Face aux épisodes climatiques extrêmes enregistrés durant l'été, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, avance une piste financière d'envergure : porter le plafond du Livret A de 22 950 à 30 000 euros. Destinée à dégager de nouvelles marges de manoeuvre pour la Caisse des dépôts et à financer le Plan national d'adaptation au changement climatique, cette proposition suscite de vives réticences. Entre oppositions bancaires, enjeux de justice fiscale et manque à gagner pour les caisses de l'État, le débat s'intensifie.
Pour répondre aux nécessités d'investissement dans la transformation écologique et énergétique, le gouvernement envisage d'orienter davantage l'épargne des Français vers des prêts à long terme d'intérêt général. La Caisse des dépôts (CDC), qui gère environ 60 % des encours des livrets réglementés (représentant 406,5 milliards d'euros gérés sur un total de près de 700 milliards fin 2025), a accueilli favorablement cette perspective. Néanmoins, l'arbitrage définitif reste en attente du côté de Matignon et de Bercy.
Historique et portée d'une hausse du plafond à 30 000 €
Le relèvement des plafonds de l'épargne réglementée s'inscrit dans une tradition d'ajustements économiques, bien que les décisions d'ampleur restent rares. Historiquement fixé à 15 000 francs en 1966, puis porté à 100 000 francs en 1991 (soit 15 300 euros lors du passage à l'euro), le plafond du Livret A a connu sa dernière revalorisation sous la présidence de François Hollande, grimpant successivement à 19 125 euros en octobre 2012 puis à 22 950 euros au 1er janvier 2013.
Un passage à 30 000 euros représenterait une augmentation de 30,7 %. D'après les analyses économiques, l'absence d'indexation sur l'inflation depuis 2013 (l'indice des prix ayant progressé d'un peu plus de 20 % entre 2013 et 2025) aurait exigé un ajustement théorique du plafond à environ 27 600 euros pour conserver sa valeur en euros constants. Une portée à 30 000 euros constitue donc une hausse réelle, bien que contenue par rapport à l'évolution du coût de la vie.
Les arguments de la Fédération bancaire française contre la mesure
La Fédération française bancaire (FBF) manifeste une opposition ferme à ce projet, avançant des arguments d'ordre économique, opérationnel et fiscal :
- Immobilisation des ressources : La profession estime que le relèvement du plafond immobiliserait l'épargne dans des produits liquides et garantis au détriment de financements de long terme directement orientés vers le tissu entrepreneurial.
- Surcoût de rémunération pour les banques : Les établissements bancaires conservent et rémunèrent directement 40 % des encours. Avec un taux du Livret A fixé à 1,7 %, la charge s'avère nettement supérieure au coût moyen des livrets ordinaires bancaires (0,75 % en moyenne).
- Un avantage concentré sur les ménages aisés : Selon les données de la Banque de France, 15 % des Livrets A dépassaient déjà le plafond de 22 950 euros en 2025, tout en concentrant 47 % de l'encours total (soit 447,8 milliards d'euros à fin janvier 2026). Porté à 30 000 euros, l'avantage fiscal profiterait principalement aux foyers détenant une capacité d'épargne élevée, l'encours moyen national s'établissant à 7 554 euros.
Un coût fiscal accru pour les finances publiques
L'exonération totale d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux appliquée aux intérêts des livrets réglementés génère un manque à gagner fiscal majeur pour l'État, ayant frôlé les 5 milliards d'euros sur l'année 2025.
L'injection potentielle de 10 milliards d'euros d'encours supplémentaires, engendrée par le nouveau plafond de 30 000 euros, accentuerait ce renoncement à des recettes fiscales. En comparaison, les produits d'épargne bancaire ordinaires demeurent soumis au prélèvement forfaitaire unique (flat tax) de 31,4 %, composé de 12,8 % d'impôt sur le revenu et de 18,6 % de cotisations sociales.
Source : Ministère de la Transition écologique, Caisse des dépôts, Fédération française bancaire (FBF), Banque de France, INSEE (septembre 2026).