Livret A : une décollecte historique de près de 6 milliards d'euros au premier semestre 2026

Après plusieurs années de souscription soutenue, le Livret A traverse une zone de turbulences inédite depuis près de vingt ans. Selon les dernières données de la Caisse des dépôts arrêtées au 30 juin 2026, les retraits ont largement dépassé les versements sur les six premiers mois de l'année. Entre un taux de rémunération temporairement distancé par l'inflation et la concurrence vive de l'assurance-vie, retour sur les raisons de cette décollecte et sur le relèvement du taux attendu au 1er août.
Un premier semestre au plus bas depuis 2008
Le désamour temporaire des épargnants français pour le Livret A s'est concrétisé au cours des six premiers mois de l'année 2026 par des flux négatifs marquants :
- Décollecte nette du Livret A : Les retraits ont excédé les dépôts de 5,93 milliards d'euros au 30 juin 2026, signant la pire performance semestrielle pour ce produit depuis 2008.
- Impact global avec le LDDS : En ajoutant les 960 millions d'euros de retraits nets enregistrés sur le LDDS, la décollecte cumulée atteint 6,89 milliards d'euros au 1er janvier 2026 (contre une collecte positive de 6,03 milliards sur la même période en 2025).
- Pression sur le LEP : Le Livret d'épargne populaire enregistre également un solde négatif de 380 millions d'euros sur le semestre, pour un encours global ajusté à 83,5 milliards d'euros.
L'encours total cumulé du Livret A et du LDDS s'établit ainsi à 608,3 milliards d'euros à la fin juin 2026, affichant un léger repli de 0,1 % sur un an.
Les causes du désintérêt : rendement réel négatif et concurrence de l'assurance-vie
Plusieurs facteurs économiques expliquent le choix des ménages d'arbitrer leurs placements au détriment des livrets réglementés :
- Un rendement réel pénalisé : Ramené à 1,5 % en février, le taux du Livret A est devenu temporairement inférieur à la hausse des prix (inflation mesurée à 1,8 % sur un an en juin, après 2,4 % en mai), générant un rendement réel négatif.
- La concurrence de l'assurance-vie : Offrant un capital également garanti, les fonds en euros de l'assurance-vie ont affiché une rémunération moyenne de 2,63 %, incitant les épargnants à y réorienter leur capital. L'encours de l'assurance-vie atteignait 2 162 milliards d'euros à la fin mai.
Un relèvement du taux à 1,7 % au 1er août pour stopper la fuite des capitaux
Afin de corriger cet écart et de redonner de l'attractivité au placement préféré des Français, le gouvernement a acté une revalorisation de sa rémunération :
Le taux du Livret A et du LDDS passe à 1,7 % à compter du 1er août. Combiné au ralentissement attendu de l'inflation, ce relèvement vise à offrir à nouveau un rendement réel positif aux 57,3 millions de détenteurs du Livret A en France.
Bilan comparatif de la collecte au 1er semestre (Livret A + LDDS)
| Année (1er semestre) | Flux nets (Livret A + LDDS) | Contexte / Dynamique |
|---|---|---|
| 2026 | -6,89 milliards € | Décollecte record sur fond de taux à 1,5 % et d'inflation supérieure. |
| 2025 | +6,03 milliards € | Maintien d'une collecte positive tirée par la capitalisation des intérêts. |
| 2024 | +15,00 milliards € | Forte dynamique d'épargne de précaution. |
| 2023 | ~ +26,00 milliards € | Niveau historique de collecte au plus fort de la hausse des taux. |
En conclusion, si la première moitié de l'année 2026 s'est soldée par des arbitrages massifs au profit de produits plus rémunérateurs comme l'assurance-vie, l'ajustement du taux à 1,7 % au 1er août pourrait stabiliser les encours et amorcer un retour progressif de la collecte au second semestre.