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Arsalain EL KESSIR

Écrit par Arsalain EL KESSIRVérifié par Ouafâa MACHRI

Mis à jour le

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✍ Les points à retenir

  • Les taux approchant 5 % empilent trois étages : un taux de base, une bonification d'encours et un bonus temporaire sur versements nouveaux.
  • Investi intégralement en fonds en euros, votre contrat sert entre 2,05 et 2,55 % selon le réseau, soit environ 1,70 à 2,11 % net.
  • Cet écart de cinquante points de base entre gammes représente 500 euros par an sur un capital de 100 000 euros.
  • Les supports fermés aux souscriptions sont rémunérés à part, avec jusqu'à deux points d'écart : vérifiez le taux support par support sur votre relevé.
  • Des frais de gestion pilotée atteignant 1,50 % par an consomment la quasi-totalité du rendement servi sur la part garantie.

Qui détient cet assureur et que cela change-t-il ?

CNP Assurances est détenue à 100 % par des capitaux publics, au terme d'une chaîne qui remonte à La Banque Postale, au groupe La Poste, puis à la Caisse des Dépôts et à l'État. Retirée de la cote en 2022, elle n'a plus aucun actionnaire privé.

Elle gérait environ 370 milliards d'euros d'encours à la fin de 2025, pour une dizaine de millions d'assurés en épargne et retraite, ce qui la place au deuxième rang de la collecte d'assurance vie en France.

Cette structure actionnariale explique une partie de sa stratégie : l'assureur distribue par l'intermédiaire de réseaux partenaires, essentiellement bancaires, et non par une force de vente propre significative. Cette organisation façonne sa place parmi les produits d'épargne proposés en France.

Comment lire les taux annoncés jusqu'à 5 % ?

Les chiffres spectaculaires relayés chaque début d'année ne correspondent à aucun taux réellement servi à la majorité des assurés. Ils résultent d'un empilement de trois étages.

Les trois étages du taux

Le premier est le taux de base, servi à qui détient 100 % de son contrat en fonds en euros : il se situe entre 2,05 et 2,55 % selon le réseau au titre de 2025.

Le deuxième est une bonification de l'encours conditionnée à la part investie en unités de compte, qui peut ajouter jusqu'à un point selon les paliers atteints.

Le troisième est un bonus temporaire sur les versements nouveaux, qui peut ajouter jusqu'à deux points, mais uniquement sur les sommes versées pendant la fenêtre promotionnelle.

Le cumul est théorique

Afficher plus de 5 % suppose donc de détenir une part élevée d'unités de compte et d'avoir versé pendant la campagne. L'assureur publie par ailleurs ses taux hors bonus sur versements, ce que la plupart des comparateurs omettent de préciser.

Conséquence pratique : les fourchettes publiées d'un site à l'autre ne sont pas comparables entre elles.

Quels taux de base selon le réseau distributeur ?

Le taux réellement servi dépend de la gamme, donc du réseau qui a commercialisé le contrat :

GammeTaux de base 2025Net de prélèvements sociauxAvec bonus maximum
Grand public, réseau postal 2,30 % environ 1,90 % jusqu'à 5,22 %
Patrimoniale, réseau postal 2,35 % environ 1,95 % jusqu'à 5,29 %
Retraite 2,55 % environ 2,11 % jusqu'à 5,57 %
Ancienne gamme bancaire régionale 2,05 à 2,30 % environ 1,70 à 1,90 % jusqu'à 5,02 %
Réseau propre de l'assureur 2,15 à 2,35 % environ 1,78 à 1,95 % jusqu'à 5,04 %

Tous ces taux sont nets de frais de gestion mais bruts de prélèvements sociaux. L'écart de taux de base entre la gamme la mieux servie et la moins bien servie atteint 50 points de base, pour un même assureur et un même actif général.

Cet écart n'a rien d'anecdotique : sur 100 000 euros, il représente 500 euros par an, soit l'équivalent d'un quart du rendement de la gamme la plus faible.

Pourquoi la moyenne reste-t-elle en retrait du marché ?

