✍ Les points à retenir
- Le prêt entre particuliers est légal mais échappe aux protections du crédit à la consommation.
- Au-delà de 1 500 €, la preuve du prêt doit être apportée par écrit, le plus souvent par une reconnaissance de dette.
- Tout prêt supérieur à 5 000 € doit être déclaré à l'administration fiscale au moyen du formulaire 2062.
- Le taux d'intérêt éventuel doit rester inférieur au taux d'usure, et les intérêts perçus sont imposables pour le prêteur.
- Sans écrit ni remboursement, le prêt peut être requalifié en donation. Les annonces de prêt en ligne contre des frais d'avance sont des arnaques.
Un prêt libre, mais encadré par des règles précises
Prêter de l'argent à un proche, ou en emprunter, est parfaitement légal. Le prêt entre particuliers échappe aux règles du crédit à la consommation, qui ne s'appliquent qu'aux prêteurs professionnels : pas d'offre préalable normalisée, pas de délai de rétractation, pas d'étude de solvabilité imposée. Cette liberté a une contrepartie. Sans précautions, un prêt familial peut tourner au conflit, être requalifié en donation par l'administration fiscale ou devenir impossible à récupérer.
Les règles à connaître tiennent en trois points : prouver le prêt par écrit, le déclarer au-delà d'un certain montant, et respecter quelques limites sur le taux d'intérêt.
Comment fonctionne un prêt entre particuliers
La reconnaissance de dette
Au-delà de 1 500 €, la preuve d'un prêt doit en principe être apportée par écrit. Le document le plus courant est la reconnaissance de dette, signée par l'emprunteur, qui mentionne l'identité des deux parties, le montant prêté écrit en chiffres et en lettres par l'emprunteur lui-même, la date, les modalités et le calendrier de remboursement. Elle peut être rédigée sur papier libre, ou établie devant notaire pour lui donner davantage de force, notamment en cas de succession.
Le taux d'intérêt
Le prêt peut être gratuit ou porter intérêt. Si un taux est prévu, il doit figurer par écrit et rester inférieur au taux d'usure fixé chaque trimestre par la Banque de France. Les intérêts perçus sont imposables pour le prêteur, au prélèvement forfaitaire unique de 30 % sauf option pour le barème progressif.
La déclaration fiscale
Tout prêt supérieur à 5 000 €, ou plusieurs prêts consentis la même année par la même personne pour un total supérieur à ce seuil, doit être déclaré au moyen du formulaire 2062. Cette déclaration est jointe à la déclaration de revenus de l'année de conclusion du prêt.
| Montant prêté | Écrit recommandé ou obligatoire | Déclaration fiscale |
|---|---|---|
| Jusqu'à 1 500 € | Recommandé | Non |
| De 1 500 € à 5 000 € | Écrit exigé comme preuve | Non |
| Plus de 5 000 € | Écrit exigé comme preuve | Oui, formulaire 2062 |
Les risques à mesurer avant de prêter ou d'emprunter
Pour le prêteur
Le premier risque est le non-remboursement. En l'absence de garantie, le prêteur ne dispose que de la reconnaissance de dette pour agir en justice, avec un délai de prescription de cinq ans à compter de chaque échéance impayée. Le second risque est fiscal et successoral : un prêt jamais remboursé et non documenté peut être requalifié en donation, ce qui entraîne des droits au-delà des abattements et peut déséquilibrer le partage entre héritiers.
Pour limiter ces risques, quelques précautions simples suffisent : verser les fonds par virement plutôt qu'en espèces, prévoir un échéancier daté dans la reconnaissance de dette et conserver la trace de chaque remboursement. En cas de prêt important à l'un de ses enfants, en informer les autres héritiers évite les contestations lors de la succession.
Pour l'emprunteur
L'emprunteur ne bénéficie d'aucune des protections du crédit à la consommation. Un remboursement exigé plus tôt que prévu, faute de calendrier écrit, ou une tension familiale autour de la dette, sont les difficultés les plus fréquentes. Il faut aussi se méfier des annonces de « prêt entre particuliers » sur internet ou les réseaux sociaux : la grande majorité sont des arnaques qui réclament des frais de dossier avant un versement qui n'arrive jamais.
