aussi déductibles et peuvent gommer la totalité du revenu foncier une année donnée. La conservation des factures est obligatoire, et seuls les matériaux sont déductibles, jamais la main-d'oeuvre du propriétaire.

Frais de gestion et de conciergerie

Les honoraires de gestion locative, de conciergerie pour les meublés et les frais de syndic de copropriété sont intégralement déductibles. En les déduisant, l'investisseur achète de la tranquillité tout en réduisant ses impôts, ce qui rend la gestion déléguée moins coûteuse qu'il n'y paraît une fois l'effet fiscal pris en compte.

Le déficit foncier : comment les intérêts annulent votre impôt

L'ordre d'imputation et le plafond de 10 700 €

Le déficit foncier intervient quand les charges déductibles dépassent les revenus bruts, les intérêts jouant un rôle pivot. Le fisc applique une règle stricte : les intérêts s'imputent en priorité sur les revenus fonciers, et s'ils les dépassent, l'excédent est reportable 10 ans sur les seuls revenus fonciers, sans pouvoir réduire le revenu global.

Le déficit généré par les autres charges (travaux, taxe foncière, assurances) est, lui, imputable sur le revenu global jusqu'à 10 700 € par an.

Optimiser le cash-flow par l'annulation fiscale

Les intérêts consomment les revenus locatifs, laissant aux autres charges le soin de créer ce déficit avantageux qui réduit l'imposition sur les salaires. En maîtrisant ce mécanisme, l'investisseur atteint une annulation fiscale : intérêts et travaux neutralisent toute taxation supplémentaire, et les sommes économisées peuvent être réinvesties ou servir à accélérer le remboursement du capital.

Spécificités 2026 : le nouveau statut fiscal du bailleur

Rénovation énergétique et harmonisation des statuts

La déductibilité est parfois liée à la performance énergétique en 2026 : déduction accélérée pour les rénovations globales, intérêts de prêts à taux préférentiels pleinement déductibles, et bonus fiscaux liés aux labels énergétiques.

Par ailleurs, le législateur a harmonisé la fiscalité entre meublé et nu : les seuils d'accès aux régimes forfaitaires ont été abaissés, poussant de nombreux propriétaires vers le réel, où beaucoup paient finalement moins d'impôts car leurs intérêts réels dépassent l'ancien abattement.

La digitalisation et le contrôle fiscal

Avec l'échange automatisé des données bancaires, l'administration accède facilement aux tableaux d'amortissement. L'investisseur doit donc être rigoureux : toute tentative de déduire les intérêts d'une résidence principale comme s'il s'agissait d'un locatif est immédiatement détectée. La conformité est le pendant indispensable de l'optimisation.

FAQ - Déduction des intérêts d'emprunt immobilier

Peut-on déduire les intérêts de son crédit pour sa résidence principale ?

Non. Cette disposition a été supprimée. Seuls les biens destinés à la location (nue ou meublée) ou à un usage professionnel permettent de déduire les frais financiers.

Le montant de la déduction est-il plafonné ?

Il n'existe pas de plafond en valeur absolue. Les intérêts ne se déduisent que dans la limite des revenus locatifs encaissés. L'excédent crée un déficit foncier reportable, mais ne peut pas réduire le revenu global, contrairement aux charges de travaux.

Peut-on déduire les intérêts d'un prêt relais ?

Oui, si le prêt relais finance un nouveau bien locatif. S'il finance l'achat de votre résidence principale, les intérêts ne sont pas déductibles. La règle d'or est la destination locative ou professionnelle du bien financé.

Faut-il joindre une attestation bancaire à sa déclaration ?

Avec la dématérialisation, il n'est généralement pas nécessaire de la joindre. Conservez toutefois impérativement ce document envoyé annuellement par votre banque : il constitue la preuve légale en cas de contrôle.

Peut-on déduire les intérêts si le logement est vacant ?

Oui, à condition que le logement soit proposé à la location et que vous puissiez prouver vos démarches (annonces, agences). Si le logement est vacant parce que vous vous en réservez la jouissance, la déduction est impossible.

La déduction est-elle possible en cas de rachat de crédit ?

Oui. Les intérêts du nouveau prêt sont déductibles s'il se substitue clairement au prêt initial destiné à l'investissement locatif. Les frais liés au rachat (indemnités de remboursement anticipé, nouveaux frais de dossier) sont aussi déductibles l'année du rachat.

Peut-on déduire les intérêts d'un prêt familial ?

Oui, mais c'est très encadré. Le prêt doit faire l'objet d'un acte écrit enregistré auprès de l'administration, et les intérêts doivent correspondre aux taux du marché. Le prêteur devra déclarer ces intérêts comme revenus de capitaux mobiliers.

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