En moins de dix ans, le marché de l'automobile neuve a opéré un basculement structurel, faisant passer l'achat au comptant ou par crédit classique au second plan. Porté par l'envolée du prix des véhicules neufs (+50 % en dix ans), le leasing s'est imposé comme le mode de financement majoritaire auprès des ménages français. Alors que la location avec option d'achat (LOA) concentre une part centrale des immatriculations, l'entrée en vigueur imminente de la directive européenne sur le crédit à la consommation (DCC 2) s'apprête à modifier en profondeur les pratiques commerciales des concessions.
Selon les données publiées par AAA Data, la dynamique de vente de véhicules neufs s'est inversée entre 2019 et 2025 : la part des acquisitions en propriété est tombée de 62 % à 37 %, au profit des formules de location (LOA et LLD) qui représentent désormais 63 % des immatriculations. Parallèlement, les recours au crédit auto traditionnel se sont effondrés, passant de 70 % des transactions dans les années 2010 à moins de 7 % actuellement. Face à un pouvoir d'achat contraint et à des salaires en hausse de seulement 15 % en 25 ans (données Insee), l'argument du loyer mensuel est devenu le levier marketing prioritaire des constructeurs.
Ce qui change pour la LOA avec l'application de la directive DCC 2
Historiquement positionnée dans une « zone grise » réglementaire, la LOA échappait jusqu'ici aux vérifications strictes imposées aux crédits à la consommation classiques. L'intégration de la directive européenne DCC 2 dans le droit français, effective au 20 novembre 2026, vient renforcer la protection des emprunteurs en assimilant pleinement la LOA à une opération de crédit :
| Domaine d'impact | Nouvelles obligations réglementaires (Novembre 2026) |
|---|---|
| Transparence financière | Affichage obligatoire du TAEG réel, détail des frais annexes et comparaison chiffrée entre le coût total de la LOA et l'achat direct. |
| Étude de solvabilité | Collecte obligatoire de justificatifs de revenus et analyse approfondie de la capacité de remboursement avant l'accord de financement. |
| Pratiques commerciales | Interdiction de « préconiser » la LOA sans service de conseil формаisé (impliquant 3 offres comparées) et fin des remises conditionnées au leasing. |
Montée en puissance de la LLD : l'alternative hors crédit
L'encadrement renforcé de la LOA accélère la redistribution des cartes au profit de la Location Longue Durée (LLD). Exclue du champ du crédit à la consommation puisqu'elle ne comporte aucune option d'achat finale, la LLD a vu sa part de marché progresser rapidement pour atteindre près de 30 % des immatriculations au début de l'année 2026, égalant presque la LOA.
Pour les réseaux de distribution, la LLD offre un parcours d'attribution simplifié, affranchi des exigences de transparence et des études de solvabilité renforcées prévues par la directive DCC 2. Toutefois, les associations de consommateurs rappellent la vigilance nécessaire lors de la restitution du véhicule, quel que soit le contrat : selon Que Choisir, 25 % des clients en leasing s'acquittent de frais de remise en état ou d'excéder de kilométrage lors du retour en concession.
Source : Données AAA Data, CCFA, ASF et synthèses juridiques sur la directive européenne DCC 2 (2025-2026).