Assurance emprunteur : le co-emprunteur doit-il vraiment s'assurer

✍ Les points à retenir
- Aucune loi n'impose l'assurance du co-emprunteur, mais aucune banque n'accorde de prêt sans couverture des deux têtes : la négociation porte sur les quotités, pas sur l'obligation elle-même.
- Choisir 50 % sur chaque tête pour économiser 20 euros par mois laisse le conjoint survivant avec la moitié d'un crédit sur les bras : l'arbitrage doit se faire sur le reste à vivre, pas sur la cotisation.
- Le bon réglage dépend de la capacité du survivant à assumer seul les mensualités restantes : simuler ce scénario avec les revenus réels de chacun est le seul test qui vaille.
- Un conjoint sans activité professionnelle mérite néanmoins une couverture réelle : sa disparition entraîne souvent des frais de garde ou une réorganisation coûteuse pour le survivant.
- La loi Lemoine permet de modifier les quotités en cours de prêt sans frais : une évolution professionnelle ou familiale justifie de revoir la répartition initiale.
Le co-emprunteur est-il obligé de s'assurer
La question revient dans presque tous les dossiers de couple. Un des deux emprunteurs perçoit des revenus modestes, ou aucun revenu, et l'assurance de sa part semble représenter une dépense évitable.
La réponse tient en deux temps : aucune loi ne l'impose, mais aucune banque n'accorde de prêt immobilier sans couverture des deux têtes. La négociation porte donc ailleurs.
Aucune obligation légale, une exigence bancaire systématique
Le Code de la consommation n'impose nulle part la souscription d'une assurance sur un crédit immobilier, ni pour l'emprunteur principal ni pour le second signataire.
En pratique, l'établissement prêteur en fait une condition d'octroi. Il exige que la totalité du capital emprunté soit couverte, quelle que soit la répartition retenue entre les deux têtes.
Une couverture qui protège aussi le survivant
Sans assurance sur le second signataire, son décès laisse l'autre seul face à l'intégralité des mensualités, souvent avec un revenu de foyer amputé.
Les garanties de l'assurance emprunteur jouent ici un rôle patrimonial autant que bancaire : elles évitent la revente contrainte du logement familial.
Les quotités, le vrai levier de négociation
Comprendre le calcul
La quotité désigne la part du capital couverte sur chaque tête. Son total doit atteindre au minimum 100 %, mais peut monter jusqu'à 200 % lorsque chacun est assuré intégralement.
Une répartition à 50 % chacun satisfait donc l'exigence bancaire. En cas de décès de l'un, la moitié du capital restant dû est prise en charge, l'autre moitié demeurant à la charge du survivant.
Les répartitions les plus courantes
Trois configurations se rencontrent le plus souvent, avec des logiques très différentes :
- 50 % et 50 % : la formule la moins chère, adaptée à deux revenus équivalents et à un budget contraint.
- 70 % et 30 % : pondérée selon la contribution réelle de chacun au remboursement mensuel.
- 100 % et 100 % : la protection maximale, qui solde intégralement le prêt au décès de l'un des deux.
Ces choix se traduisent directement en euros, comme le montre ce panorama établi sur un prêt couvrant deux emprunteurs.
| Répartition | Capital couvert au décès de l'un | Niveau de cotisation |
|---|---|---|
| 50 % et 50 % | La moitié du restant dû | Le plus bas |
| 70 % et 30 % | Selon la tête concernée | Intermédiaire |
| 100 % et 100 % | La totalité du restant dû | Le plus élevé |
« Choisir 50 % sur chaque tête pour économiser vingt euros par mois revient à laisser le conjoint survivant avec la moitié d'un crédit sur les bras. L'arbitrage doit se faire sur le reste à vivre, pas sur la cotisation. »
Arsalain EL KESSIR, Fondateur de BoursedesCrédits
Adapter la quotité à sa situation
Le bon réglage dépend de la capacité du survivant à assumer seul les mensualités restantes. Ce calcul se fait sur les revenus réels de chacun, pas sur une règle générale.
Lorsque l'un des deux apporte l'essentiel des ressources du foyer, une quotité élevée sur cette tête s'impose. Son décès priverait le ménage de la principale source de remboursement.
Un conjoint sans activité professionnelle mérite néanmoins une couverture réelle. Sa disparition entraîne souvent des frais de garde ou une réorganisation coûteuse pour le survivant.
La présence d'enfants à charge et l'existence d'une épargne de précaution pèsent également dans l'arbitrage, au même titre que la durée restante du crédit.
Quand le co-emprunteur peine à s'assurer
Les solutions face à un refus
Un état de santé dégradé, un âge élevé ou une profession jugée risquée peuvent conduire à une surprime, une exclusion, voire un refus de couverture sur la seconde tête.
Le dossier relève alors des risques aggravés de santé, avec un parcours d'instruction spécifique et des garanties parfois adaptées plutôt que refusées.
Le recours à la convention AERAS
La convention AERAS organise un examen en plusieurs niveaux et plafonne les surprimes pour les emprunteurs modestes, sous conditions de montant et d'âge.
La loi Lemoine a par ailleurs supprimé le questionnaire médical sur les prêts d'un montant limité par assuré, remboursés avant les soixante ans du signataire.
Les alternatives envisageables
Si l'assurance reste inaccessible, la banque peut accepter une garantie de substitution : nantissement d'une épargne, caution d'un tiers ou hypothèque sur un autre bien.
Reporter une quotité plus forte sur l'emprunteur assurable constitue une autre piste, à condition que la couverture globale atteigne le niveau exigé par l'établissement.
Réduire le coût de la couverture à deux
Choisir un contrat individuel
Le contrat de groupe bancaire applique un tarif mutualisé, rarement avantageux pour un couple jeune et en bonne santé. La loi Lagarde permet de retenir un autre assureur dès l'origine.
La loi Lemoine autorise en outre la résiliation à tout moment, ce qui permet de revoir les quotités en cours de prêt, par exemple après une évolution professionnelle.
Comparer à garanties équivalentes
Une cotisation attractive assortie d'exclusions larges coûte cher le jour du sinistre. La délégation d'assurance suppose de respecter l'équivalence exigée par la banque, sans surcouvrir pour autant.
Le TAEA mesure le poids réel de l'assurance dans le coût du crédit et permet de comparer plusieurs offres sur une base homogène.
Chiffrer avant d'arbitrer
Simulez le scénario du décès de chacun et vérifiez que le survivant peut assumer les mensualités résiduelles avec ses seuls revenus. C'est ce test qui doit fixer la quotité.
Interroger un comparateur d'assurance de prêt permet ensuite d'obtenir plusieurs propositions chiffrées pour chaque répartition envisagée.
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