Livret A et épargne réglementée : une collecte record qui coûte 4,8 milliards d'euros à l'État

Malgré la révision à la baisse de leur rémunération au cours de l'année 2025, les livrets d'épargne réglementée conservent une popularité sans faille auprès des épargnants français. Portés par la sécurité du capital et une exonération fiscale totale, les encours globaux ont avoisiné la barre symbolique des 950 milliards d'euros. Selon le dernier rapport de la Banque de France, ce succès massif entraîne un manque à gagner fiscal et social record pour les finances publiques.
950 milliards d'euros d'encours : un engouement maintenu en 2025
Le dernier rapport sur l'épargne réglementée confirme le rôle central joué par ces placements dans le patrimoine des ménages. Malgré une réorientation partielle des flux vers l'assurance-vie, la collecte est restée positive pour les principaux supports :
- Encours global : L'ensemble de l'épargne réglementée atteint près de 950 milliards d'euros à la fin de l'année 2025.
- Livret A : Le livret préféré des Français concentre à lui seul 440 milliards d'euros d'encours.
- Dynamique des flux : Le maintien d'une collecte positive pour le Livret A, le LDDS et le LEP repose en grande partie sur la capitalisation des intérêts acquis.
Un coût fiscal et social de 4,868 milliards d'euros pour les finances publiques
L'attractivité de ces livrets repose sur leur triple avantage : garantie publique du capital, liquidité immédiate et franchise totale d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux. Toutefois, cette exonération représente un coût croissant pour l'État.
La Banque de France évalue le manque à gagner fiscal et social à 4,868 milliards d'euros en 2025 (contre 3,667 milliards en 2024, 2,04 milliards en 2023 et 1,01 milliard en 2022). La répartition de ces exonérations s'établit comme suit :
- Exonérations de prélèvements sociaux : 2,72 milliards d'euros au titre du Livret A, des livrets bleus du Crédit Mutuel, du LDDS, du LEP, du Livret Jeune et des LEE.
- Exemptions d'impôt sur le revenu : Près de 2,1 milliards d'euros, ventilés principalement entre le Livret A et les livrets bleus (1,13 milliard €), le LDDS (427 millions €), les PEL/CEL (331 millions €) et le LEP (149 millions €).
Une forte concentration des encours sur le Livret A
Le rapport de la Banque de France met également en lumière de fortes disparités dans la détention du Livret A :
- 15 % des comptes dépassent le plafond réglementaire de 22 950 € sous l'effet de la capitalisation des intérêts. Ces livrets regroupent à eux seuls 50 % des encours totaux (+3 points par rapport à 2023).
- À l'opposé, 32 % des détenteurs possèdent un solde inférieur à 150 €, représentant à peine 0,1 % des sommes déposées.
La poursuite de l'ajustement à la baisse des taux de rémunération du Livret A et du LEP au cours de l'année 2026 devrait ralentir le rythme de génération des intérêts. Ce mouvement permettra d'alléger mécaniquement la facture des exonérations fiscales supportée par le budget de l'État.
Chiffres clés du rapport sur l'épargne réglementée
| Indicateur / Poste d'exonération | Montant / Statistique (2025) | Détails & Évolution |
|---|---|---|
| Encours total de l'épargne réglementée | ~950 milliards € | Dont 440 milliards d'euros concentrés sur le seul Livret A. |
| Coût fiscal & social total pour l'État | 4,868 milliards € | Hausse marquée par rapport à 2024 (3,667 Mld €) et 2023 (2,04 Mld €). |
| Exonération de prélèvements sociaux | 2,72 milliards € | S'applique à l'ensemble des livrets d'épargne réglementée. |
| Exemption IR : Livret A / Livret Bleu | 1,13 milliard € | Premier poste d'exonération d'impôt sur le revenu. |
| Concentration (Livrets A > 22 950 €) | 15 % des comptes | Representent 50 % de l'encours global sous l'effet des intérêts cumulés. |
En résumé, l'épargne réglementée s'impose plus que jamais comme la valeur refuge privilégiée par les résidents français. Si la stabilité et la fiscalité avantageuse soutiennent les encours, les ajustements de taux attendus en 2026 viendront progressivement redéfinir l'équilibre financier de ces produits pour l'État comme pour les épargnants.