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Être propriétaire et locataire à la fois : avantages et cas concrets

Arsalain EL KESSIR
Être propriétaire et locataire à la fois : avantages et cas concrets

✍ Les points à retenir

  • Être simultanément propriétaire et locataire permet d'optimiser la trésorerie : loyer versé par locataire finance partiellement le crédit immobilier du propriétaire.
  • Le cas classique concerne primo-accédants rénovant leur future résidence principale : louer bien actuel amortit coûts travaux jusqu'à emménagement complet.
  • Le bénéfice fiscal repose sur déduction des charges locatives (intérêts emprunt, taxe foncière, travaux, syndic) réduisant revenu foncier imposable de 30-50 %.
  • La gestion administrative combine deux statuts distincts : droits locataire vis-à-vis du propriétaire du bien loué et responsabilités propriétaire envers locataire propre.
  • L'inconvénient majeur repose sur endettement cumulé si ambition investisseur dépasse capacité mensuelle réelle : deux crédit immobiliers simultan imposent prudence budgétaire.

Être propriétaire et locataire à la fois : pourquoi cette stratégie se développe ?

L'idée reçue veut qu'acheter sa résidence principale soit la priorité absolue avant tout investissement locatif. Pourtant, un nombre croissant de ménages font le choix inverse : rester locataire de leur logement tout en devenant propriétaire d'un bien destiné à la location. Cette stratégie n'est ni un renoncement à la propriété ni un pis-aller financier. C'est un arbitrage patrimonial qui, dans certaines configurations, produit un enrichissement net supérieur à l'achat de la résidence principale.

Le raisonnement repose sur un constat simple. Dans les grandes métropoles, le prix d'achat de la résidence principale a décroché du niveau des loyers : acheter un T3 à Paris coûte 25 à 30 ans de loyer équivalent, alors que le ratio d'équilibre se situe autour de 15 à 18 ans. Pendant ce temps, un T2 à Rennes, Lyon ou Bordeaux s'achète à 12 à 15 ans de loyer et se loue avec un rendement brut de 5 à 7 %. Le ménage qui loue à Paris et investit en province utilise l'écart de ratio pour construire du patrimoine plus vite qu'en achetant sa résidence principale dans une zone où les prix sont déconnectés des loyers.

Trois cas concrets où être propriétaire et locataire à la fois est la meilleure option

Léa, 29 ans : loue à Paris, investit à Nantes

Léa est consultante en CDI, 3 200 € nets par mois. Son loyer parisien de 950 € pour un studio de 25 m² est inférieur à la mensualité d'un crédit pour acheter le même bien (~1 600 €/mois sur 25 ans pour 280 000 €). Elle achète un T2 à Nantes (135 000 €) financé par un crédit immobilier sur 20 ans à 3,7 %. Mensualité : 805 €. Loyer perçu : 650 € en meublé LMNP. Effort d'épargne réel : 155 €/mois. Dans 20 ans, elle possède un bien remboursé qui vaut ~160 000 € et qui génère une rente nette. Si elle avait acheté son studio parisien, elle aurait payé 1 600 €/mois pendant 25 ans pour un bien dont le rendement locatif potentiel est deux fois inférieur.

Mehdi et Clara, 38 ans : mutation professionnelle tous les 3 à 4 ans

Mehdi est ingénieur dans l'aéronautique, Clara est enseignante. Leurs mutations régulières (Toulouse, Bordeaux, Nantes) rendent l'achat de la résidence principale peu pertinent : les frais de notaire (~8 %) sont amortis en 5 à 7 ans, mais ils repartent avant. Ils louent leur résidence principale et possèdent deux T2 en LMNP à Toulouse et Bordeaux, achetés lors de leurs passages respectifs. Ils connaissent parfaitement les marchés locaux, gèrent à distance via un gestionnaire et construisent un patrimoine diversifié géographiquement.

Dominique, 55 ans : locataire par choix, propriétaire de trois biens

Dominique est cadre supérieur, 6 500 € nets. Il loue un appartement de standing en centre-ville (1 400 €/mois) et possède trois appartements acquis en SCI avec son épouse. Les loyers couvrent les mensualités des crédits et l'amortissement LMNP neutralise la fiscalité. À la retraite, les trois crédits seront soldés et les loyers constitueront un complément de revenu de plus de 2 500 € nets par mois. S'il avait acheté sa résidence principale au même prix (~450 000 €), il n'aurait qu'un seul bien sans rendement locatif.

Les avantages financiers et fiscaux d'être propriétaire et locataire à la fois

AvantageAchat résidence principaleLocataire + investissement locatif
Intérêts d'emprunt Non déductibles. Déductibles des revenus locatifs.
Amortissement LMNP Impossible (résidence principale). Applicable sur le bien loué meublé.
Mobilité Frais de revente (7-8 %) + délai de vente. Préavis locatif d'1 à 3 mois, aucun frais.
Rendement du capital investi 0 % (pas de loyer perçu, économie de loyer uniquement). 4 à 7 % brut selon la localisation.
Diversification Un seul bien, une seule localisation. Possibilité d'investir dans plusieurs villes.

L'avantage fiscal est le levier principal. Sur un investissement locatif de 150 000 € financé intégralement par emprunt, les intérêts d'emprunt (environ 3 500 €/an les premières années) sont déductibles des revenus locatifs. En LMNP au réel, l'amortissement du bien (~4 500 €/an) s'ajoute aux charges déductibles. Ces deux mécanismes combinés réduisent souvent l'imposition sur les loyers à zéro pendant 10 à 15 ans. Sur une résidence principale, aucun de ces avantages n'existe. Simuler les mensualités d'un crédit locatif permet de vérifier que les loyers couvrent l'essentiel de la charge.

« Être propriétaire et locataire à la fois est une stratégie qui se calcule, pas un dogme. Dans les zones où le ratio prix/loyer dépasse 20 ans, investir ailleurs tout en louant sa résidence produit un enrichissement net mesurable. Le courtier structure le financement pour maximiser l'effet de levier fiscal. »

Arsalain EL KESSIR – Fondateur de BoursedesCrédits

Les points de vigilance avant d'adopter cette stratégie

  • La capacité d'emprunt est partagée entre le loyer payé et les mensualités du crédit locatif. Un loyer de 1 000 €/mois consomme une part significative du taux d'endettement (35 % maximum). Certaines banques compensent partiellement en intégrant 70 % des loyers perçus dans les revenus, ce qui reconstitue une partie de la capacité.
  • La stabilité locative de la résidence principale n'est pas garantie. Un congé pour vente du propriétaire impose de déménager, ce qui peut perturber la stratégie si le marché locatif local s'est tendu.
  • L'absence de résidence principale en propriété prive de l'exonération de plus-value à la revente. Tout bien immobilier locatif revendu est soumis à l'imposition sur les plus-values (abattements progressifs, exonération totale après 22 ans d'IR et 30 ans de prélèvements sociaux).
  • Cette stratégie est incompatible avec le besoin psychologique de "chez soi". L'aspect émotionnel de la propriété n'a pas de valeur financière mais il a une valeur réelle pour de nombreux ménages.

Comparer les offres de crédit immobilier pour un investissement locatif en parallèle d'un loyer permet de valider que la stratégie est finançable avec les revenus réels du foyer.

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