Le taux moyen servi par l'assureur ressortait à 2,50 % au titre de 2024 et 2,52 % au titre de 2023, quand la moyenne du marché s'établissait autour de 2,60 % sur ces deux exercices.

Autrement dit, malgré des taux affichés approchant 5 %, l'assureur sert en moyenne un peu moins que ses concurrents. Les taux élevés concernent une minorité d'assurés, ceux qui remplissent les conditions de bonification.

Ce que cela dit du modèle

La stratégie consiste à concentrer la rémunération sur les contrats fortement investis en unités de compte, et à servir un taux modeste à la masse des assurés restés sur le fonds en euros.

Ce choix est légitime pour l'assureur, mais il doit être connu de l'épargnant qui compare des moyennes publiées plutôt que des taux applicables à sa propre situation. C'est le premier réflexe à avoir en comparant les meilleurs contrats d'assurance vie.

« Quand un assureur annonce cinq pour cent et sert deux et demi en moyenne, les deux chiffres sont exacts. Le premier décrit un cas de figure, le second décrit ses clients. La seule question qui compte pour un épargnant est celle du taux applicable à son contrat, à son réseau et à sa répartition. Demandez ce taux par écrit, pas la fourchette du communiqué. »

Arsalain EL KESSIR – Fondateur de BoursedesCrédits

Quel écart entre les contrats anciens et récents ?

C'est le point le plus défavorable, et le moins commenté. Sur la gamme patrimoniale de l'assureur, l'écart entre supports ouverts et supports fermés atteint près de deux points :

Statut du supportRendement net servi en 2025Frais prélevés par l'assureur
Supports ouverts, gamme patrimoniale 3,38 % à 4,08 % 0,60 % à 0,71 %
Contrat de courtage fermé environ 2 % 1 % par an
Ancienne gamme bancaire 2,05 % à 2,30 % non publié par support

Un même assureur, un même exercice, et un écart qui peut atteindre deux points selon la génération du contrat détenu. Les assurés les plus anciens sont aussi les moins bien servis.

Le cas extrême des contrats de génération ancienne

Sur l'exercice 2022, certains contrats bancaires anciens ont servi une participation aux bénéfices nulle, le rendement garanti étant lui-même à zéro. Le capital n'a donc rien produit cette année là.

Si vous détenez un contrat ouvert avant les années 2010, la vérification du taux servi support par support, sur votre relevé annuel, est le premier geste utile.

Qui fixe les frais, l'assureur ou le distributeur ?

Cet assureur est l'un des rares à publier, support par support, le taux moyen des frais qu'il prélève lui-même. Il s'échelonne de 0,58 à 0,88 % par an selon le fonds en euros concerné.

Ce qui relève du distributeur

  • Les frais sur versement : jusqu'à 3 % sur les gammes bancaires, jusqu'à 4 % sur certains contrats du réseau propre.
  • Les frais d'arbitrage : nuls sur certaines gammes, de l'ordre de 0,50 à 0,65 % sur d'autres, parfois plafonnés et avec un arbitrage gratuit par an.
  • Les frais de gestion pilotée : jusqu'à 1,50 % par an sur certains contrats, soit davantage que le rendement net du fonds en euros.
  • Le ticket d'entrée : de quelques centaines d'euros à 25 000 ou 30 000 euros selon la gamme.

La dernière ligne mérite attention : des frais de gestion pilotée de 1,50 % consomment la quasi-totalité du rendement servi sur la part investie en fonds en euros.

Quelles classes d'actifs selon la gamme ?

L'univers d'investissement varie radicalement d'un réseau à l'autre, pour le même assureur.

Les gammes bancaires

Elles proposent des fonds classiques, des supports immobiliers collectifs sur certaines gammes et des produits structurés par vagues. Les fonds indiciels cotés y sont généralement absents, de même que les titres vifs et le capital investissement.

Les gammes patrimoniales et de courtage

Elles ouvrent sur plus d'un millier d'unités de compte, avec fonds indiciels cotés, titres vifs en direct et supports immobiliers. Les relevés publics se contredisent sur la présence de sociétés civiles de placement immobilier et de capital investissement selon les contrats.

