A-t-on le droit de changer d'assurance emprunteur en cours de contrat ?
Oui, tout emprunteur a le droit de changer d'assurance emprunteur en cours de contrat. Depuis la loi Lemoine du 28 février 2022, la résiliation est possible à tout moment, sans frais ni préavis. La seule condition est que le nouveau contrat présente un niveau de garanties au moins équivalent à celui exigé par la banque.
L'évolution du cadre légal depuis 2010
Le droit de changer d'assurance emprunteur s'est construit progressivement à travers plusieurs réformes législatives. La loi Lagarde de 2010 a d'abord instauré le libre choix de l'assureur au moment de la souscription du prêt, en autorisant la délégation d'assurance. L'emprunteur n'était plus contraint d'accepter le contrat groupe proposé par sa banque, à condition de présenter des garanties équivalentes.
La loi Hamon de 2014 a ensuite ouvert la possibilité de changer d'assurance sans justification durant les douze premiers mois suivant la signature de l'offre de prêt. L'amendement Bourquin, entré en vigueur en 2018, a élargi ce droit en permettant la résiliation annuelle à chaque date anniversaire du contrat (article L. 113-12-2 du Code des assurances). Ces dispositifs, jugés encore trop restrictifs, ont été remplacés par la loi Lemoine qui supprime toute contrainte de calendrier.
La résiliation à tout moment avec la loi Lemoine
Depuis le 1er juin 2022 pour les nouveaux contrats et le 1er septembre 2022 pour les contrats en cours, la loi Lemoine autorise la résiliation infra-annuelle de l'assurance emprunteur. L'emprunteur peut résilier à n'importe quel moment de la vie du prêt, autant de fois qu'il le souhaite, sans frais de résiliation ni pénalité. Cette disposition s'applique à tous les prêts immobiliers souscrits par des personnes physiques pour le financement d'un bien à usage d'habitation ou mixte.
Les crédits à la consommation, les prêts professionnels hors usage d'habitation et les emprunts contractés via une SCI sont en revanche exclus du dispositif. La résiliation peut être effectuée par simple courrier, courriel ou via l'espace client en ligne de l'assureur. La lettre recommandée avec accusé de réception n'est plus obligatoire. La banque dispose d'un délai de dix jours ouvrés pour traiter la demande de substitution et notifier sa décision.
La condition d'équivalence des garanties
Le seul motif de refus opposable par la banque est la non-équivalence du niveau de garanties entre l'ancien et le nouveau contrat. Les critères d'équivalence sont définis par le Comité consultatif du secteur financier (CCSF) et figurent dans la fiche standardisée d'information remise lors de la souscription du prêt. Les garanties décès et perte totale et irréversible d'autonomie (PTIA) sont systématiquement exigées par les établissements prêteurs.
Les garanties invalidité permanente totale (IPT), invalidité permanente partielle (IPP), incapacité temporaire de travail (ITT) et perte d'emploi peuvent également être requises selon le profil de l'emprunteur et le type de bien financé. En cas de refus, la banque doit motiver sa décision par écrit en précisant le ou les critères non satisfaits. Un refus non motivé ou fondé sur un motif autre que l'équivalence des garanties est illégal et peut être contesté auprès du médiateur bancaire, puis de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR).
Les démarches pratiques pour changer de contrat
La première étape consiste à comparer les offres du marché en vérifiant que les garanties proposées couvrent les exigences minimales de la banque, telles qu'elles figurent dans la fiche standardisée d'information. L'emprunteur souscrit ensuite le nouveau contrat auprès de l'assureur choisi et obtient un certificat d'adhésion attestant du niveau de couverture. Ce document est transmis à la banque avec la demande de substitution.
La banque étudie l'équivalence des garanties dans un délai de dix jours ouvrés. En cas d'acceptation, elle émet un avenant au contrat de prêt reflétant le changement d'assureur, sans modifier les autres conditions du crédit (taux, durée, mensualités hors assurance). Le nouveau contrat prend effet à la date convenue et l'ancien est résilié simultanément, de sorte que l'emprunteur ne supporte jamais un double paiement. L'opération est gratuite : la banque ne peut facturer aucun frais pour le traitement de la substitution.
Questions fréquentes
Combien peut-on économiser en changeant d'assurance emprunteur ?
L'économie dépend de l'écart de taux entre le contrat groupe bancaire et le contrat individuel. Pour un prêt de 250 000 euros sur vingt ans, le passage d'un taux d'assurance de 0,36 % à 0,12 % représente une économie d'environ 12 000 euros sur la durée restante du crédit. Les profils jeunes et sans antécédent de santé réalisent généralement les gains les plus importants.
La banque peut-elle modifier les conditions du prêt en cas de changement d'assureur ?
Non. La substitution d'assurance ne modifie aucune clause du contrat de prêt. Le taux d'intérêt, la durée de remboursement et le montant des échéances hors assurance restent identiques. La banque ne peut pas appliquer de pénalité, augmenter le taux ou exiger un remboursement anticipé en raison du changement d'assureur.
Que faire si la banque ne répond pas dans le délai légal de dix jours ?
L'absence de réponse dans le délai de dix jours ouvrés constitue un manquement de la banque à ses obligations. L'emprunteur peut saisir le médiateur bancaire de l'établissement, puis signaler la situation à la DGCCRF ou à l'ACPR. Plusieurs établissements ont déjà fait l'objet de sanctions financières pour non-respect des délais imposés par la loi Lemoine.
Peut-on changer d'assurance emprunteur pour un crédit à la consommation ?
Non. La résiliation à tout moment instaurée par la loi Lemoine concerne exclusivement les prêts immobiliers souscrits par des personnes physiques pour un bien à usage d'habitation ou mixte. Les crédits à la consommation, y compris ceux dédiés au financement de travaux, ainsi que les rachats ou regroupements de crédits ne portant pas uniquement sur des prêts immobiliers éligibles, sont exclus du dispositif.
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