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Que faut-il penser du prêt entre particuliers ?

Ouafâa MACHRI

Écrit par Ouafâa MACHRI,

Le prêt entre particuliers est une pratique légale en France, à condition de respecter un cadre juridique et fiscal précis. Il peut constituer une solution de dépannage entre proches, mais il comporte des risques importants : absence de protection du Code de la consommation, difficulté de recouvrement en cas d'impayé et exposition aux arnaques lorsqu'il est sollicité auprès d'inconnus sur internet.

Le cadre légal du prêt entre particuliers

Toute personne peut prêter de l'argent à une autre personne physique, que ce soit un membre de la famille, un ami ou une connaissance. Ce prêt est encadré par le droit civil et non par le Code de la consommation. Cela signifie que l'emprunteur ne bénéficie pas des protections accordées aux crédits bancaires, notamment le délai de rétractation de quatorze jours, l'obligation d'information précontractuelle et la vérification de solvabilité.

La formalisation du prêt est essentielle. Au-delà de 1 500 euros, une preuve écrite est obligatoire (article 1359 du Code civil). La reconnaissance de dette ou le contrat de prêt doit mentionner le montant en chiffres et en lettres, les conditions de remboursement (échéancier, durée), le taux d'intérêt éventuel et les signatures des deux parties. Même en dessous de 1 500 euros, il est vivement recommandé de rédiger un écrit. Ce document constitue la preuve indispensable pour obtenir le remboursement en cas de litige devant le tribunal judiciaire.

Les obligations fiscales

Lorsque le montant total des prêts consentis ou reçus au cours d'une même année civile atteint ou dépasse 5 000 euros, une déclaration fiscale est obligatoire via le formulaire Cerfa n° 2062 (article 242 ter du Code général des impôts). Cette déclaration doit être déposée en même temps que la déclaration annuelle de revenus. L'absence de déclaration expose à une amende de 150 euros par contrat non déclaré et, surtout, à un risque de requalification du prêt en donation déguisée par l'administration fiscale, avec des droits de donation pouvant atteindre 60 % du montant.

Si le prêt est assorti d'intérêts, ceux-ci ne peuvent pas dépasser le taux d'usure fixé par la Banque de France. Les intérêts perçus par le prêteur constituent un revenu imposable, soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % ou, sur option, au barème progressif de l'impôt sur le revenu. Un prêt consenti à titre gratuit (sans intérêt) n'entraîne aucune imposition pour le prêteur.

Les risques et les arnaques à éviter

Le principal risque du prêt entre particuliers est le défaut de remboursement. Contrairement à une banque, un particulier ne dispose pas de moyens de recouvrement efficaces. En cas d'impayé, le prêteur doit saisir le tribunal judiciaire avec la reconnaissance de dette comme preuve, ce qui implique des délais et des frais de procédure. Le délai de prescription pour réclamer le remboursement est de cinq ans à compter de la date d'exigibilité de la dette.

Les offres de prêt entre particuliers diffusées sur internet, les réseaux sociaux ou par courriel sont très majoritairement des arnaques. Le ministère de l'Économie alerte régulièrement sur ces propositions frauduleuses, reconnaissables à plusieurs signaux : demande de versement de frais avant le déblocage des fonds (formellement interdit par la loi), taux d'intérêt anormalement bas, absence de vérification de solvabilité, ou utilisation de termes destinés à inspirer une confiance artificielle. En cas de doute, il est possible de vérifier l'agrément d'une plateforme de financement sur le site de l'ORIAS ou de l'ACPR.

Questions fréquentes

Un prêt entre particuliers de moins de 1 500 euros nécessite-t-il un écrit ?

La loi n'impose pas d'écrit en dessous de 1 500 euros, mais il est vivement recommandé de formaliser l'opération par un document signé. En l'absence d'écrit, la preuve du prêt repose sur des témoignages ou des indices, ce qui rend le recouvrement extrêmement difficile en cas de contestation.

Peut-on faire enregistrer un prêt entre particuliers chez un notaire ?

Oui. L'enregistrement volontaire auprès du service de l'enregistrement des impôts, moyennant un droit fixe d'environ 125 euros, confère au document une date certaine et opposable aux tiers. Le recours à un notaire pour la rédaction de l'acte renforce encore sa valeur probante et sa sécurité juridique, ce qui est recommandé pour les montants importants.

Les plateformes de prêt participatif sont-elles plus sûres que le prêt direct ?

Les plateformes agréées comme intermédiaires en financement participatif (IFP) ou détenant un agrément d'établissement de crédit (vérifiable sur le site de l'ACPR) offrent un cadre réglementé. L'emprunteur bénéficie des mêmes protections que pour un crédit bancaire classique : vérification de solvabilité, information précontractuelle et délai de rétractation. Le risque d'arnaque est considérablement réduit par rapport au prêt direct entre inconnus.

Le prêteur peut-il être poursuivi s'il pratique un taux usuraire ?

Oui. Le dépassement du taux d'usure constitue une infraction pénale passible de deux ans d'emprisonnement et de 300 000 euros d'amende (article L. 341-50 du Code de la consommation). Le taux d'usure est publié trimestriellement par la Banque de France et s'applique à tous les prêts, y compris entre particuliers.

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