Les supports de type eurocroissance

L'assureur gère plusieurs cantons dits de croissance, adossés aux réseaux partenaires. Leur capital n'est garanti qu'à une échéance, généralement de huit à dix ans, en échange d'une gestion plus diversifiée.

Ces supports restent marginaux et leurs performances ne sont pas publiées avec la même régularité que celles des fonds en euros classiques, y compris sur le plan d'épargne retraite où ils sont parfois proposés.

Que reprochent les clients, et à qui ?

Une note très basse, sur un volume important

Sur une plateforme spécialisée, la rubrique assurance vie de cet assureur affiche une note moyenne de l'ordre de 1,5 sur 5, sur plus de deux cents contributions, dont plus de neuf sur dix à une étoile.

Ce volume change la lecture : sur quelques dizaines d'avis, l'échantillon ne vaut rien. Sur plusieurs centaines, la récurrence des mêmes motifs devient un signal.

Le sujet dominant n'est pas l'épargne courante

Les reproches portent massivement sur le versement des capitaux décès et le traitement des successions : délais de plusieurs mois, échéances repoussées, pièces justificatives redemandées, dossiers déclarés incomplets.

C'est une information utile, car ces opérations interviennent au moment où les bénéficiaires sont les plus vulnérables et les moins en mesure de relancer.

Ce qui relève du distributeur

Les critiques tarifaires et fonctionnelles, elles, visent les réseaux : impossibilité de souscrire ou d'arbitrer en ligne sur plusieurs gammes, droits d'entrée élevés, tickets d'entrée importants, et un double interlocuteur qui allonge chaque démarche.

Ce que disent les chiffres de solidité

Le ratio de solvabilité ressortait à environ 250 % à la fin de 2025, contre 231 % un an plus tôt, pour un minimum réglementaire de 100 %. La solidité financière n'est pas le sujet.

Le sujet est l'exécution. Pour un contrat d'assurance vie destiné à une transmission, la qualité du traitement des dossiers compte autant que le taux servi.

FAQ : les contrats assurés par CNP Assurances

Qui détient cet assureur ?

Des capitaux intégralement publics, via La Banque Postale, le groupe La Poste, puis la Caisse des Dépôts et l'État. La société a été retirée de la cote en 2022.

Les taux de 5 % annoncés sont-ils réels ?

Ils cumulent un taux de base, une bonification liée à la part en unités de compte et un bonus temporaire sur versements. Très peu d'assurés réunissent les trois conditions.

Quel taux pour un contrat investi à 100 % en fonds en euros ?

De 2,05 à 2,55 % selon la gamme au titre de 2025, nets de frais de gestion et bruts de prélèvements sociaux, soit environ 1,70 à 2,11 % net.

Pourquoi mon ancien contrat sert-il moins ?

Parce que les supports fermés aux nouvelles souscriptions sont rémunérés séparément, parfois avec deux points d'écart et des frais de gestion supérieurs. Le relevé annuel donne le taux exact du support détenu.

Le taux moyen de cet assureur est-il bon ?

Il s'est situé légèrement sous la moyenne du marché en 2023 et 2024, autour de 2,50 % contre 2,60 %. La rémunération est concentrée sur les contrats fortement investis en unités de compte.

Quels frais relèvent de l'assureur ?

Les frais de gestion des supports, de 0,58 à 0,88 % par an selon le fonds en euros. Les frais sur versement, d'arbitrage et de gestion pilotée sont fixés par le réseau distributeur.

Peut-on investir en fonds indiciels cotés ?

Sur les gammes patrimoniales et de courtage oui, sur les gammes bancaires grand public généralement non. L'écart d'univers d'investissement entre les deux est considérable.

L'assureur est-il solide ?

Son ratio de solvabilité s'établissait autour de 250 % fin 2025, en hausse sur l'exercice, avec un actionnariat public. Les critiques portent sur les délais de traitement, pas sur la solvabilité.

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