✍ Les points à retenir
- Raisonnez en pourcentage : 200 euros sur un revenu de 2 000 euros pèsent 10 %, mais seulement 8,3 % après une augmentation à 2 400 euros.
- Le taux soutenable progresse avec le revenu : environ 5 % à 1 500 euros nets, 10 % à 2 500 euros, jusqu'à 20 % au-delà.
- Calculez sur vos trois derniers relevés plutôt que de mémoire : l'écart atteint couramment 100 à 200 euros par mois, toujours dans le même sens.
- Entre trente et quarante-cinq ans, le taux chute avec le crédit et les enfants : maintenir 5 % relève déjà de la performance.
- Si le prélèvement provoque un découvert, réduisez-le aussitôt : les frais engendrés annulent plusieurs années d'intérêts accumulés.
Quelle part de ses revenus mettre de côté ?
Dix pour cent du revenu net constitue le plancher, 15 à 20 % la cible pour qui veut financer des projets à moyen terme. En dessous de 5 %, l'épargne ne couvre pas l'usure du pouvoir d'achat.
Ce taux n'a toutefois rien d'universel. Il dépend du poids de vos charges fixes, du coût de votre logement et de l'étape de vie dans laquelle vous vous trouvez. Un même revenu peut autoriser 5 % dans une ville chère et 20 % ailleurs.
Le taux retenu détermine ensuite la façon de répartir les versements entre les différentes solutions d'épargne.
Pourquoi raisonner en pourcentage plutôt qu'en euros ?
Un montant fixe décidé une fois ne bouge plus. Il se dévalue à mesure que les prix montent et ne profite jamais des augmentations de salaire, qui partent alors intégralement dans les dépenses courantes.
Un pourcentage s'ajuste de lui-même. À chaque hausse de revenu, l'effort reste constant en proportion, mais le montant versé progresse automatiquement.
Exemple : 200 euros par mois sur un revenu de 2 000 euros représentent 10 %. Après une augmentation à 2 400 euros, les mêmes 200 euros ne pèsent plus que 8,3 %, et la différence de 40 euros disparaît dans les dépenses sans décision consciente.
Combien épargner selon son niveau de revenus ?
Le taux soutenable progresse avec le revenu, parce que les charges fixes incompressibles pèsent proportionnellement moins lourd à mesure que celui-ci augmente :
| Revenu net mensuel | Taux réaliste | Montant mensuel | Sur un an |
|---|---|---|---|
| 1 500 euros | 5 % | 75 euros | 900 euros |
| 2 000 euros | 8 % | 160 euros | 1 920 euros |
| 2 500 euros | 10 % | 250 euros | 3 000 euros |
| 3 500 euros | 15 % | 525 euros | 6 300 euros |
| 5 000 euros | 20 % | 1 000 euros | 12 000 euros |
Ces repères valent pour un foyer sans charge exceptionnelle. Un crédit immobilier en cours, une pension à verser ou un enfant en études décalent le curseur vers le bas, parfois de plusieurs points.
À l'inverse, deux revenus dans un même foyer partageant un seul loyer autorisent un taux supérieur à celui qu'indique la somme des deux lignes.
Comment calculer sa capacité d'épargne réelle ?
La méthode en trois soustractions
Partez du revenu net encaissé, retirez les charges fixes, puis les dépenses variables moyennes des trois derniers mois. Ce qui reste constitue votre capacité d'épargne réelle, souvent éloignée de l'estimation intuitive.
Prenez les relevés bancaires plutôt que la mémoire. L'écart entre les deux atteint couramment 100 à 200 euros par mois, presque toujours dans le même sens.
Ce que vaut la règle des 50, 30 et 20
Cette règle attribue 50 % aux besoins, 30 % aux envies et 20 % à l'épargne. Elle offre un cadre simple mais suppose un logement à coût modéré.
Dès que le loyer ou la mensualité de crédit dépasse 35 % du revenu, la répartition devient inapplicable et il faut reconstruire le calcul sur vos propres lignes de dépenses.
Le test des douze mois
Un taux n'est soutenable que s'il tient une année complète, vacances, Noël et dépense imprévue compris. Un taux ambitieux maintenu trois mois puis abandonné rapporte moins qu'un taux modeste jamais interrompu.