« Le prêt familial rend de vrais services, mais il doit être traité aussi sérieusement qu'un crédit bancaire : un écrit, un calendrier, des remboursements par virement. C'est ce qui préserve la relation entre les personnes autant que leurs intérêts financiers. Et dès qu'un inconnu propose un prêt en ligne contre des frais d'avance, il faut s'arrêter immédiatement. »
Ouafâa MACHRI – Directrice commerciale du pôle Regroupement de crédits
Prêt familial ou crédit bancaire : comment choisir
Lorsqu'un parent souhaite aider un enfant sans attendre de remboursement, la donation est souvent plus adaptée qu'un prêt. Le don familial de sommes d'argent permet de transmettre jusqu'à 31 865 € en franchise de droits à un enfant ou petit-enfant majeur, si le donateur a moins de 80 ans, en plus de l'abattement classique de 100 000 € par parent et par enfant tous les quinze ans. Le prêt reste préférable lorsque les deux parties souhaitent réellement un remboursement.
Le prêt entre proches est intéressant lorsqu'il permet un taux nul ou très faible et une souplesse que les banques n'offrent pas. Il devient moins pertinent quand le montant est élevé, que le prêteur pourrait avoir besoin de son argent avant la fin du remboursement, ou que la relation risque d'en pâtir. Un prêt personnel bancaire offre alors un cadre plus protecteur : offre écrite, délai de rétractation de 14 jours, assurance en cas de décès ou d'incapacité.
Pour mesurer ce que coûterait un financement bancaire, la calculette de crédit à la consommation donne un ordre de grandeur, à rapprocher des taux de crédit à la consommation pratiqués actuellement. Pour obtenir des propositions chiffrées, il suffit de faire une demande de crédit à la consommation.
FAQ : prêt entre particuliers
Une reconnaissance de dette doit-elle être manuscrite ?
Elle peut être dactylographiée, mais l'emprunteur doit écrire lui-même la somme due, en chiffres et en lettres. En cas de différence entre les deux, c'est la somme écrite en lettres qui prévaut. La signature de l'emprunteur est indispensable.
Peut-on prêter de l'argent à ses enfants sans intérêts ?
Oui, le prêt gratuit est autorisé. Il doit cependant être documenté par une reconnaissance de dette et déclaré au-delà de 5 000 €, pour éviter qu'il soit considéré comme une donation déguisée, notamment au moment de la succession.
Quel taux d'intérêt maximum peut-on pratiquer ?
Le taux ne peut pas dépasser le taux d'usure applicable à la catégorie de prêt concernée, publié chaque trimestre par la Banque de France. Au-delà, le prêt est usuraire et le prêteur s'expose à des sanctions pénales.
Que faire si l'emprunteur ne rembourse pas ?
Commencer par une relance écrite, puis une mise en demeure par lettre recommandée. Si elle reste sans effet, la reconnaissance de dette permet de saisir le tribunal ou d'engager une procédure d'injonction de payer, à condition d'agir dans le délai de prescription de cinq ans.
Les sites de prêt entre particuliers sont-ils fiables ?
Les annonces publiées sur des forums ou des réseaux sociaux sont très majoritairement frauduleuses. Les seules plateformes fiables sont celles immatriculées auprès de l'Orias ou agréées par l'Autorité des marchés financiers, ce qu'il est possible de vérifier sur leurs registres publics avant tout échange.
Un prêt entre particuliers doit-il passer par un notaire ?
Non, ce n'est pas obligatoire. L'acte notarié est utile pour un montant élevé ou dans un contexte familial sensible, car il a date certaine, fait foi de son contenu et peut permettre un recouvrement plus rapide en cas d'impayé.
Un prêt familial est-il pris en compte par la banque pour un crédit immobilier ?
Oui. S'il fait l'objet d'un remboursement mensuel, la banque l'intègre dans le calcul du taux d'endettement. Il ne peut donc pas être présenté comme un apport personnel sans être déclaré comme une dette.