Dans le cadre de l'élaboration du Plan national d'adaptation au changement climatique, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut a avancé l'idée de porter le plafond du Livret A de 23 000 à 30 000 euros. Si l'objectif affiché est de renforcer la capacité de prêt de la Caisse des dépôts pour financer les chantiers de la transition, cette piste - encore non arbitrée par Matignon et Bercy - suscite l'opposition de la Fédération bancaire française (FBF) et les réserves des spécialistes de l'épargne.
Alors que des conclusions ministérielles sont attendues à la fin du mois de septembre, la perspective de cette réforme ravive le débat sur l'efficience de l'épargne réglementée et son coût pour les finances publiques.
Un levier de financement pour la Caisse des dépôts
Selon les perspectives défendues par le ministère de la Transition écologique, l'augmentation du plafond du Livret A permettrait d'accroître les ressources centralisées au sein du fonds d'épargne géré par la Caisse des dépôts. Ces capitaux supplémentaires serviraient à accorder des prêts à très long terme destinés à financer les infrastructures d'adaptation écologique des collectivités et des acteurs publics.
De son côté, la Caisse des dépôts a rappelé que l'affectation des fonds réglementés relevait des décisions du gouvernement, tout en soulignant son engagement déjà effectif dans le financement de la transition écologique.
L'opposition de la FBF et les critiques sur le ciblage social
La Fédération bancaire française (FBF) a fait part de son hostilité ferme à cette éventuelle hausse du plafond. Dans une déclaration officielle, le secteur bancaire estime qu'une telle décision bénéficierait en priorité aux épargnants les plus aisés, déjà en mesure de saturer la limite actuelle de 23 000 euros.
La FBF fait également valoir qu'un relèvement du plafond risquerait d'immobiliser d'importants volumes de liquidités sur des placements de court terme garantis, au détriment de placements de long terme et d'investissements directs dans le fonds de roulement des entreprises. Selon l'organisation, détourner cette épargne de l'économie productive dégraderait le climat d'investissement global nécessaire à la transition.
Impacts sur l'encours et manque à gagner pour les finances publiques
Selon les analyses rédigées par Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'épargne, la mesure pourrait potentiellement générer jusqu'à 10 milliards d'euros d'encours supplémentaires. Toutefois, l'expert avertit qu'un accroissement de la collecte ne garantit pas automatiquement une hausse proportionnelle des investissements sur le terrain, tout en générant des surcoûts de gestion pour le système bancaire.
L'autre enjeu concerne le coût fiscal de l'opération pour l'État. Les intérêts perçus sur les livrets réglementés (Livret A, LDDS, LEP) bénéficiant d'une exonération totale d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, le manque à gagner pour les caisses publiques a frôlé les 5 milliards d'euros en 2025. Un relèvement des plafonds viendrait mécaniquement alourdir cette dépense fiscale.
Source : Les Échos, AFP, Le Cercle de l'épargne (septembre 2026).