Que faire quand la cible paraît hors de portée ?
Commencez à 5 %, ou même à 25 euros par mois. Le mécanisme compte davantage que le montant au démarrage : une fois le prélèvement installé, l'augmenter devient simple.
Trois leviers qui n'exigent aucun arbitrage
- Le prélèvement le jour de la paie : l'argent part avant d'être disponible, ce qui supprime la décision mensuelle.
- L'indexation des augmentations : dirigez la moitié de chaque hausse de revenu vers l'épargne, le niveau de vie progresse quand même.
- Les revenus exceptionnels : prime, treizième mois ou remboursement d'impôt versés directement, sans passer par le compte courant.
Ces trois leviers suffisent à faire passer un taux de 5 à 12 % en deux ou trois ans, sans baisse perceptible du niveau de vie.
Le taux doit-il évoluer avec l'âge ?
Avant trente ans
Revenus modestes mais charges légères. Un taux de 10 % est souvent atteignable, et l'objectif se limite à constituer la réserve de sécurité.
Entre trente et quarante-cinq ans
C'est la période où le taux chute, sous l'effet du crédit immobilier et des enfants. Maintenir 5 % pendant ces années relève déjà de la performance.
Cette baisse n'a rien d'anormal : l'apport immobilier et le remboursement du capital constituent eux-mêmes une forme d'épargne.
Après quarante-cinq ans
Le crédit s'allège, les enfants quittent le foyer, les revenus atteignent leur maximum. Le taux peut dépasser 20 %, et c'est la fenêtre la plus efficace pour préparer la retraite.
Vers quels supports orienter ce versement mensuel ?
La destination dépend du stade atteint. Tant que la réserve de sécurité n'est pas constituée, tout va sur un support disponible immédiatement, comme le livret d'épargne réglementé.
Une fois ce socle en place, le versement bascule vers le long terme : une assurance vie pour sa souplesse, ou le plan d'épargne retraite quand la tranche d'imposition rend l'avantage fiscal intéressant.
Scinder le versement entre deux supports n'a de sens qu'au delà de 200 euros par mois. En dessous, un seul support alimenté à fond vaut mieux que deux lignes affaiblies par les frais fixes.
« On me demande souvent quel est le bon taux d'épargne. La vraie question est de savoir lequel tiendra douze mois d'affilée. Un client à 5 % jamais interrompu finit toujours devant celui qui vise 20 % et renonce au premier trimestre difficile. Commencez bas, indexez sur vos augmentations, et ne touchez plus au prélèvement. »
Arsalain EL KESSIR – Fondateur de BoursedesCrédits
FAQ : le montant à épargner chaque mois
Quel est le taux d'épargne moyen en France ?
Il se situe autour de 15 à 18 % du revenu disponible, mais cette moyenne masque de fortes disparités : elle intègre le remboursement du capital immobilier et se concentre sur les foyers les plus aisés.
Faut-il épargner avant d'avoir remboursé ses crédits ?
Oui, pour la seule réserve de sécurité. Au delà, rembourser un crédit à la consommation coûteux rapporte davantage que n'importe quel placement garanti.
Comment épargner avec un revenu irrégulier ?
Raisonnez sur le revenu minimum des douze derniers mois, pas sur la moyenne. Vous versez un socle fixe chaque mois, complété par un versement libre après les bons mois.
Le loyer doit-il entrer dans le calcul du taux ?
Il entre dans les charges fixes, retirées avant de déterminer la capacité d'épargne. C'est précisément son poids qui explique l'essentiel des écarts de taux à revenu identique.
Vaut-il mieux un gros versement annuel ou un versement mensuel ?
Le versement mensuel, dans presque tous les cas. Il lisse les points d'entrée, s'oublie plus facilement et évite que la somme soit dépensée en attendant l'échéance annuelle.
Que faire si le prélèvement met le compte à découvert ?
Réduisez-le immédiatement. Des frais de découvert annulent plusieurs années d'intérêts, et un taux qui provoque un découvert n'est pas un taux soutenable.
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